dimanche, mai 29, 2005

L’homme, cette nouvelle bête de cirque !

Ce texte, qui prend la forme d’un mini-essai, aurait du être publié un certain dimanche 13 mars 2005. Alors que j’étais entrain de terminer les dernières retouches avant publication, j’ai reçu un coup de téléphone de Dalel m’annonçant la mauvaise nouvelle du décès de Zouhair Yahyaoui. Il aurait été grossier de ma part, vu le sujet traité, de maintenir sa publication dans de telles circonstances. Je décide quand même aujourd’hui de publier cet mini-essai un dimanche pour le dédier à la mémoire de Zouhair.

Les hommes sont perdus, ils ne savent plus à quel saint se vouer ! Entre l’homme du passé et l’homme du présent, les hommes n’arrivent pas à se projeter dans le futur et à trouver leurs marques. Ballottés entre l’homme macho, l’homme misogyne ou l’homme viril et l’homme féminisé, l’homme androgyne ou l’homme asexué, les hommes croient plus à leur disparition annoncée qu’à une résurrection future.

Une chose est sûre la société patriarcale est derrière nous, la société matriarcale pourrait paraître aujourd’hui comme incertaine dans un futur proche, alors que nous sommes entrain d’entrer de plein pied dans une société « hommes-femmes ». Cette nouvelle société, héritière contemporaine d’Hermès et d’Aphrodite, est une société dans laquelle les hommes cultivent leur part de féminité afin de s’apparenter de plus en plus à Hermaphrodite pour répondre aux exigences et aux désirs du sexe féminin. Pendant, que les femmes cultivent leur part de masculinité afin de s’affirmer sexuellement telle qu’Alexina B et de s’accaparer du pouvoir phallique jadis la chasse gardée de l’homme.

Aujourd’hui, les hommes ont perdu leur phallus et essayent tant bien que mal de s’accrocher à leur sexe en vantant l’outil de travail de Rocco Siffredi ou en compensant par un godemiché. Dans une société où les mots d’ordre sont : égalité sexuelle, séduction, apparence et performance, l’homme se trouve contraint aux tâches ménagères, à avoir un look, à réussir professionnellement, à être aussi doux qu’une fille et d’assurer au lit comme une bête. L’homme idéal, dans cette nouvelle société Hermaphrodite, est un efféminé qui baise comme un routier ou un Steeve aussi brute que Joe Star.

Pris entre le marteau et l’enclume (ceci n’est pas seulement une image, le marteau marxiste et l’enclume existentialiste constituent le credo de la génération féministe post soixante-huitarde), l’homme se trouve contraint à marcher ou à crever. Il est obligé d’être la ménagère au col blanc, branché et métronome sexuel au service de la libido de madame. L’homme qui faisait hier la distinction entre l’épouse, la mère et la maîtresse se trouvent aujourd’hui en face d’une femme, qui lui demande d’être à la fois le mari, le père et l’amant. Sans quoi on se retrouvait dans les « Ragionamenti » de l’Arètin, ce coup-ci sans la ruse du passé mais avec l’impudence du présent, pour que « pour une femme n’importe quoi vaut mieux que son mari et, pour un mari, n’importe quoi vaut mieux que sa femme ».

Aujourd’hui, les vainqueurs, les femmes, ont fini par adopter les mœurs des vaincus, les hommes. La violence, le sexe, les magouilles politiques, les assassinats, les grosses berlines, le whisky, le cigare, les maîtresses ou les amants, etc.… autrefois des domaines se conjuguant au masculin sont devenus maintenant aussi des domaines féminins.

Du féminisme au féminisme

Pour saisir l’essence de la société « hommes-femmes », il est essentiel de distinguer le féminisme d’autrefois de l’enfer du féminisme moderne. Dans toutes les civilisations depuis l’antiquité, les religions monothéistes et jusqu’aujourd’hui dans certains pays, tels que l’Arabie Saoudite, et sans porter aucun jugement de valeur, la femme a toujours eu un statut particulier la situant entre l’homme (l’homme libre) et l’esclave (l’homme non libre) faisant d’elle un être inférieur dépourvu de raison. Les lumières en affranchissant l’homme non libre du pouvoir absolutiste du prince et de l’église ont fait de lui un homme libre et un citoyen. De facto de son statut intermédiaire, la femme s’est trouvée être exclue de cette libération et de la citoyenneté. Alors que tout le monde aspirait à la libération et à l’égalité, les femmes ont étaient cantonnées dans leur statut d’être inférieur. C’est de cette exclusion de la citoyenneté et afin de réparer cette injustice historique que le féminisme est né. Le féminisme n’était rien d’autre que le prolongement des lumières pour que les droits des hommes soient aussi les droits des femmes. Le féminisme était avant tout un combat pour le droit à l’éducation des filles et le droit de vote, donc pour la libération de la raison et l’accès à la citoyenneté des femmes. Le féminisme se résumait à ce que disait Condorcet en 1790 dans son « Essai sur l'admission des femmes aux droits de cité », « Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu'ils sont des êtres sensibles, capables d'acquérir des idées morales et de raisonner sur des idées. Ainsi les femmes ayant ces mêmes qualités, ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l'espèce humaine n'a de véritables droits, ou tous ont les mêmes ; et celui qui vote contre le droit d'un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens ». C’est de ce combat pour la libération de la raison féminine et l’accès à la citoyenneté, un combat encore d’actualité, que le féminisme gagne ses traits de noblesse.

En 1949, avec l’apparition du livre « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir on a assisté à un tournant dans la lutte féministe. Dans ce livre fondateur du féminisme moderne, Simone de Beauvoir introduisait la nécessité de distinguer entre le sexe (le biologique) et le genre (produit social et culturel élaboré à partir de certaines données physiologiques), en cassant la supposée coïncidence entre sexe et genre. Pour Simone de Beauvoir la différence établie entre les genres apparaît comme le produit d’un conditionnement patriarcal où le féminin est dévalorisé et bafoué. Toutefois, si le combat contre le conditionnement sociétal, qui faisait de la femme un être inférieur dépourvu de raison, était l’essence même du combat féministe, qu’est-ce qu’il distinguerait alors les pionnières féministes des féministes modernes ? Je dirais, la négation en générale et la négation de la féminité en particulier.

En effet, cette négation trouve son essence dans l’existentialisme athée de Jean-Paul Sartre avec qui Simone de Beauvoir a partagé sa vie et l’existentialisme. L’existentialisme athée affirme que Dieu et la nature humaine sont des concepts inexistants et que la raison est impuissante, ce qui implique que l’homme doit trouver en lui-même ses valeurs et son existence. L’homme n’est pas déterminé, il est ce qu'il fait, ce qu'il choisit, qui le fait devenir ce qu'il est. L’homme livré a lui-même sans dieu, sans repère, sans référence, sans raison et sans vérité absolue devient sa propre conscience et sa propre existence dont la destinée finale est sa propre négation. En 1946, Sartre disait, dans son principal ouvrage « l’Etre et le Néant », « l’être par qui le néant arrive dans le monde est un être en qui dans son être il est question du néant de son être ; l’être par qui le néant vient au monde doit être son propre néant ». Ainsi, la finalité de l’existence humaine porte en elle-même sa propre négation. Nous nous rendons compte que nous sommes en face d’une fumisterie tautologique et d’un négationnisme à l’état pur dans les implications sont plus que funeste.

C’est en « féminisant » cette négation qui est le propre de l’existence humaine, selon l’existentialisme, qu’on aboutit à la célèbre formule de Simone de Beauvoir « on ne naît pas femme, on le devient ». La femme non plus n’est pas déterminée, elle est ce qu’elle fait, ce qu’elle choisit, qui la fait devenir ce qu’elle est. Ainsi, pour Simone de Beauvoir la prétendue « nature » féminine est en fait une construction sociale, une invention de l’homme qui voulait voir dans la femme l’Autre alors qu’elle était la Même.

La négation de la féminité chez Simone de Beauvoir va jusqu’à s’en prendre à la galanterie qui constitue pour elle une offense grave ; ouvrir la porte à une femme, allumer une cigarette à une femme, faire le baise-main à une femme, aider une femme à mettre son manteau ; puisque c’est reconnaître que la femme a une féminité et qu’elle est l’Autre alors qu’elle doit être la Même. Simone de Beauvoir s’en prend aussi à ces amants qui veulent faire jouir leurs maîtresses et qui doivent comprendre une fois pour toutes que la plupart de ces maîtresses n’ont pas besoin d’orgasme !! Enfin, la négation de la féminité suppose aussi le refus du modèle féminin, le refus du mariage, d’avoir des enfants, etc....


