dimanche, mars 20, 2005

Le plus grand crime contre l’humanité

Oh, Sommités comptables des malheurs de l’humanité
Sauriez-vous me dire quelle est la plus illustre des atrocités ?


- Ce sont les noirs par l’esclavagisme liquidés
- Ce sont les peaux rouges par les blancs exterminés
- Ce sont les Arméniens par les Turcs massacrés
- Ce sont les juifs par les Nazis décimés
- Ce sont les Palestiniens par les sionistes persécutés
- Ce sont les Kurdes par Saddam gazés
..
Mais, Messieurs les apôtres de la conformité
Je pense que dans vos comptes vous vous trompez
Loin de moi est l’idée de minimiser la réalité
Toutes ces atrocités sont autant à condamner
Cependant, sans vouloir entre elles les hiérarchiser
Moi, je vous parle des plus grands incriminés
Qu’a connus l’histoire de l’humanité !
Ceux-là auxquels vous n’avez même pas encore pensé
Je vous parle des mots et des écrits crucifiés
Par victimes et bourreaux interposés

Ce sont les journaux intimes par des pères déchirés
Ce sont les propos par des tribuns confisqués
Ce sont les livres par le feu des bûchers brûlés
Ce sont les ouvrages par des magistrats censurés
Ce sont les œuvres inédites par des érudits rayées
Ce sont les dires autocensurés


Ce génocide ne connaît ni saison ni comté
Il frappe l’essence du mot et sa destinée
Parce que le mot est porteur de valeurs colorées
De significations pouvant être tempérées !
Voir même révélées ou divinisées
Mais surtout insoumises et révoltées
Effrayant princes, barbares ou clergés
Qu’ils s’estiment être par la parole diffamés !
Pour qu’ils se reconvertissent en censeurs accrédités !
Ecrouant et massacrant les écrits libérés

Les auteurs de ces mots sont souvent pourchassés
Excommuniés, incarcérés ou liquidés
Leur seul crime est une opinion sincère et déliée
Oui le génocide des mots est le plus grand crime contre l’humanité
La sentence des mots ma fille est l’ennemie de la liberté
C’est pour ces raisons là, Nour bien aimée

Que ton papa Mohammed Abbou est incarcéré !
Et que tonton Zouhaïr Yahyaoui est, six pieds sous terres, enterré

lundi, mars 14, 2005

A toi l’ami

A toi l’ami que je n’ai jamais connu
A toi l’homme avec qui j’avais souvent des malentendus
A toi l’e-ami que les tortionnaires voulait t’extorquer mon identité
Je m’excuse pour ces quelques gifles et coups que je t’avais causés
A toi qui avais obligé tes amis à se démêler pour te libérerVoilà qu’à peine un an et demi que t’es sorti
Te voile encore reparti

Sacré farceur !
Adieu l’ami,
Adieu l’e-ami,
Adieu l’internaute,
Adieu l’homme, Adieu l’artiste
Adieu, Adieu, Adieu

Pour ce qui est du pot qu’on devrait prendre ensemble
On le prendra ensemble lorsque je te rejoindrais la haut
Promis-juré

Je te dédie cette chanson de Michel Berger

Diego

Derrière des barreaux
Pour quelques mots
Qu’il pensait si fort.

Dehors, dehors il fait chaud,
Des milliers d’oiseaux
S’envolent sans effort.

Mais quel
Quel est ce pays ?
Où frappe la nuit
La loi du plus fort.

Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre,
S’endort peut être.

Et moi,
Qui danse ma vie,
Qui chante et qui rit,
Je pense à lui.

Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre,
Déjà mort peut être...

dimanche, mars 06, 2005

La visite annoncée de Sharon en Tunisie annonce la fin d’une « époque »

Ce texte est composé de deux parties qui peuvent être lues séparément, l’une et l’autre présentent un niveau distinct mais additionnel d’une analyse, qui se veut austère, de la visite annoncée de Sharon en Tunisie. Ce texte veut rompre avec une certain pensée unique qui est entrain d’envahir les différentes composantes de l’opposition tunisienne, de montrer que la majorité n’a pas forcément raison et qu’une alternative crédible à la dictature ne peut se passer de la construction d’un projet viable et de la définition d’une stratégie pragmatique.

I. Les faits et les lectures des faits

L’annonce surprise de la visite du Premier ministre israélien Arien Sharon en Tunisie dans le cadre du SMSI a pris tout le monde au dépourvu y compris les militants du RCD, personne ne s’attendait à une telle annonce. Dans l’agitation qui a suivi, une première lecture de l’événement s’est imposée.