Toutefois, cette idéologie qui affirme que le genre est un produit social et culturel élaboré à partir de certaines données physiologiques a confronté hommes et femmes à se poser aussi des questions essentielles ou plutôt existentielles sur leurs pratiques et orientations sexuelles. L’orientation sexuelle ne serait-elle pas enfin de compte qu’un produit social et culturel élaboré autour de la seule forme naturelle de la sexualité à savoir l’hétérosexualité ? Est-ce qu’on naît hétérosexuel ou est-ce qu’on le devient ? Je vous laisse deviner la réponse que donneraient les existentialistes et les néo-féministes.

Alors que l’homosexualité, la bisexualité, la pédophilie, les orgies, etc.. ont toujours existé dans toutes les civilisations et à travers le temps (lire l’excellent livre d’Alexandrian « histoire de la littérature érotique » (1989)), confinées et pratiquées selon des codes stricts (même du temps de la Grèce antique l’homosexualité existait selon des règles précises, tandis que la pédophilie et l’homophilie étaient interdites), elles sont devenues aujourd’hui, en faveur d’un soubassement théorique et idéologique qui les justifient, à savoir l’existentialisme et le féminisme moderne, des pratiques courantes et à la mode désignant le summum de la « branchitude » et de l’anti-conformisme, un anti-conformisme des salons mondains.

Dans une note qui date du 15 février 2005, j’ai écris que la majorité des femmes me font penser à la « mémoire d’un cul », un livre écrit par une prostituée anonyme des années 60. Toutefois, le livre d’Anonyma, Anonyma est le pseudonyme de la prostituée en question, ne me fait pas penser seulement et uniquement à la majorité des femmes, mais aussi à la majorité des hommes, des êtres égarés dans la nouvelle société post soixante-huitarde, des conquistadors-soumis à une bouffonnerie sexuelle digne de « l’assemblée des femmes », tel qu’elle le décrit assez bien Anonyma dans les extraits suivants :

« Après les diktats idéologiques, la libération sexuelle devint une mode. J’avais trop d’heures de vol pour aimer les libertinages de convenance. Tout le monde draguait tout le monde ou se laissait draguer. La différence entre sexes n’existait plus. Chacun couchait autant avec les hommes que les femmes. Baiser devenait même une obligation mondaine dans les milieux aisés. Je comprenais l’aspect positif de cette explosion des tabous. Cependant, suivant facilement quiconque à son lit, il m’apparut que cette façon de jouir n’était qu’un masque commode pour dissimuler une vraie difficulté d’être. Beaucoup se forçaient d’ailleurs à vivre ainsi, souffrant secrètement de jalousie ou de désespoir. Les drogues douces et des philosophies fumeuses accompagnaient les orgies. Derrière la révolution sexuelle, l’esprit bourgeois persistait. La lecture de Sexus et d’Emmanuelle guidait les acteurs de ces errances du corps. La pilule étant devenue légale, les femmes se sentaient sécurisées. L’amour sans amour se basait sur le mensonge des sens et le snobisme de partouzes organisées au nom de l’anticonformisme. Tout était permis. La pédophilie et la zoophilie apparurent comme des désirs naturels ». « Des savants sexologues affirment que les déviations érotiques ne sont l’apanage que des classes aisées. Ils se trompent. Le délire et l’excès se moquent bien du clivage social ».

A l’origine de l’abîme féministe on trouve le MLF (ou le mouvement de la libération de la femme) né en 1970 de la fusion de groupuscules d’étudiantes et qui fonda en 1971 un journal menstruel (oui c’est bien un menstruel et non pas mensuel), « le Torchon brûle », pour en finir avec la féminité, revendiquer le droit féminin à la grossièreté et mener une campagne anti-sexiste contre tous ceux qui pouvaient croire que les femmes possèdent un langage plus distingué que les hommes en les considérant comme les Autres alors qu’elles sont les Mêmes.

Toutefois, la négation de la notion de féminité et sa suppression du vocabulaire féministe ont poussé les apôtres de Simone d’en inventer d’autres, tels que la féminitude et la femellitude. La féminitude, une notion élaborée en 1973 par Monique Wittig dans son livre « corps lesbien », exprime l’idéal lesbien de ressembler à des animaux femelles, d’où les mots tels que cochonne ou chienne par exemple qui trouve leur origine dans la féminitude, et que contrairement à ce que pense la majorité ils ne sont pas des insultes sexistes profanées par des hommes mais ils sont une pure création de certaines femmes. Ainsi, la féminitude c’est le lesbianisme puant, animalier et sadomasochiste.

Quant à la femellitude (la femelle attitude), une notion élaborée en 1974 par Xavière Gauthier dans un livre signé par le pseudonyme Gaétane « histoire d’I », une féminisation de « histoire d’O », elle n’est rien d’autre que de la féminitude macabre, un lesbianisme sadomasochiste bourreau des hommes.

Toutes ces évolutions du féminin ont trouvé leur consécration dans l’apparition de la femme nouvelle, la « fille-mère lesbienne » en substitution à la « fille patriarcale ». Cette femme nouvelle, qu’on découvre dans « L’amèr » de Nicole Brossard en 1988, va entraîner des transformations considérables de la conception qu’on a de la famille et de l’organisation sociétale.

Aujourd’hui, la vulgarité et la grossièreté sont devenues des « acquis » féminins, il suffit de prendre les moyens de transport ou de fréquenter des lieux communs afin de rencontrer ces filles qui roulent les mécaniques, tel qu’un homme, pour mesurer l’étendue des dégâts du MLF et du féminisme moderne, sans vraiment parler de l’ambivalence qui est devenue un sport national féminin.

De la supercherie du féminisme moderne

Il est aisé de démontrer que la liberté n’est pas une faculté abstraite mais doit sa valeur à la conscience de l’homme qui s’en réclame, c’est à dire à la raison. Alors ; comme l’affirme Kant dans qu’est-ce que les lumières ? ; que la paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre de personnes se plait dans la servitude ! On ne peut comprendre comment l’homme doit trouver en lui-même ses valeurs et son existence pour qu’il soit libre, sans l’exaltation de la raison, alors qu’il porte en lui-même les valeurs de la négation de la liberté !

Comme il est facile aussi de démontrer que sans le principe existentialiste, qui affirme que Dieu et la nature humaine sont des concepts inexistants, la négation de la féminité aurait été impossible. Pour le féminisme moderne, la féminité est un produit social et culturel qui fait d’elle l’Autre et non pas la Même, ceci ne peut-être vrai que si on occulte volontairement la matrice, la grossesse, le système endocrinien, etc.. pour les considérer comme des concepts abstraits. Toutefois, la matrice, la grossesse, le système endocrinien ne sont pas des concepts abstraits mais plutôt la manifestation de la nature, de la nature humaine et de la nature féminine.

Aussi, on ne peut parler de l’impuissance de la raison alors que cette impuissance de la raison en tant que principe existentialiste est en soi une construction de la raison ! Sauf si on suppose que Sartre est l’incarnation de la raison supérieure !

Cependant, la déconstruction logique seule ne suffit pas à convaincre de l’aberration de l’idée ou de l’idéologie, il est essentiel de confronter l’idée et l’idéologie à sa propre expérience pour essayer de persuader la majorité de sa faiblesse. Parlons-en alors de l’expérience féministe moderne à travers celle de ses protagonistes pour se rendre compte sa propre supercherie.

Jusqu'à la publication des correspondances de Simone de Beauvoir avec l'écrivain américain Nelson Algren et l’élève de Sartre, Jacques-Laurent Bost, tout le monde croyait dur comme fer à la légende du couple Sartre-Beauvoir, les représentants officiels de cette nouvelle forme d’union libre, et qui constitue le geste existentialiste, basée sur l’amour affectif en dehors de l’institution du mariage et du couple bourgeois. Toutefois, on découvre dans ces correspondances la femme amoureuse dans tous ses états loin des sentiments préfabriqués de la version officielle du couple existentialiste. On découvre la femme secrète entretenant des relations passionnées, qui tout en rejetant officiellement l’institution du mariage envoyait des lettres adressées à « mon mari à moi », « mon mari bien-aimé », (dans « Lettres à Nelson » (1999)) pour désigner son amour de Nelson. On remarque la même fougue et la même intensité sentimentale dans ses lettres à Bost dans lesquelles Simone de Beauvoir répète à chaque ligne « Je pense à vous à en devenir folle », « Je vous aime, pas d'un amour de vacances, d'un amour d'un instant, d'un grand amour dont je veux les tristesses comme les joies, d'un amour où je suis engagée corps et âme, si lourd, si précieux que parfois j'en ai le souffle coupé », (dans « La correspondance croisée 1937-1940 » (2004)). On trouve dans ces correspondances la femme avec sa féminité et sa sensibilité en contradiction totale avec la féministe sévère confinée dans une relation existentialiste officielle avec Sartre. Enfin qu’y a-t-il de féministe dans le vécu de Simone de Beauvoir, outre le fait qu’elle ne s’est pas mariée et qu’elle n’a pas eu d’enfant ? N’est-elle pas la femme avec sa féminité, ses amours, ses jouissances pour terminer au chevet de Sartre en l’accompagnant à sa mort comme l’aurait fait n’importe quelle femme bourgeoise avec son mari !

On apprend davantage de l’expérience féministe moderne à la lecture du livre « Le repos du guerrier » (1958) de Christiane Rochefort ou des livres autobiographiques « La bâtarde » (1964) et « La chasse à l’amour » (1972) de Violette Leduc, une protégée de Simone de Beauvoir. Il est évident, dans un cas comme dans l’autre, que l’expérience féministe a constitué un démenti aux thèses féministes. « Le repos du guerrier » décrit l’histoire de l’étudiante de bonne famille ne pouvant plus s’affranchir d’un homme ivrogne, associable sans profession, qui la trompe avec son amie, en allant même jusqu’à l’épouser pour la simple raison qu’il lui a révélé l’amour physique et lui a procuré l’orgasme. « La chasse à l’amour » est l’histoire de Violette Leduc qui, vers la fin de sa vie ; après ses expériences bisexuelles racontées dans « La bâtarde » ; a eut pour amant un ouvrier maçon auquel elle s’agrippait de toutes ses forces, et en usant de subterfuges, parce qu’il la comblait sexuellement, « je [Violette] suis contente, je ressemble aux autres femmes ». Une négation cinglante du féminisme moderne.

A partir de ces trois réalités, ces réalités ne sont pas du tout indépendantes de la réalité féministe, on saisit l’ambiguïté du féminisme moderne. L'ambivalence de la femme féministe voulant nier sa féminité, expérimente l’ambivalence sexuelle (la bisexualité) et le lesbianisme et enfin, lorsqu’elle le peut, s’agrippe à l’homme qui lui procure l’orgasme ou l’homme « gratificateur d’orgasme » pour finir telle qu’une bourgeoise mûre. Peut-on aller jusqu’à dire que la féministe moderne est une femme « intellectuelle » qui n’a pas connu l’orgasme ? Ceci est un pas que je ne franchirais pas, même si c’est parfois tentant de le faire ! N’est-ce pas Simone de Beauvoir qui voyait dans le lesbianisme le résultat de l’absence ou de l’échec des relations hétérosexuelles ?

La misère du féminisme

Il devient manifeste que la société Hermaphrodite ou la société « hommes-femmes » d’aujourd’hui porte en elle les stigmates du féminisme moderne. La lecture du processus d’évolution du féminisme moderne, la négation de la féminité – la négation de l’hétérosexualité – le lesbianisme – la sensibilité féminine – la femme qui ressemble aux autres femmes par la satisfaction sexuelle procurée par le mâle, expliquent clairement l’image qu’ont la femme et la société aujourd’hui de l’homme idéal, un efféminé qui baise comme un routier ou un maçon. Les féministes d’autrefois ont laissé la place aujourd’hui aux Chiennes de garde paradant avec un caniche faisant office de pit-bull.

Ainsi, le combat du féminisme moderne qui voulait que l’Autre soit la Même a engendré que l’Autre ne soit plus le même. Contrairement au féminisme des lumières qui voulait que l’Autre soit l’égale de l’Autre, le féminisme moderne en cherchant l’indifférenciation a obtenu une réduction de la virilité. Toutefois, le féminisme moderne a eu comme autres conséquences, la féminisation des mots même au prix d’une laideur phonétique, par exemple « cheminote », et le politiquement correct. C’est à cause de cette fumisterie qui veut que l’Autre soit le Même, qu’on nage aujourd’hui dans une pleine hypocrisie linguistique et dans le langage lissé sous la contrainte d’une panoplie de lois anti-sexiste, anti-homophobe, anti-raciste, anti-antisémite, etc. ... On ne dit plus noire, on parle d’une personne de couleur. On n’a plus le droit de demander à quelqu’un s’il est pédé, mais plutôt lui demander son orientation sexuelle. On ne dit plus reubeu ou feuj parce que c’est péjoratif, raciste et antisémite.

Il est important d’être conscient aujourd’hui d’une certaine réalité politique avant qu’il soit un peu tard. On est entrain d’assister aujourd’hui à l’entrée du féminisme dans la pensée politique. Le féminisme en tant que combat pour la libération de la raison féminine, l’accès à la citoyenneté et pour la l’égalité est entrain d’être détourné aujourd’hui au profit d’une lutte des sexes hommes/femmes à l’instar de la lutte des classes capitalistes/prolétaires. Alors que le féminisme d’autrefois était le prolongement des lumières, le féminisme moderne en tant que pensée politique n’est ni plus ni moins que le prolongement du marxisme.

Une fois que la dictature des prolétaires est devenue chimérique aujourd’hui, les femmes (celles qui font dans le féminisme politique) sont entrain d’œuvrer secrètement pour la dictature des femmes et pour une société idéale, qui est la gynécocratie communiste d’Aristophane, la communauté des biens et la communauté des sexes. Le but inavoué de ce féminisme politique est de renvoyer les hommes à la maison pour s’occuper des tâches ménagères et de projeter les femmes dans la gestion des affaires de la cité. Est-ce que vous savez qu’elle était la préoccupation première du féminisme politique lors de la révolution orange en Ukraine ? C’est de savoir si oui ou non les femmes pouvaient renvoyer leur mari au fourneau (dans la cuisine) une fois que la révolution orange aurait aboutie ! C’était réellement la préoccupation première de cette féministe politique « notoire » que je ne citerais pas.

Nous ne nous trompons pas, ce féminisme politique est entrain d’avancer cacher en usant et en abusant de subterfuges autour de deux slogans (« la femme est l’avenir de l’homme » et « on ne naît pas femme, on le devient ») et quelques thèmes tels que la violence conjugale, l’inégalité salariale, la laïcité, les taches ménagères, tout en s’intégrant au mouvement social et à l’autre tromperie qui est l’alter-mondialisme. Pour aboutir enfin de compte à la configuration finale de ce féminisme politique visant à transformer les rapports de domination hommes capitalistes du Nord/femmes prolétaires du Sud et à construire une nouvelle utopie différente du libéralisme et de la barbarie (dans le langage du féminisme politique la barbarie veut dire l’islamisme).

Toutefois, il est important aujourd’hui de s’approprier les thèmes favoris des féministes politiques afin de les assainir de la désinformation volontaire qu’ils recèlent en eux. Il est faux de dire qu’aujourd’hui les femmes perçoivent 20% de salaire en moins que les hommes, que seulement 20% des femmes occupent les postes élevés dans la hiérarchie des entreprises et qu’il y a plus de femmes au chômage que les hommes. Surtout lorsqu’on sait que ces écarts ou ces différences sont évalués à partir d’une grossièreté statique, telle que par exemple la masse salariale qui est une donnée hétérogène et ne peut constituer une base de comparaison.

Il faut le rappeler une fois pour toutes que le marché est indifférent au sexe, à la race, à la religion, etc.. Le marché est là pour faire coïncider une offre à une demande (ou une demande à une offre). Sur le marché la femme et l’homme cessent d’être des femmes et des hommes mais ils deviennent plutôt acheteurs et vendeurs. Pour le même poste, la même fonction, les mêmes tâches le salaire perçu est différent d’une entreprise à une autre. Dans une même entreprise, pour le même poste, la même fonction, les mêmes tâches le salaire perçu est différent d’une personne à une autre ou d’un homme à un autre. Ces différences de salaires n’ont rien à voir avec le sexe, la religion, la race, mais plutôt elles sont liées à la différence de situations entre les entreprises, les diplômes, l’école ou l’université, l’expérience professionnelle, le savoir-faire, les compétences des personnes, etc... De même, on ne peut comprendre les raisons d’un taux de chômage plus élevé chez les femmes que chez les hommes en faisant abstraction de l’orientation et du parcours universitaire. On ne peut comprendre les raisons du chômage féminin et l’absence des femmes dans des postes élevés de la hiérarchie des entreprises en faisant abstraction de ces bataillons d’étudiantes qui s’inscrive dans des filières universitaires cul de sac, telles que les filières de langues, de littératures, de sociologie, de psychologie, d’histoire, de géographie, etc.… qui ne mènent nul part. On a dans ces cas là des milliers de femmes qui ont suivi des études universitaires pour devenir des chômeuses. Certaines d’entre-elles vont se recycler dans d’autres filières, infirmières, ressources humaines, gestions, etc.. pour se mettre en adéquation avec la demande du marché mais rare sont celles qui deviendraient des Françoise Dolto ou des Marguerite Duras. Dans son essence le chômage féminin n’a rien à voir avec la ségrégation sexuelle mais plutôt il est dû à une inadéquation de l’offre par rapport à la demande.

Ensuite, on ne peut expliquer la violence conjugale par la seule violence de l’homme en la séparant de ce qui est devenue aujourd’hui la femme grossière, vulgaire, roulant les mécaniques et faisant de l’infidélité une institution. Alors que dans cette nouvelle société Hermaphrodite, on a plus affaire à des hommes soumis qu’à des femmes soumises.