La défaite médiatique du régime de Ben Ali à la deuxième rencontre préparatoire du sommet de SMSI qui a eu lieu à Genève, la publication de rapports alarmants de plusieurs ONG sur la situation de la liberté d’expression en Tunisie et la médiatisation de la grève de la faim de Abdallah Zouari, ont poussé le régime de Ben Ali à recourir à ce que le roi Hassan II appelait « l’aphrodisiaque du monde arabe », l’anti-sionisme, pour détourner l’attention des observateurs internationaux et des tunisiens des urgences locales. Le « peuple » indigné par cette annonce exprime sa colère à travers des manifestations estudiantines, par le défi lancé par l’UGTT à l’adresse du pouvoir, la révolte de l’UDU, parti fantoche au parlement tunisien et enfin une union de fait de l’opposition tunisienne Le PDP, le CPR, le FTDL et le PCOT et de la société civile le LTDH, le CNLT, l’ATFD demandant l’annulation de la visite de Sharon.

Quelles sont les raisons de cette colère « populaire » ? Pour tout ce beau monde, il est hors de question que le criminel Sharon, le responsable des massacres de Sabra et Shatila, le Premier ministre d’un pays qui a agressé militairement la Tunisie, le responsable de l’injustice subit par le peuple palestinien, puisse fouler le sol tunisien.

Que Sharon soit un criminel, ceci ne fait aucun doute, mais dans ce cas là il ne n’est pas le seul puisque les présidents ou les premiers ministres de plusieurs pays sont des criminels Poutine, Bush, Chirac, Blair, Saddam, Khomeyni, Mao, Staline et la liste est encore très longue. Faut-il rappeler au PDP, au POCT, Ettajdid, les slogans scandés par les manifestants à l’hymne de Saddam « vive Saddam ! », les tracts pro-irakiens avec l’effigie de Saddam, des mots à sa gloire, les portraits de Saddam portés par certains manifestant durant la manifestation populaire de solidarité avec l’Irak du 24 mars 2003, alors qu’il s’agit dans le cas d’espèce du plus grand criminel du monde arabe, 300 000 morts kurdes et chiites. A ma connaissance ceci n’a jamais ému nos justiciers des temps modernes, peut-être parce qu’ils étaient du même bord idéologique que ce criminel ! Aussi, je ne comprends pas pourquoi toutes les tendances confondues de l’opposition politique et de la société civile ont assisté à la « messe » organisée par le sous-secrétaire d’Etat américain, Scott Carpenter alors qu’il est un émissaire d’un autre criminel qui est Georges Bush, etc....
Sharon est le Premier ministre d’un pays qui a agressé militairement la Tunisie, certes. Mais, est-ce que ceci nous a empêché d’inviter Kadhafi ou ses ministres en Tunisie alors que la Libye a agressé militairement la Tunisie dans les événements de Gafsa et qu’une guerre a failli éclater entre les deux pays ? Est-ce que ceci nous empêché d’inviter les officiels algériens alors que juste après son indépendance l’Algérie s’est appropriée certaines terres entraînant la modification de la frontière tunisienne ?


Sharon est le responsable de l’injustice subit par le peuple palestinien sûrement, mais peut-on être aujourd’hui plus royaliste que les Palestiniens victimes directes de cette injustice, qui sont entrain d’œuvrer pour la paix et la création d’un Etat palestinien, pour refuser une normalisation avec Israël ?
Il est évident que tous les motifs et les prétextes évoqués pour demander l’annulation de la visite de Sharon ne tiennent pas devant une exposition factuelle.


Dans les faits, ce qu’on peut reprocher à juste titre au régime est la précipitation avec laquelle il a voulu normaliser ses relations avec Israël alors que les pourparlers de paix entre palestiniens et israéliens sont encore fragiles et qu’ils peuvent capoter au moindre incident. Parce qu’une fois que la création de l’état palestinien devient une réalité la normalisation entre les pays arabes et Israël devient une évidence.


Et Si Sharon avait piégé Ben Ali


Un deuxième niveau de lecture découle de cette précipitation avec laquelle le régime de Ben Ali normalise ses relations avec Israël. Ce qui frappe ici c’est la rapidité avec laquelle Sharon a répondu à l’invitation de ben Ali et que l’information de l’invitation soit révélée par la presse israélienne. Si le but premier d’une telle annonce était de détourner les regards et la pression sur le régime de Ben Ali, il est aussi évident que la révélation de l’information entérine officiellement l’invitation. Ainsi Sharon se trouve être invité officiellement en Tunisie indépendamment de ce qui pourrait être la situation dans les 8 prochains mois au moyen-orient. Dans ce cas, que serait-elle la position du régime de Ben Ali si le cycle de la violence, de représailles et de contre représailles, reprenne son cours ? La fuite en avant ou le désaveu ?