Aussi, on ne peut pas vraiment dire que 80% des femmes assurent encore la totalité des tâches ménagères alors qu’on n’a jamais vu de maisons autant grasses et sales, telles que les maisons d’hommes célibataires, que depuis l’apparition du féminisme moderne. Qu’est-ce qu’on appelle des taches ménagères aujourd’hui ? Est-ce la femme de maison qui loue les services d’une aide ménagère, et là on ne parle plus de tâches ménagères mais d’une offre et d’une demande dans un marché de services ? Est-ce qu’on appelle aujourd’hui une tâche ménagère le fait d’appuyer sur un bouton pour laver le linge et le sécher, de mettre un plat surgelé dans un four et d’allumer ce dernier ou de mettre la vaisselle sale dans un lave-vaisselle ? Comment peut-on dire aujourd’hui que les femmes assurent à 80% les tâches ménagères alors qu’elles ne font qu’appuyer sur un bouton 5 ou 6 fois par jour et passer l’aspirateur une fois par mois tout en sachant que les hommes appuient aussi sur les mêmes boutons ? De même lorsqu’il s’agit d’amener les enfants à la crèche ou à l’école et de les ramener à la maison !

Faut-il aussi rappeler à ces nouvelles féministes, que c’est le capital ; le progrès constitue l’essence même du capitalisme, la pilule, les laboratoires pharmaceutiques, l’avortement, les progrès de la médecine, les entreprises des appareils électroménagers ; qui, pour phraser la sainte féministe Taslima Nasreen qui appelle à « la libération de l’utérus » des femmes musulmanes, a libéré l’utérus des femmes dont les marxistes d’entre-elles et qui leur a permis de « retrouver » la maîtrise de leur corps ? Comme il a libéré avant-elles les prolétaires non pas par des beaux discours mais par l’accumulation des richesses économiques !

Enfin, il ne faut pas perdre de vue le combat d’arrière garde qui est entrain de mener le féminisme politique au nom de la laïcité. Pour les féministes modernes, les « petites connes », c’est ainsi qu’elles désignent en privé ou entre-elles les femmes voilées, sont des femmes soumises, s’accommodant de la société patriarcale et constituent pour elles un obstacle à la transformation des rapports hommes/femmes en particulier mais aussi du rapport hommes capitalistes du Nord/femmes prolétaires du Sud en général. S’il est certain que le port du voile peut-être interprété comme une soumission (on a vu plus haut la soumission volontaire de ces féministes à l’homme « gratificateur d’orgasme ») de la femme à dieu, à l’homme et la société patriarcale et qu’il porteur d’une certaine charge politique lié à ce qu’on appelle l’internationale islamiste. Il est certain aussi que le port du voile a été émancipateur pour beaucoup de femmes et cette émancipation des femmes et la libération de la raison qu’elle a entraînée peut se retrouver, pas dans sa totalité mais sûrement dans une de ces composantes, dans un féminisme des lumières. Pour une majorité des étudiantes et des femmes actives en Europe le port du voile signifie une identification à la modernité mais sans identification à l’occidentalisation des mœurs. C’est en quelque sorte le féminisme des lumières versus la misère du féminisme moderne.

Et l’homme arabe et musulman dans tout ça ?

L’homme arabe et musulman est à mille lieux de ces considérations philosophiques ou existentialistes mais ceci n’empêche pas qu’il est entrain de les subir. Le cheikh Rifaa Tahtawi après un séjour de 6 ans à Paris, suite à une expédition « scientifique » de 1826 à 1831 organisée par le Pacha Mohamed Ali, avait conclu que les Françaises (les occidentales) n’étaient ni plus ni moins légères que les musulmanes et que le voile et le cou et les bras nus n’ont rien à voir avec la pudeur (« L’Or de Paris » (1957) et lire l’excellent livre de Guy Sorman « Les enfants de Rifaa » (2003)). Toutefois, la position des ulémas et la majorité des musulmans sur ce sujet n’a guère évolué depuis le temps de Rifaa, pour eux toute femme occidentale ne pouvait être qu’une prostituée. L’homme arabe et musulman se trouve être pris entre la logique des ulémas, des conservateurs musulmans et des islamistes et la libération sexuelle en tant que conséquence possible de la libération de la raison de la femme et de son émancipation du diktat et du carcan familial, religieux, culturel et sociétal.

Surtout, détrompez-vous, la sexualité arabe et musulmane n’est pas différente de celle des autres civilisations ou des occidentaux, elle a aussi son histoire, son homosexualité, son libertinage, son érotisme, ses harems, ses ruses, ses adultères, ses infidélités, etc.. Afin de se convaincre de ceci il suffit juste de lire le livre « Mille et une nuits » ou celui du cheikh Muhammad Al-Nafzaoui « Le jardin parfumé » (qui se nomme en réalité « Le parfum des prairies »), pour lire l’histoire de Sadjâh Al-Tamîmiyya et du Mousaylima Al-Kinndî des contemporains du prophète Mohamed ou l’infidélité fataliste de Hamdouna, la femme du vizir avec le bouffon Bahloul, qui pour justifier sa conduite auprès de sa servante à paraphraser les paroles du prophète, « Tout homme porte inscrite sa destinée sur son front ». Mais aussi, de se rappeler que l’érotologie était chez les arabes et les musulmans une science appelée « Ilm al-bâh ».

Il est certain aujourd’hui que la libération de la femme arabe se heurte à la position des ulémas, des conservateurs musulmans, des islamistes et de la majorité des hommes arabes et musulmans, parce qu’elle celle-ci n’est pas seulement relative à la femme occidentale mais aussi à la femme musulmane libre. Pour tout ce beau monde, toute femme musulmane libre ne peut être, elle aussi, qu’une prostituée. Cette position de la majorité des hommes arabes et musulmans découle d’une logique binaire qui veut que la femme n’ait le choix qu’entre l’islam ou la pornographie parce que entre les deux il n’y a pas de compromis possible. Et comment se manifeste l’islam chez la femme ? Par le port du voile ou le tchador qui la protège de l’homme fou de désir et violeur potentiel ! Autrement, toute femme qui ne porte pas le voile et qui s’habille comme elle le désir est une aguichante qui mérite d’être violée et importunée par le mâle dominateur. Le mâle dominateur dont mère et père exaltent, dès sa naissance, la virilité.

Cette logique sur laquelle repose depuis quelques décennies le monde arabe et musulman est entrain de s’entretenir et de se nourrir d’elle-même, c’est pour cela qu’il y a de moins en moins de femmes non voilées dans les capitales arabes, telle que le Caire, Alger, etc.. Les femmes intégrant cette logique de la majorité des hommes musulmans, sortent de moins en moins non voilées. Ceci renforce cette logique en faisant d’elle un postulat véridique, ce qui est loin d’être le cas. Cette logique se renforçant par elle-même exerce de plus en plus de pression sur les femmes non voilées, en les obligeant de se voiler de plus de plus parce que les récalcitrantes seraient traitées de tous les noms et considérées enfin de compte comme des prostituées.

Toutefois, cette marche forcée au voile sous le regard des gardiens de la pudeur féminine ne permet plus de distinguer entre la femme pieuse et la vicieuse qui porte le voile par conformisme. En Iran par exemple les femmes religieuses n’ont cessé de demander de pouvoir porter un tchador de couleur autre que noir ou couleur terre afin de se distinguer des autres femmes qui porte le voile par orthodoxie. En Égypte, qui est le pays arabe et musulman qui compte l’industrie du voile la plus florissante et la plus inventrice, le voile se décline à l’infini dans toutes les couleurs, avec motifs ou sans motifs, foncé ou transparent, austère ou sexy, large ou moulant pour devenir pour la femme un objet de séduction (et re-belote). Démystifiez-vous, sous le voile ou le tchador il n’y a pas forcément de la chasteté ! En Égypte, en Iran ou ailleurs les jeunes femmes voilées peuvent sortir en public sans que leurs parents ne s’y opposent et sans se faire importuner. Les jeunes femmes peuvent approcher les hommes sans être suspectes, elles assistent à des soirées privées mixtes côtoyant hommes et alcools et comme le voile se décline à l’infini l’acte sexuel lui aussi se décline à l’infini. Pour se rendre compte que l’habille n’a jamais fait le moine, la chaste ou la vierge. Enfin, Il ne faut pas oublier de parler de l’expansion dans des pays tels que l’Iran, l’Egypte, la Syrie, etc.., du mariage du plaisir (Zaouej Elmoutaa) dans ses différentes formes selon les pays, les coutumes, la classe sociale, etc...