Scénario catastrophe, un remake de 1990

Il est évident que Ben Ali ne veut pas céder la moindre once du pouvoir à quiconque. Redoutant des pressions américaines de plus en plus forte l’appelant à plus d’ouverture politique et des possibles perturbations lors de la tenue du SMSI en Tunisie, Ben Ali utilise la carte Sharon pour mettre l’opposition devant ses propres contradictions et pour se donner aussi une raison de réprimer l’opposition, une raison qui n’a rien à voir avec les préoccupations internes du pays.


En 1990, voulant profiter du mécontentement et de l’opposition de l’opinion publique arabe à la première guerre du Golfe, le mouvement Ennahdha a cru bon instrumentaliser ceci pour contester le pourvoir de Ben Ali et d’évaluer les rapports de forces. Le pouvoir, profitant de la hasardeuse prise de position d’Ennahdha qui va à l’encontre du droit international et la majorité de l’opinion publique internationale, pousse celle-ci à l’affrontement violent. On connaît depuis ce qui est devenu d’Ennahdha, qui était la seule force du pays à pouvoir mobiliser des milliers de manifestants et de contestataires.

Aujourd’hui avec l’invitation annoncée de Sharon en Tunisie, le pouvoir essaye de recréer les mêmes conditions que celle de 1990 et d’obliger le PDP le seul parti légal et structuré de l’opposition tunisienne à l’affrontement violent avec le régime, « il faudra qu’il passe sur nos corps s’il veut se rendre sur les lieux du SMSI », dixit Nejib Chebbi. Alors que la tendance dans les pays arabes est à la normalisation avec Israël, Ben Ali oblige l’opposition tunisienne, qui réclame plus d’ouverture politique et le pouvoir, de se positionner en décalage par rapport à ce qu’on peut appeler le « cours de l’histoire ». L’intensité du rapport de force qui va s’engager entre le régime et l’opposition va déterminer l’avenir du PDP. On risque fort de vivre dans les prochains mois la fin PDP en tant que parti légal de l’opposition tunisienne, comme on a vécu en 1990-1991 la fin d’une force contestataire, Ennahdha. La censure et les interdictions de rassembler constituent un prélude à cela. La répression risque de s’abattre aussi sur l’UGTT, l’UDU, etc.. alors que le pouvoir considérait qu’ils étaient acquis à sa cause. C’est en cela que la contestation actuelle est à double tranchant pour l’opposition tunisienne, c’est parce qu’en poussant l’opposition à l’affrontement et en l’enfermant dans un rôle contestataire, Ben Ali démontre aux puissances occidentales que l’opposition tunisienne est encore immature pour l’alternance et la pratique du pouvoir.

Certaines personnes se posent des questions sur l’absence remarquée d’Ennahdha dans certains communiqués et sur le terrain. Tout à fait, il y a de quoi s’étonner de cette posture sauf si on considère qu’Ennahdha ne veut pas resservir d’alibi et de bouc émissaire d’une répression qui s’annonce comme c’était le cas en 1990. Je pense que le pire est devant nous, dans le sens que la machine répressive ne peut être déployée à plein régime qu’après la tenue du Sommet du SMSI.


Si Ben Ali prépare une succession familiale à la tête de l’état Tunisien, comme le laisse entendre certains opposants, l’alibi Sharon lui donne une occasion en or de s’attirer les faveurs des puissances occidentales, de « purger » la Tunisie de sa graine contestataire, de recasser l’UGTT, les syndicats estudiantins, d’interdire des partis politiques pour préparer un nouveau règne tranquille de 17 ou 20 ans, le temps que l’héritier du trône serait prêt à assumer la fonction suprême. Imaginer la Tunisie, cette terre de sérénité, avec comme présidente une femme qui captivent toutes les attentions de l’occident et qui la présente comme un modèle type de démocratie et de liberté de la femme !

Que faire ?