L’échec de la Pudibonderie et de l’apartheid des femmes érigées en institution dans des pays tels que l’Iran ou l’Arabie Saoudite se manifeste de plusieurs façons. La première consiste dans la recrudescence de la prostitution en Iran et la réouverture depuis l’année 2002 des lupanars (les maisons-closes) à Téhéran comme au temps du Shah. On s’aperçoit que même une révolution islamique n’a pas réussi à mettre un terme au premier métier au monde. La deuxième est la schizophrénie de la société saoudienne rigoureusement musulmane dans son aspect extérieur alors qu’elle est dissipée de l’intérieur, des hommes dépravés et des cours de femmes recluses faisant d’elles des lesbiennes potentielles. Evidement, qu’il ne s’agit pas du lesbianisme « vulgaire » propre aux féministes modernes et à l’occident mais plutôt d’un lesbianisme « raffiné » ou « superficiel » qui a été toujours présent dans les sociétés arabes et musulmanes.

Enfin le Tunisien

Il existe une constante dans le monde arabe et musulman, contrairement aux pays occidentaux, c’est qu’il n’y a jamais eu à vrai dire un combat féministe pour l’émancipation de la femme. Dans tous les pays arabes et à divers degrés on a toujours assisté à une féminisation venant d’en haut, une féminisation d’état. Le couronnement de cette féminisation d’état a été atteint en Tunisie en 1956 par l’adoption du code du statut personnel (CSP) sous l’instigation de Bourguiba, laissant aujourd’hui aux tunisiennes un héritage inestimable et faisant d’elles une femme privilégiée dans le monde arabe. Qu’aujourd’hui certains islamistes tunisiens essayent de trouver des prétextes visant à l’annulation ou à l’amendement du CSP est aussi une réalité, je pense toutefois qu’ils s’engagent dans un combat perdu d’avance. Ainsi, sans aucune lutte menée et sans le moindre réel débat, la femme tunisienne se trouve accordée le droit à l’éducation, le droit de vote et le droit au marché du travail.

Cependant, On assiste avec ces dernières générations de tunisiennes et de tunisiens, suite à la libération de la femme, à une libération sexuelle qui dans certains de ses aspects peut ressembler à une prostitution généralisée. A cet état de fait, on peut apporter plusieurs explications tout aussi valable l’une que l’autre. On peut avancer que la libération de la femme entraîne forcément la libération sexuelle et la fin des tabous. Aussi, on peut expliquer cette libération sexuelle par l’existence d’un lien privilégié entre le centre de l’existentialisme et le féminisme moderne, qui est la France, et la Tunisie. Comme on peut expliquer ceci par l’attrait réel chez certains tunisiens des mœurs occidentales ! Pour ma part j’explique ceci par deux raisons essentielles, en plus de celles évoquées précédemment : La première est que la libération de la raison de la femme qui a caractérisé la première phase du féminisme d’état se trouve, depuis quelques années, limitée dans son expansion par la dictature. A quoi sert la libération de la raison de la femme dans un pays où il est interdit de critiquer ? Alors on assiste depuis à un transfert de l’exercice de la liberté de la raison vers la liberté sexuelle. La deuxième raison est celle de la dégradation du statut de l’homme tunisien dans la société d’aujourd’hui. Un tunisien humilié en dehors de la maison par le policier, une paie de misère engloutie en quelques jours, un divorce qui tourne souvent à l’avantage des femmes en disqualifiant les pères, etc.. ne peut-être respecté à l’intérieur de la maison par sa femme et ses filles qui demandent tous les jours plus d’argents. C’est cette situation de misère humaine et d’humiliation quotidienne qui explique dans certains cas la violence conjugale en Tunisie. La dictature actuelle ne pouvant rien apporter de plus que les réformes entamées par Bourguiba s’est résolue à rabaisser l’homme tunisien pour pouvoir exalter les acquis de la femme tunisienne depuis l’ère du changement.

En dehors de chez elle, la jeune femme ou la femme tunisienne se trouve livrée à elle-même encerclé d’une horde, au vrai sens du terme, qui ne la laisse pas faire un pas sans se faire draguer, siffler, importuner ou de se faire traiter de tous les noms d’oiseaux. Dans les faits la femme tunisienne est confrontée, oui je peux le dire puisque moi-même je suis tunisien, au tunisien l’homme par essence grossier et vulgaire et qui de surcroît se prend pour un séducteur né et un « gratificateur » potentiel d’orgasme qu’aucune femme ne peut lui résister. Aucun homme arabe ; on peut dire qu’aucun homme ; ne possède un langage aussi grossier et ordurier que le langage d’un tunisien. La séduction et la drague sont un art et elles possèdent un code particulier qu’il faut respecter, il n’y a que le Tunisien (que ça soit en Tunisie ou ailleurs en Europe) pour rendre la séduction anti-pathétique et importune. Et comment il réagit le Tunisien à la femme qui lui résiste, il la traite de prostituée. Ils ont quand même une drôle de logique ces tunisiens, pour eux une femme qui leur résiste est une prostituée et une femme qui répond à leur avance est aussi une prostituée !

Cette pression qu’exerce le Tunisien sur la femme tunisienne nourrit deux tendances contradictoires qui prennent en étau l’autre grande majorité des tunisiennes. On retrouve premièrement la tendance qu’on a déjà vue dans les autres capitales du monde arabe, une logique qui s’entretient d’elle-même et qui pousse la Tunisienne à se voiler. C’est par cette tendance qu’on explique un certain retour du voile en Tunisie. Que les islamistes tunisiens se désenchantent, ce phénomène n’a rien à voir avec un quelconque islam politique, il s’agit plutôt d’une distinction par le voile des mœurs occidentales chez certaines filles tunisiennes. L’apparition du voile en Tunisie est bien confinée généralement dans une frange donnée des jeunes femmes tunisiennes, celles qui ont arrêté leurs études et qui sont à leur recherche d’un mari. Deuxièmement, il existe en Tunisie une tendance inexistante dans les autres pays du monde arabe qui se trouve être dans sa vulgarité, sa grossièreté et sa libération des mœurs très proche du MLF. La vulgarité et la grossièreté de la femme tunisienne constituent dans la réalité une réponse à la grossièreté et la vulgarité des tunisiens, même si la dictature actuelle a fait de la vulgarité une institution. C’est ainsi que lorsque la femme se trouve être dans un environnement hostile, telle que les banlieues en France ou les cités des grandes villes tunisiennes, elle s’approprie les manières et le langage de l’homme pour en faire un bouclier. Cependant, la grande majorité des tunisiennes n’appartiennent ni à l’une ni à l’autre tendance. Elles sont généralement des femmes libres non voilées, il y a aussi des femmes voilées, pour qui la libération de la femme est une libération de la raison faisant de la femme l’égale de l’homme. Elles ne sont pas toutes forcément chastes mais elles ne sont pas des putains non plus, elles sont dans leur majorité des étudiantes, des cadres dans les entreprises privées, les administrations, les entreprises publiques, des entrepreneurs ou des professions libérales.

En Tunisie la libération de la femme aurait pu être vraiment complète s’il n’y avait pas le poids des traditions et l’homme tunisien. Il existe actuellement en Tunisie certains phénomènes avérés, liés à la sacro-sainte virginité et interagissant entre eux, qui corroborent ces dires. Le premier phénomène est celui de l’homme tunisien qui passent une partie de sa jeunesse à chercher des femmes avec lesquelles couché pour chercher la femme vierge avec laquelle se marier. Toutefois, en extrapolant cette logique à tous les hommes et dans le temps à va aboutir à une situation connue dans la gestion des réseaux ou d’accès aux données, à savoir les goulots d’étranglement où il n’y aura plus de femmes vierges avec laquelle se marier. L’intégration de cette donnée par la femme tunisienne a donné lieu ces dernières années à la banalisation des interventions chirurgicales pour recréer artificielle une fausse virginité et à la recrudescence des divorces après 6 mois de mariage, qui libère « juridiquement » la femme du poids de la sacro-sainte virginité. Et c’est à partir de cette réalité quotidienne tunisienne qu’on sent fortement que cette libération de la femme n’est pas forcément assumée ni du côté des hommes ni du côté des femmes elles-mêmes.


Il existe un facteur primordial à la libération de la femme, auquel j’ai fait rapidement allusion, à savoir le facteur économique. C’est pendant la première guerre mondiale de 1914-1918 que la femme européenne s’est réellement libérée en abandonnant ses fourneaux pour l’usine afin de se substituer à l’homme qui est parti au front faire la guerre. C’est aussi l’appauvrissement provoqué par la révolution et la guerre Irak-Iran de 1981-1986 qui ont obligé les femmes iraniennes à travailler et à devenir plus visible dans la société pour qu’on parle aujourd’hui de l’émancipation de la femme iranienne. Cette émancipation de la femme iranienne ne peut s’expliquer uniquement par le tchador mais elle est essentiellement la conséquence d’un échec ou d’une crise économique. On peut facilement imaginer la même situation se reproduire en Arabie saoudite ou ailleurs demain pour qu’on parle après coup de l’émancipation de la femme saoudienne par le tchador alors que celle-ci, même avec son tchador, a été toujours cloîtrée à la maison. Aujourd’hui, partout dans le monde arabe et musulman, au Bangladesh, en Indonésie, en Égypte, en Iran, en Tunisie, etc… c’est bien l’économique qui conduit la femme dans l’espace public et qui fait d’elle un être aussi visible que l’homme ce qui déplait aux conservateurs musulmans et aux islamistes. On a souvent entendu certains prétextes évoqués par certains islamistes appelant au retour de la femme à la maison pour réduire le chômage, si ceci peut paraître très alléchant en terme arithmétique, ils oublient le facteur de l’inadéquation entre l’offre et la demande. En réalité, la seule finalité d’une telle proposition est de confiner de nouveau la femme dans la maison afin qu’elle redevienne invisible.