Adopter une position de principe, une position morale de soutien à toutes les victimes de la répression de l’appareil policier de la dictature et à toute l’opposition engagée sur le front de la contestation. Toutefois, ce soutien ne peut-être autre chose qu’un soutien critique. Fallait-il rappeler à cette occasion et à juste titre les dires de Taïeb Moalla en parlant de l’amnistie générale et d’Ennahdha : « l’amnistie générale doit représenter le mot d’ordre de tous les opposants de différentes obédiences, toutefois il faut rappeler qu’Ennahdha est une tendance politique obscurantiste et qui est au mieux une autre facette de la dictature. Il ne faut pas perdre de vue qu’Ennahdha (et les autres islamistes qui n’appartiennent pas à ce mouvement) sont des adversaires politiques que les démocrates doivent combattre. Ce combat n’a pas à être différé sous le prétexte fallacieux de la lutte contre la dictature ». Tout à fait, le combat pour la démocratie et la liberté ne doit pas être différé sous le prétexte fallacieux de la lutte contre la venue de Sharon en Tunisie et il est temps de se démarquer une bonne fois pour toute de cette mouvance nationale marxiste arabe, une composante de l’opposition tunisienne, qui nous entraîne depuis le temps dans un combat d’arrière garde aussi obscurantiste que celui des islamistes (par islamiste je désigne la mouvance politique qui s’articule autour de la Oumma, de la charia, de retour à la califat, supériorité de l’homme sur la femme. Que je distingue de ceux qu’on appelle aussi islamiste, cette mouvance politique qui se réfère aux valeurs de l’islam sans être islamiste et qui est conservatrice dans être réactionnaire).


Prier le bon dieu que le processus de Paix échoue dans les 8 mois afin que le régime se retrouve dans l’embarras. Reste que prier pour plus de morts innocentes du côté palestinien et Israël relève d’un cynisme que je ne possède pas, peut-être que certains sont déjà entrain de prier et d’allumer des cierges pour l’échec du processus de paix, pour ma part je ne le ferais pas.
Entamer une campagne de lobbying auprès des ONG et autres organismes étrangers, prenant part dans l’organisation du SMSI, leur demandant de boycotter Sharon et la délégation israélienne. On se rend compte rapidement qu’une telle initiative est chimérique et elle n’aura pas le moindre écho puisque ces mêmes organisations et organismes entretiennent des relations normales et normées avec Israël.


Que l’opposition et les signataires des communiqués appelant à l’annulation de la visite de Sharon en Tunisie se retirent et boycottent la tenue du SMSI si la présence de Sharon et d’une délégation israélienne se confirme ! Autrement, l’opposition et ses personnalités, assistant au SMSI avec une délégation israélienne, entérinent une normalisation de fait avec Israël, alors que c’est exactement cela qu’ils reprochent au régime de Ben Ali. Toutefois, comment la société civile tunisienne peut-elle justifier ceci auprès de ses bailleurs de fonds ? Comment la société civile tunisienne peut-elle justifier le fait qu’elle a déjà côtoyé les délégations israéliennes dans d’autres occasions ? Enfin de compte est-ce que ce n’est pas cela que cherche Ben Ali, la tenue SMSI sans la société civile tunisienne ?


On se rend compte rapidement que l’opposition ou cette idée de l’opposition tunisienne se trouve le cul entre deux chaises. L’opposition tunisienne se trouve être ballotter entre le soutien de l’occident, la normalisation avec Israël et le rejet de la normalisation avec Israël, la perte du soutien occidentale face à un régime qui joue toujours, dans un cas comme dans l’autre, le soutien de l’occident.


Ainsi, une fois de plus l’opposition se trouve face à son incohérence. On ne peut vraiment comprendre les raisons de l’échec de l’opposition, l’absence de stratégies, de programmes et de projets en faisant abstraction de cette cohérence de fond caractérisant l’opposition tunisienne. Une opposition qui n’arriverait pas à dépasser ces incohérences sera toujours une opposition vouée à l’échec. Il est certain qu’on est entrain d’assister aujourd’hui à une fin irrémédiable d’une certaine idée de l’opposition tunisienne. Alors que les américains sont entrain d’exercer des pressions sur tous les régimes arabes, sur la Tunisie, sur l’Egypte, sur la Syrie, pour la promotion du pluralisme politique, l’opposition tunisienne vient de s’inscrire à faux par rapport au cours de l’histoire. En ignorant la dynamique du moment l’opposition tunisienne vient de s’engager dans un suicide collectif.


La démocratisation de la Tunisie passe pas la démocratisation du monde arabe et la démocratisation du monde arabe ne peut exister sans une normalisation avec Israël, non pas parce que le chemin de la démocratie programmée au monde arabe passe par Tel-Aviv mais parce que les dirigeants arabes n’ont pas cessé depuis les années 50 d’user et d’abuser du conflit Israélo-palestinien pour détourner les revendications de liberté et pour justifier les dépenses militaires, la répression policière, la misère et le sous-développement. Aujourd’hui, La normalisation avec Israël constitue la meilleure façon de mettre les despotes en face de leurs échecs passés et de leurs responsabilités présentes.

II. Au-delà des faits

Il est essentiel de comprendre la dynamique sous-jacente au processus d’évolution de tout système dynamique et de notre monde, avant de se hasarder dans des comparaisons hâtives qui pourrait nous laisser croire le moment d’un instant que la révolution de jasmin pouvait exister en faisant l’économie de l’établissement d’un projet viable et d’une stratégie pragmatique. Au-delà de l’effervescence, de l’enthousiasme et des spéculations sur le future successeur de Ben Ali, qui sont compréhensibles, il vaut mieux descendre rapidement sur terre autrement la chute sera terriblement dure et la déception plus grande, démotivante et paralysante pour tout travail sérieux dans le futur.
Il est essentiel de prendre la mesure de ce qui est l’évolution d’un système dynamique et du mélange magique de hasard et de déterminisme, de l’incertitude et du risque, de l’événement rare et la propension (la tendance). Il est utile de savoir qu’on peut aboutir à ce hasard et déterminisme créateur à partir du recours aux probabilités et propensions comme du recours au seul déterminisme.


Les événements rares


Le hasard probabiliste ou le hasard pure intervient, sans grand fracas, dans notre vie de tous les jours et cela dans tous les domaines allant des assurances au risque nucléaire en passant par tout ce qui est des marchés financiers, du diagnostique médical, des prévisions météorologiques, de la qualité des produits ou des logiciels, de la génétique, des sondages, des jeux de hasard, etc.... Dans le cas du hasard probabiliste, nous avons à faire à des événements normaux, décrits par la loi normale, la courbe en cloche ou une gaussienne, et qui sont déterminés par la loi des grands nombres.


En statistique ou dans les calculs de risques on appelle les événements rares, un événement pratiquement impossible qui se trouve être en dehors de la courbe en cloche, la gaussienne ou la loi normale. Les événements rares, se sont des événements qui nous font constater un changement d’ordre qualitatif, une discontinuité et une rupture par rapport à l’ordre ancien, et qui nous oblige à confronter et à revoir nos points de vue à la lumière de cette nouvelle information.


Les événements rares n’ont rien à voir avec le hasard pur ou le risque mais ils sont plutôt liés au hasard sauvage ou à l’incertitude. C’est le détail qui fait l’histoire, les événements rares sont l’essence même de la flèche du temps, ils rendent le réversible irréversible, ils créent une distinction entre le passé et le futur. Ceci est valable à toutes les échelles de l’univers, des mondes, des pays, des hommes et même de l’individu.


Les événements rares se sont les miracles, les krachs boursiers, les catastrophes naturels, le 11 septembre 2001, etc.... Ces événements rares, qui sont souvent synonyme de désordre, de bouleversement et d’instabilité nécessitant parfois l’intervention du « prêteur » de dernier ressort pour rétablir la confiance, constituent la composante déterminante de l’équilibre dynamique de tout système.


Dans la pratique on essaye toujours d’estimer la probabilité des événements rares puis de les interpréter. Toutefois, pouvons-nous estimer les événements rares que nous n’avons jamais connus ou rencontrés dans notre existence, tels que des avions qui percutent des tours jumelles ? Avant le 11 septembre 2001, bien évidemment que non mais après le 11 septembre 2001 bien évidemment qu’oui, mais ceci ne peut vraiment avoir un sens qu’en fonction d’une échelle de temps et sans une surestimation de la probabilité de voir un événement rare, survenu, se répéter rapidement. Ceci ne veut pas dire qu’il faut rester les bras croisés mais plutôt d’éviter les exagérations et les surenchères politiques et médiatiques, comme celles auxquels on a assisté de la part du gouvernement américain.


Selon Benoît Mandelbrot, le hasard sauvage est caractérisé par la discontinuité, l’événement rare, et la présence d’une mémoire longue, la persistance et la dépendance de long terme entre une cause passée et en effet futur. C’est la persistance dans le long terme des effets du 11 septembre 2001, qui nous éclaire sur la nature de la politique étrangère américaine jusqu’à aujourd’hui. C’est aussi par la persistance dans le long terme des effets de l’assassinat de Benigno Aquino ; après son retour de 3 ans d’exil aux Etats-Unis ; par le dictateur Marcos en 1983 qu’on a assisté en 1986 à la révolution jaune au Philippine et la consécration de sa femme Corazon Aquino. Etc..