Il est évident que dans ce texte je n’appelle pas à un quelconque retour à l’ordre moral ou à une quelconque dépravation sexuelle mais j’avance plutôt une voie médium possible, réelle et existante entre la chasteté et la pornographie que j’appelle la voie de l’amour par amour (oui je sais que c’est mon côté romantique qui parle là). Elle est la seule réponse possible aux frustrations, aux dépravations et à l’hypocrisie face à une situation caractérisée aujourd’hui par une prostitution généralisée handicapante pour une réelle libération de la femme que ceci soit en Europe ou dans le monde arabe. Il est aussi manifeste que l’institutionnalisation de la pudibonderie est une peine perdue alors que celle de la déviation sexuelle est dangereuse puisqu’elle essaye de normaliser le vice alors qu’il devrait rester confiné et pratiqué selon des codes stricts. Ce constat fait, tout en respectant par exemple les droits des homosexuels, il devient inopportun de parler de mariage homosexuel ou d’adoption d’enfants par des couples homosexuels ou lesbiens.

Aujourd’hui, la libération de la femme arabe et musulmane ne peut réellement exister que dans un combat contre les effets néfastes du féminisme moderne qui érige deux obstacles réels à son émancipation. Les excès de la libération et la déviation sexuelle que représente le féminisme moderne sont entrain d’alimenter la force de résistance des ulémas, des conservateurs, des islamistes et la majorité des musulmans à toute émancipation réelle de la femme. Aussi, le féminisme moderne en tant que pensée politique s’inscrivant dans le prolongement du marxisme, la transformation des rapports hommes capitalistes du Nord/femmes prolétaires du Sud et l’alter mondialisme prive les femmes arabes et musulmanes d’un levier primordial dans l’émancipation de la femme, à savoir l’émancipation par l’indépendance économique et le travail résultants de la mondialisation. Dans ce cas précis, les féministes modernes se trouvent être les alliés objectifs de ceux qu’elles dénomment les barbares, les islamistes qui eux aussi voient d’un mauvais oeil cette mondialisation qui envoi les femmes des fourneaux à l’usine ou au champ. Quant au port du voile, on a vu qu’il apporte selon les circonstances des interprétations multiples souvent contradictoires mais reste qu’on ne peut imaginer une émancipation réelle de la femme dans le monde arabe alors qu’elle est dans sa majorité contenue sous le voile. Ce que je dis ici pour le monde arabe n’est pas valable pour la Tunisie où la femme s’est acquittée du voile. En Tunisie comme dans les pays occidentaux le port du voile doit-être laissé au libre arbitre de chaque femme sans contrainte ni prosélytisme. Il est chimérique de pourvoir penser ou parler de la libération de la femme arabe alors que les hommes arabes ne sont pas encore libres. La libération de la femme arabe et musulmane ne peut être vraiment considérée comme une avancée réelle que lorsque la libération de la raison de l’homme arabe et musulman devient une réalité concrète, ce qui est hélas aujourd’hui loin d’être le cas.

lundi, mai 23, 2005

Amour, Gloire et Beauté (Le remake tunisien)

Autobiographie d’un anonyme

4ème Episode

« Tunisie, réveille-toi ! »

Génériques :
The ride of the walkyries
Et
Echim gaareb liloued ya zitouna

C’est en essayant de se connecter comme à l’accoutumée sur le forum de Tunezine dans l’après-midi du 4 juin 2002 que je tombe sur « impossible d’afficher la page » ou « impossible de trouver le serveur » pour penser juste à un problème de connexion au serveur de l’hébergeur du site. Ce n’est que dans la soirée, que j’ai appris comme d’autres l’arrestation de Zouhair Yahyaoui Alias Ettounsi par les services de la sécurité de l’Etat (Emna Eddawla) et qu’ils lui ont confisqué tout son matériel.

Une fois dans les locaux du ministère de l’intérieur, les services de la sécurité de l’Etat ont extorqué à Zouhair les mots de passe du site, les identités de certains forumiers du noyau dur, lecteur Assidu et Omar Khayyâm qu’ils ont trouvé en analysant son ordinateur. Comme ils ont voulu lui extorquer l’identité d’Ivan le terrible, mais ils se sont rapidement aperçus que Zouhair ne la connaissait pas. Ainsi, en récupérant les mots de passe du site Tunezine les services de la sécurité de l’Etat ont supprimé le site de la toile, même s’ils l’ont fait d’une manière très maladroite ce qui a permis la récupération du site Tunezine.

Je rappelle ici qu’une l’une des « fausses nouvelles » que la dictature a attribué à Zouhair pour l’embastiller, je ne citerais pas la première peut-être que Sophie le fera un jour, porte sur un message et une synthèse faisant suite à la conférence nationale virtuelle. Un message qui appelait au boycott des produits tunisiens et la synthèse de nos travaux sur le tourisme.

Toutefois, si la dictature tablait sur l'épuisement de ce début de dynamique initié par conférence nationale virtuelle avec l’arrestation de Zouhair Yahyaoui, celle-ci a eu un effet contraire à celui qui était escompté puisqu’elle n’a fait que booster un processus qui aurait pu prendre beaucoup plus de temps encore. Ainsi, l’arrestation de Zouhair Yahyaoui a mis certains formiers, parmi ceux qui ont participé à la conférence nationale virtuelle, devant leurs responsabilités pour se lancer corps et âmes dans un combat pour la libération de Zouhair Yahyaoui. Aussi, l’arrestation de Zouhair Yahyaoui a fait connaître Tunezine pour que les connexions au forum explosent pour enregistrer des pics à 37 connectés et elle a entraîner l’apparition de nouveaux forumiers, les Astrubal, les Tiz, les Chamseddine, les Centrist, les Mistral, les Tarzan, etc.. et j’en oublie, sans qui le net tunisien ne serait pas aujourd’hui aussi actif, riche et varié.

Pour ma part, l’arrestation de Zouhair Yahyaoui m’a poussé, en un peu de temps, de quitter mon statut d’un forumier anonyme à celui d’un citoyen anonyme qui se montre dans les manifestations et les réunions publiques et qui va à l’encontre des militants tout en ne pas dévoilant mon identité. C’est ainsi que ma première manifestation en tant que citoyen anonyme était celle en hommage à Abdelwaheb Boussaa et Lakhdar Sdiri, place de la république à paris, et que les premières personnes que j’ai rencontrées étaient Abdelwaheb Maatar, Sophie, Hasni, Chokri Hamrouni et Abdel wahab Hani.

Suite à la conférence nationale virtuelle, Sophie a crée de son côté un groupe sur Yahoo groupe qui avait plusieurs finalités dans l’essentielle est la constitution d’un groupe de travail et de circulation de l’information. D’un autre, côté Hasni et moi-même avions pensés à la création d’un site complémentaire d’un point de vue forme et fond de Tunezine. D’ailleurs, comme on faisait partie prenante que groupe Yahoo, on a aussi demandé à Sophie de nous rejoindre dans cette aventure qui va devenir RT, d'autre part jusqu’aujourd’hui Sophie est administratrice du site réveiltunisien.org. A l’époque, et si ma mémoire ne me trahi pas trop, c’est bien Sophie qui a suggéré d’appeler le groupe derrière le site de RT, « Tunisie, réveille-toi ! ». Ainsi, je peux dire sans me tromper que les membres fondateurs de « Tunisie, réveille-toi ! » sont Sophie, Hasni et moi-même.


Hasni et moi-même avons mis en ligne le site de RT, une fois que Hasni a préparé une première maquette, dans sa première version html sous le site voila.fr http://site.voila.fr/reveiltunisien (le lien n’est plus accessible). Cette première version de RT sous sa forme html a existé de mi-juin à début septembre (lancement de la version Spip de RT), une période durant laquelle on a publié la synthèse des travaux de la conférence nationale virtuelle, des appels pour Zouhair Yahyaoui et les images et les informations relatives à la grève de la faim de Radhia Nasraoui. Cependant, suite à l’arrestation de Zouhair Yahyaoui, Sophie a décidé de se retirer de tout travail pour RT et de se concentrer sur Tunezine et la libération de Zouhair Yahyaoui.