Toutefois, il ne faut pas confondre dépendance de long terme avec la prévision exacte du résultat final ou de l’effet final d’une telle ou telle cause. D’après le principe de la dépendance sensitive aux conditions initiales, qui se traduit par l’effet papillon dans la théorie du chaos, il est impossible aujourd’hui de pouvoir effectuer des prévisions précises à moyen et long terme mais seulement à très court-terme, même si nous affectons la totalité de nos ressources pour atteindre un tel objectif.

Il y’a quelques jours personne n’aurait imaginer ou parier le moindre sou sur une probable visite de Sharon en Tunisie, cette éventualité faisait partie du domaine du pratiquement impossible contrairement à la probabilité possible d’une normalisation entre la Tunisie et Israël. Une chose est certaine, aujourd’hui c’est cette annonce de la visite de Sharon en Tunisie, un événement rare, qui vient d’influer sur le futur de la Tunisie, du régime et de l’opposition, marquant une rupture nette avec un certain agencement qui fait parti maintenant du passé. Le futur de la Tunisie est entrain de s’inscrire devant nous, c’est un futur ouvert et c’est à nous de faire qu’il soit meilleur.

Un monde de propensions

La théorie classique des probabilités statistiques correspond à des simples possibilités divisées par le nombre des possibilités égales. Par exemple la possibilité, du résultat du lancé du dé est 6, est égale à 1/6 (0.1666....). En 1980, Karl Popper introduit dans le cadre de la théorie des probabilités, le concept des propensions (tendances), un concept encore très mal connu et lorsqu’il est connu, il est souvent mal compris. Sans entrer trop dans tous les détails de ce concept, je me tiendrais ici juste à ses conclusions et aux conséquences qu’il implique.


Dans le cadre de la théorie propensionniste, on parle des possibilités pondérées qui sont plus que des simples possibilités. Les possibilités pondérées sont des tendances, inhérentes, à se réaliser par elles-mêmes. Ces propensions ne sont pas seulement inhérentes à un objet, tel qu’un dé, mais plutôt inhérentes à une situation dont l’objet en question fait partie. Ainsi, la possibilité pondérée, du résultat du lancé du dé est 6, peut-être égale à 0.15 au lieu de 0.1666... dans le cas d’un changement des conditions telles qu’une hausse de la température, la présence d’humidité, la modification de la structure du dé, changement de la matière du tapis sur lequel le dé est lancé, etc.... Ceci n’est pas le propre de la situation particulière du lancé du dé mais plutôt une caractéristique générale, qui peut être démontré théoriquement et empiriquement.

La différence primordiale entre les simples possibilités et les possibilités pondérées provient du statut accordé à l’énoncé. Dans le cas des simples possibilités l’énoncé joue un rôle d’un accessoire sans importance alors que dans le cas des possibilités pondérées l’énoncé joue un rôle primordial puisqu’il correspond à la situation générale, qui détermine la propension ou la tendance.

Dans un monde en perpétuel changement, tel que le notre, les propensions se modifient constamment et avec elles les possibilités pondérées. Il se trouve aussi que nos désirs, nos fantasmes, nos préférences, nos théories, nos idéologies peuvent modifier les propensions, et ce plus ou moins selon le cas, par exemple nos désirs n’ont aucune influence sur le temps qui va faire demain.
L’événement rare dans la théorie propensionniste est un événement appartenant à une suite virtuelle d’événements d’une propension non mesurable puisqu’on a à faire à une situation unique. D’un autre côté, les situations passées ne déterminent pas la situation à venir mais elle détermine plutôt les propensions changeantes qui influencent les situations à venir sans les déterminer. Il existe plusieurs possibles qui cherchent à s’actualiser, mais seuls quelques-uns d’entre eux possèdent une propension élevée, étant données les conditions réellement existantes. Le passé est fixé, seul l’avenir est encore objectivement non fixer alors que le présent est un processus continu d’actualisation des propensions.

Quelle est-elle la probabilité de voir une certaine idée de l’opposition actuelle destituer la dictature ?

Le trait commun à toutes les idéologies totalitaires est leurs imperméabilités à la critique théorique, elles ne périssent qu’une fois elles étaient expérimentées. Tout se passe comme s’il était nécessaire de vivre les utopies totalitaires pour vouloir s’en défaire après leur expérimentation. La sortie du communisme n’était possible qu’après l’entrée dans le communisme pour vivre son échec, la sortie du nationalisme socialiste n’était possible qu’après l’entrée dans le nationalisme socialiste pour constater ses aberrations, la sortie du maoïsme n’était possible qu’après l’entrée dans le maoïsme pour vivre son fiasco et la sortie de l’islamisme ne se fera qu’après avoir expérimenter son anachronisme maintenant que l’étape relative à l’entrée dans l’islamisme a été franchie.

Comme jadis l’Urss communiste, la Chine maoïste, l’Allemagne nazie, l’Irak national-socialiste arabe où c’est l’écroulement du centre idéologique totalitaire qui condamne l’effondrement de l’idéologie totalitaire dans les pays de la périphérie. Aujourd’hui c’est l’effondrement de l’Iran (et dans un registre complémentaire de l’Arabie Saoudite), centre de l’idéologie islamiste, qui sonnerait la fin de l’idéologie islamiste dans les pays périphériques.

Nous avons vu précédemment que nos théories, nos idéologies changent le monde dans lequel nous sommes. Bien que les théories correctes et les idéologies alternatives aient souvent une influence plus durable que les théories fausses ou les idéologies totalitaires, Ces dernières ont changé le monde dans lequel on se trouve même si aujourd’hui elles font parti d’un passé fixé. Les idéologies ou utopies communiste, maoïste, nazie, national-socialiste arabe, islamiste existaient parmi plusieurs possibles de leur époque respective qui cherchaient tous à s’actualiser. Or si le communisme a réussi à s’actualiser à travers la révolution bolchevique, c’est parce qu’étant donnée la situation générale réelle de l’époque il possédait une tendance inhérente élevée à se réaliser. La révolution bolchevique n’avait pas déterminé la situation future mais elle avait plutôt déterminé les tendances mobiles qui influencèrent les situations à venir sans les déterminer. Ainsi, l’après révolution bolchevique était caractérisée par une tendance au communisme et au socialisme qui faisait que la possibilité objective, la probabilité pondérée ou la propension liée à une révolution communiste était élevée. Plusieurs pays ont basculé dans le communisme et le socialisme entre la deuxième guerre mondiale et disant la fin des années 70 et le début des années 80. L’expérience communiste à tuer avec elle l’utopie communiste et nos expériences de cette expérience communiste ont modifié les propensions changeantes futures. La tendance générale se trouve être elle-même modifiée et la propension inhérente au communisme se trouve être aujourd’hui très faible.

Le même schéma s’applique aux autres idéologies totalitaires en particulier et aux idéologies en général. L’avènement du national-socialisme arabe avec Nasser en 1952 et sa mort récente avec la fin du régime de Saddam Housseïn s’inscrit aussi dans ce schéma propensionniste et la propension inhérente au national-socialisme arabe se trouve être aujourd’hui très faible.

Dans l’absolu, toutes les idées, toutes les théories et toutes les idéologies..., ayant des possibilités non nulles mêmes si elles sont inhérentes à des propensions infimes finiront par s’actualiser à condition que les situations pertinentes se répètent assez souvent ou qu’elles demeurent constantes sur une durée assez longue. Toutefois, les situations sont changeantes, c’est pour cette raison que des propensions très petites ne semblent jamais se concrétiser. Alors même que l’ensemble des possibilités est infini, ces possibilités sont en larges mesures exclusives, l’actualisation d’une possibilité anéantit de nombreuses autres possibilités et le processus de l’évolution de l’histoire en particulier et de l’humanité en général se trouve être un diagramme de bifurcation.

Pour résumer, la possibilité pondérée d’un événement est inhérente à une situation générale dont la tendance est une partie intégrante.

Afin d’évaluer qualitativement (infime, petit, moyen, élevé, très élevé) la possibilité pondérée non nulle de l’opposition tunisienne de destituer la dictature, il est primordial de définir l’énoncé correspondant à la situation générale, qui détermine la tendance sous-jacente. Comme il nous est impossible de définir un énoncé exhaustif de la situation général, nous allons se contenter de certaines caractéristiques, qui nous paraissent déterminant de la tendance actuelle. Ainsi, on peut énumérer les caractéristiques suivantes : démocratie libérale, libéralisme économique, droits de l’homme, la « détalibanisation » de l’Afghanistan, la « démocratisation » de l’Irak, Al Qaeïda, la « menace » islamiste, la fin du communisme, la lutte contre l’immigration clandestine, normalisation avec Israël, mondialisation, regroupement économique, organisation, professionnalisme, de spécialistes etc... la liste est encore très longue.