En réaction au désistement de Sophie de RT, Hasni avait suggéré à l’époque de faire appel à une « amie » helvétique au nom d’Angelica Diamantis, avec qui il a déjà travaillé, pour venir nous rejoindre et nous donner un coup de main. Ce que j’ai volontairement accepté alors qu’Angelica n’ait jamais encore intervenu sur le net tunisien. En effet, Hasni que ce soit pour le travail ou pour les réunions de travail préfère toujours la présence des non-tunisiens à ses côtés, afin de lui éviter une affirmation dérangeante, « ah bon tu ne parles pas arabe ! ». Le recrutement à l’époque d’Angelica pour RT s’inscrivait aussi dans cette vision, même si dans le cas d’espèce les raisons étaient aussi autres. On comprend mieux cette logique de la non-tunisianité qui sous-tend les fréquentations militantes de Hasni pour se réduire aujourd'hui à la fameuse ligue ; Sophie, Angelica, Luiza Toscane, etc... Je reconnais pour ma part qu’à l’époque j’ai sous-estimé cette composante constitutive de Hasni qui explique avec le recul beaucoup des dérives du net Tunisien et de RT.

Génériques :
Léa
Et
Oum ilyoun issoud

jeudi, mai 12, 2005

Amour, Gloire et Beauté (Le remake tunisien)

Autobiographie d’un anonyme

3ème Episode
« L’apparition du terrible »

Mises au point

Avant de poursuive mon autobiographie d’anonyme avec ce 3ème épisode, je tiens à apporter les précisions suivantes et à faire une mise au point générale afin de couper court au travail de sape souterrain entrepris par certaines personnes dans le but de nuire à ma personne et de m’empêcher de parler et aussi afin de décrisper une tension très palpable sur le net tunisien.

- Le vendredi soir après la publication du 2ème d’Amour, Gloire et Beauté (Le remake tunisien) une personne malveillante, un homme parlant français mais avec un accent tunisien, chargée par je ne sais quelle personne ou service (même si j’ai ma petite idée sur les personnes qui son derrière ce coup de couteau), a contacté Najet Boussaa pour lui demander d’aller visiter le site de nawaat.org et de lire les deux premiers épisodes de ma série où j’ai parlé d’elle et de sa famille. Cette personne, le numéro d’appel était caché, en demandant à Najet de lire mon récit avait évidemment l’intention de me nuire et de me faire du mal en la remontant contre ma personne. Parce que je vous laisse imaginer l’état de Najet qui apprend par un coup de fil anonyme que l’histoire de Abdelwaheb Boussaa (son histoire et celle de sa famille) est publiée sur le net sans qu’elle ne soit au courant. Or, si sur le coup et à la lecture de mon récit Najet avait mal en voyant remonter en elle une rage enfouie depuis 15 ans, finalement sa réaction était toute autre, elle était plutôt soulagée de voir enfin quelqu’un mettre sur la place publique l’histoire de Abdelwaheb Boussaa et les souffrances réelles endurées par toute une famille suite à l’injustice qui les a frappée. Je vous livre la réaction de Najet Boussaa tout en apportant mes excuses publiques à elle et à sa famille d’avoir parlée de cette histoire sans les mettre au courant auparavant pour qu’au moins ils se seraient préparés psychologiquement à revivre ces moments de douleurs intenses sans la délation d’une tierce personne. Comme il est évident que je n’ai pas insisté dans mon récit sur des détails de la vie privée de la famille Boussaa.

La réaction de Najet Boussaa : « Malgré toute la peine ressentie à la lecture de l’histoire de ma famille (ou du moins la partie la plus marquante de cette histoire), un sentiment de soulagement a progressivement pris le dessus. Il paraît qu’un choc peut en guérir un autre. Même si la méthode laisse à désirer (j’ai considéré ça comme une 2ème violation de l’intimité de ma famille, la 1ère était lorsque des personnes étrangères se sont introduites dans notre maison, sans notre autorisation, sous le prétexte de chercher mon frère alors qu’ils l’avaient déjà capturé), peu importe ce qui compte c’est le résultat. In fine, merci Mourad pour ton courage, en te libérant tu m’as libéré, tu mérites mon respect.
Mon message final s’adresse à Abdelwaheb pour lui dire : là où tu es, sache que je t’aime encore plus que jamais, que tu es présent dans ma vie, que je puise ma force dans la tienne. Tu es un homme, un vrai. Mais tu le sais déjà tout ça, n’est-ce pas ?
», (Merci à toi Najet de cette réaction très émouvante !).

Pour ma part, j’espère que Najet Boussaa écrira un jour, tout en la conseillant de rester à mille lieux de la sphère politique, cette partie marquante de l’histoire de sa famille, que je pense serait un récit entier et émouvant parce que Abdelwaheb le mérite bien ! C’est par l’écriture des récits de l’injustice subie les victimes de la dictature qu’on écrira l’histoire future de la Tunisie. Toutes les familles des prisonniers politiques, ou les prisonniers politiques eux-mêmes, doivent prendre conscience de l’importance de ce travail sur elles-mêmes.

- A la suite de la publication du 1ère Episode d’Amour, Gloire et Beauté (Le remake tunisien), Houeïda K. Anouar Alias Antekrista a envoyé un avertissement sérieux aux administrateurs des différents sites et lettre de diffusion pour demander aux uns mon bannissement, aux suivants ma non diffusion et aux derniers une vigilance très accrues, autrement ils risqueraient tous des poursuites judiciaires s’ils servaient de support à des publications dans lesquelles ses droits à la protection de la vie privée et à l’image ne seraient pas respectées. Moi-même j’ai reçu le même avertissement de poursuite judiciaire dans le cas de non respect de ses droits à la protection de la vie privée et à l’image, surchargé d’une menace de me rayer de la terre si je dépasse cette ligne rouge, alors que je n’avais nullement l’intention de succomber à un tel méfait. Houeïda K. Anouar m’a aussi informé qu’elle a chargé un avocat parisien, qui m’en verrait un courrier, et que je publierais, pour me rappeler au respect de la vie privée et à l’image de sa cliente. Toutefois, je ne comprends rien à cette réaction excessive de la part de Houeïda K. Anouar suite à la publication de mon autobiographie d’anonyme ni tous les dessous de cette cabale ! (Je tiens à préciser à Houeïda K. Anouar que ce que je viens de dire fait parti du domaine public).

Sur un autre plan, si je comprends la réaction des actuels rédacteurs de RT (reveiltunisien.org) de ne pas me publier pour protéger leurs dérives ou un autre rédacteur, peut-être qu’ils se sont hâtés par bassesse d’oublier que RT c’est moi et que sans moi RT ne serait pas ce qu’il est devenu hier parce qu’aujourd’hui il est un champs de ruine (je reviendrais sur l’histoire de RT dans ce récit autobiographique). Je ne peux pas comprendre l’attitude d’obstruction adoptée par les responsables de Tunisnews qui se sont aplatis devant un avertissement de poursuite judiciaire. Je trouve ceci très décevant de leur part.

- Je tiens à préciser une fois pour toutes et à tout le monde afin de finir avec cette paranoïa qui s’est emparée de beaucoup de personnes, que dans mon récit d’anonyme je n’évoquerais nullement la vie privée d’une telle ou telle personne et que je ne publierais aucune image quelque soit sa nature. Il est évident aussi que dans le cas où j’évoquerais des faits privés ils seront alors forcément liés à la vie publique et politique et sans lesquels tout le récit autobiographique serait décousu et sans beaucoup d’intérêts (par exemple ici l’histoire de Abdelwaheb Boussaa). Enfin, aucune identité d’anonyme ne sera dévoilée tant que cette personne est encore dans l’anonymat.

- Afin d’empêcher certaines vérités de voir le jour, certaines personnes ont commencé un dénigrement systématique à l’encontre de ma personne avec toutes sortes d’invectives allant de fou, de violent, et pourquoi pas au terroriste comme j’ai déjà eu droit auparavant aux qualificatifs de flic et de super agent digne des services de la Stasi ! Je tiens à rassurer toutes ces personnes que je suis à 100% de mes capacités mentales, ce n’est pas la peine de prétexter la sénilité, à 80% de ma condition physique mais que j’ai juste un gros bobo au cœur, je ne sais pas si cela peut les consoler.

- Enfin, je m’excuse auprès des uns et des autres pour les multiples coquilles qui se sont insérées dans le deuxième épisode de mon récit autobiographique, j’étais tellement bouleversé à l’écriture de ce récit sur Abdelwaheb Boussaa que je ne pouvais pas me relire et chaque fois que j’essayais de le faire j’étais encore bouleversé que j’ai choisi de laisser le texte avec toutes ses coquilles.