Une fois que nous avons établie l’énoncé définissant la situation générale il devient évident quelespossibles qui vont pouvoir s’actualiser sont ceux possédant une propension élevée, c’est à dire celle qui s’inscrit dans la tendance de la situation générale ; démocratie libérale, libéralisme économique, droits de l’homme, la « détalibanisation » de l’Afghanistan, la « démocratisation » de l’Irak, Al Qaeïda, la « menace » islamiste, la fin du communisme, la lutte contre l’immigration clandestine, normalisation avec Israël, mondialisation, regroupement économique, etc... la liste est encore très longue. Plus la propension s’écarte de la tendance de la situation générale, plus elle s’affaiblit et moins les possibilités vont pouvoir s’actualiser. Ainsi, une opposition dans sa composante principale islamiste, marxiste, trotskiste, amateurisme, désorganisation, d’amateurs, anti-libéral, anti-démocratie libérale, anti-mondialisation, anti-tout et par essence totalitaire ne peut avoir qu’un « poids » infime, une propension infime.


Toutefois, pour voir se réaliser la possibilité non nulle, qu’une certaine idée de l’opposition actuelle destitue la dictature, même si elle est inhérente à une propension infime il faut que la situation générale demeure constante sur une durée assez longue, ce qui est chimérique.


Il est devient manifeste que l’opposition tunisienne, avec ses idées et ses idéologies motrices et son état actuel, compte sur une destitution miraculeuse de la dictature ce qui explique l’absence de toute stratégie. En effet, l’élaboration d’une stratégie fait appel au risque probabiliste, le hasard pur, afin de choisir la meilleure alternative pour un risque minimum alors que le miracle est un événement rare qui peut ne jamais se produire.

Lecture d’un sondage

Avant d’interpréter le sondage réalisé par Tunisnews, il est essentiel d’être conscient des limites des sondages libres puisque ses derniers ne respectent pas, il ne peut en être autrement, les techniques d’échantillonnages. En effet, la qualité d’un sondage est liée à sa forte représentativité de la catégorie étudiée en terme de la répartition des tranches d’âges, des sexes, des catégories socioprofessionnels, d’appartenance politique, fiabilité, etc....
Toutefois, en étant conscient des limités d’un tel sondage libre, je vais baser mon interprétation sur les tendances en profitant de l’avantage de l’existence d’un tel sondage au détriment de l’inconvénient de son imperfection, (ma lecture porte sur le résultat du sondage à partir de la réponse arrêtée, le dimanche 6 mars 2005 (18h30), de 746 internautes).


Le premier fait marquant est lié à l’age, la tranche d’âge supérieur à 45 ans est foncièrement hostile à la visite de Sharon en tunisie. Cette tranche d’âge s’est trouvée de fait être plus marquée par la question palestinienne que les tranches d’âges inférieures.

Le Second fait marquant est lié au sexe, les hommes sont plus hostiles que les femmes à la visite de Sharon en Tunisie.

A partir de c’est deux faits et en tenant compte de la répartition réelle des jeunes et des femmes dans la société tunisienne, impliquant une pondération supérieure dans un échantillon conforme par rapport à leur pondération implicite d’un sondage libre, on peut s’attendre à voir moins de personnes (en terme relatif) hostiles à la visite de Sharon que ne laisse entendre une lecture rapide du sondage de Tunisnews.

Le Second fait marquant est lié au sexe, les hommes sont plus hostiles que les femmes à la visite de Sharon en Tunisie.

A partir de c’est deux faits et en tenant compte de la répartition réelle des jeunes et des femmes dans la société tunisienne, impliquant une pondération supérieure dans un échantillon conforme par rapport à leur pondération implicite d’un sondage libre, on peut s’attendre à voir moins de personnes (en terme relatif) hostiles à la visite de Sharon que ne laisse entendre une lecture rapide du sondage de Tunisnews.

L’annonce de la visite de Sharon en Tunisie est secondaire en-soi, ce qui est essentiel, et je ne sais pas si nos amis de Tunisnews peuvent nous réaliser ce sondage, c’est la question de la normalisation des relations avec Israël.

Il y a une règle d’or dans les marchés boursiers et financier à laquelle il ne faut pas déranger si on ne veut pas se faire déplumer, c’est de toujours jouer la tendance à la hausse lorsque le marché est haussier et à la baisse lorsque le marché est baissier. Jouer contre la tendance générale, comme vient de le faire l’opposition tunisienne, c’est la banqueroute assurée.