Génériques :
The ride of the walkyries
Et
Echim gaareb liloued ya zitouna

Pendant que mon épouse était à Tunis pour assister aux funérailles de son frère, je n’ai pas arrêté de mon côté de suivre sur le net tous les communiqués et les dépêches parues sur cette mort tragique. J’en ai même fais une impression sur papier et constituer tout un dossier pour le jour où on évoquera l’histoire de Abdelwaheb Boussaa à notre fille. Dans sa cellule de prison à Bourj Erroumi Abdelwaheb avait avec lui certaines photos de sa famille dont la photo de mariage de sa sœur et une photo de notre fille, des affaires personnelles que l’administration pénitentiaire n’a jamais voulu restituer à sa famille malgré les demandes officielles pour les récupérer. Aujourd’hui, ma fille garde en souvenir d’un oncle qu’elle ne pourra jamais connaître une poupée dansante haïtienne que Abdelwaheb a réussi à acquérir de/dans sa prison, je ne sais pas aujourd’hui comme il l’a fait, pour la donner à mon épouse le jour où elle lui a rendu visite avant qu’il n’entame la semaine d’après sa grève de la faim.

Ainsi, c’est en tapant « Abdelwaheb Boussaa » sur google, à la recherche de communiqués et de dépêches, que je suis tombé sur le forum de Tunezine les derniers jours du mois de mars 2002. Alors, j’ai commencé à me connecter tous les soirs après le travail sur le forum de Tunezine pour regarder et observer ce qui se passait.

Quand mon épouse est rentrée de la Tunisie, d’ailleurs à un certain moment on a eu peur qu’ils ne la laissent pas repartir, j’ai continué à me connecter tous les soirs sur Tunezine sans essayer d’attirer son attention jusqu’au jour où j’ai décidé de poster pour la première fois malgré ses réticences. Si ma mémoire est bonne, je pense que mon premier post sur le forum de Tunezine est un post-réponse à un post de Freeman.

Donc comme chacun qui allait poster pour la première fois j’étais confronté au choix du pseudonyme pour choisir enfin de compte celui d’Ivan le terrible. On m’a souvent questionné sur le choix de ce pseudonyme les raison de mon choix sont les suivantes : j’étais toujours un admiratif du tennisman Ivan Lendl c’est pour cette raison que j’ai opté pour Ivan toutefois comme on n’est pas sur un cour de tennis alors il fallait trouver autre chose que Lendl. Alors, je me suis arrêté sur Le terrible (ou Ivan le terrible) pour une raison toute simple : Ivan le terrible est un extraordinaire réformateur pour son époque et un homme à poigne même s’il est devenu un homme sanguinaire notoire, voir même un tsar terroriste pour certains, une fois qu’il avait été trahi.

Ainsi au début, il y a avait toujours les mêmes forumiers qui se connectaient où le maximum du compteur du forum affichait son maximum à 10 connectés. Il y avait le noyau dur de Tunezine aussi hautain et froid, à l’époque comme il l’est encore aujourd’hui, et le reste des forumiers allant des mous aux durs ! Mais c’était un chic début sur le forum pour que Tunezine devienne petit à petit ma drogue. Au début on commence par dire qu’on va juste lire, mais à force de lire on sent l’envie d’écrire, d’exprimer un avis et si on écrit une première fois on est alors tenté de recommencer, ainsi de suite pour enfin me retrouver accro à Tunezine dans lequel je suis devenu très actif sans faire parti d’aucun noyau. A l’époque j’aimais beaucoup pousser Freeman à la contradiction et de construire d’excellents dialogues en anglais avec Maherbaal. J’avais, j’ai encore, beaucoup d’énergie pour participer pleinement et activement sur le forum de Tunezine malgré mon travail et ma petite famille que j’ai commencé petit à petit à « délaisser ». C’est en me voyant devenir de plus en plus actif sur le net que mon épouse me répète ce qu’elle a déjà dit auparavant, « Mourad, j’ai déjà perdu mon père et mon frère et je n’ai pas envie de perdre tous les hommes que j’aime à cause de cette maudite politique ».

Toutefois, si de mon côté je n’ai pas cessé de la rassurer sur ma non implication réelle même si elle me voyait tout le temps sur Tunezine, au fonds de moi-même c’est le « Mourad, on a tué mon frère ! » qui était entrain de prendre le dessus sur le « Mourad, je n’ai pas envie de te perdre, toi aussi ! ». Ainsi, après avoir pris mes marques sur le forum de Tunezine, afin de contester la mascarade du référendum du 26 mai 2002 permettant des modifications et des rafistolages constitutionnels dans le but d’instaurer au profit de Ben Ali l’impunité et une présidence à vie, puisqu’il n’y a plus de limites dans le nombre d’investiture, j’étais l’instigateur et l’initiateur de la conférence nationale virtuelle du 26 mai ou la conférence de Tunezine qui avait abordé des thèmes comme ceux du tourisme, de la logistique, de l’opposition et enfin le référendum (Pour avoir une idée sur l’ensemble des travaux et échanges qui ont eu pendant cette conférence veuillez consulter le site reveiltunisien.org, rubrique Dossiers Thématiques, Conférences de Tunezine.
http://www.reveiltunisien.org/rubrique.php3?id_rubrique=11). C’est aussi, suite à cette occasion de la conférence nationale virtuelle de Tunezine que j’ai instauré pour une certaine période, le « Gooood Morninnng Tuneziiiiiiiiine » matinal pour réveiller le forum.

Outre que cette conférence nationale virtuelle était un véritable pieds de nez à la dictature, elle a constitué à son époque un vrai succès avec la participation de la plus grande majorité des forumiers (d’ailleurs dans un article du courrier international évoquant Zouhair Yahyaoui, son arrestation, etc.. ils ont évoqué la conférence virtuelle de Tunezine comme le sondage la Tunisie est-elle un Zoo, etc… pour présenter à leurs lecteurs Tunezine). Aussi, la conférence nationale virtuelle a permit la mise en route d’une certaine dynamique, une mise en confiance des forumiers entre eux, la constituer de groupes de travail, la naissance quelques jours après de RT. Mais, elle a malheureusement aussi précipité la chute de Zouhair Yahyaoui et son arrestation. La publication de la lettre du juge Yahyaoui, les proxies décapants d’ettounsi et la mise en route d’une dynamique positive au sein du forum de Tunezine, qui sans l’arrestation d’ettounsi aurait pu prendre un bon tournant, étaient de trop pour la dictature.

Génériques :
Léa
Et
Oum ilyoun issoud


vendredi, mai 06, 2005

Amour, Gloire et Beauté (Le remake tunisien)

Autobiographie d’un anonyme

2ème Episode
« La perte d’un être très cher »


Génériques :
The ride of the walkyries
Et
Echimgaareb liloued ya zitouna

Juste quelques mois après nos fiançailles, été 1999, le père de Abdelwaheb Boussaa subit une attaque cérébrale le cloîtrant dans son lit. Cette attaque cérébrale subite et cette paralysie quasi-totale sont dus à ce sentiment d'impuissance qu’éprouvait ce père, de surcroît volontariste comme c’était le cas, face à une machine infernale qui broie tout sur son passage. Malgré tous les recours, malgré toutes les démarches possibles et imaginables entreprises par ce père pour prouver l’innocence de son fils et l’injustice qui l’a frappé, les portes de la prison se sont fermées une fois pour toutes sur Abdelwaheb Boussaa.

Après plusieurs mois passés cloué dans son lit et quelques mois aussi après notre mariage, printemps 2000, le père de Abdelwaheb Boussaa décède à la suite de sa maladie. D’autre part, malgré toutes les différentes demandes insistantes auprès de l’administration pénitentiaire pour que Abdelwaheb Boussaa puisse assister à l’enterrement de son père, celle-ci avait exprimé un refus catégorique.

Après l’obtention de notre thèse de doctorat et notre mariage nous étions destinés autant que couple à une vie aisée et une carrière respective prometteuse. D’ailleurs, à la sortie des bancs de l’université nous avons réussi tous les deux notre concours d’habilitation à la recherche et à l’enseignement, une habilitation sans laquelle toute carrière universitaire devient impossible. J’ai obtenu un poste d’attaché temporaire à la recherche et à l’enseignement dans une université de province où j’ai enseigné la statistique tout en étant à la recherche d’un autre poste dans une société de services informatiques pour que je passe plusieurs mois de cette année là entre mon travail d’enseignant de statistique et celui de consultant chez une SSII. De son côté, mon épouse s’est mise a enseignée dans une école privée tout en préparant son concours de maître conférence pour obtenir après un an et demi un poste de maître conférence titulaire dans une université de province.

La situation familiale, disant le, était plus au moins sur des bons rails ceci d’un point de vue professionnel, voir même une petite aisance matérielle. Toutefois, ce qui devait survenir est survenu le samedi matin 23 mars 2002.

On était à peine réveillée que le téléphone sonne, c’était ma belle-mère qui annonçait à sa fille, qu’ils venaient de recevoir un coup de fil du poste de police les prévenant que son fils, Abdelwaheb Boussaa, venait d’être transféré d’urgence de la prison Bourj Erroumi à l’hôpital de Bizerte et qu’ils sont prier d’aller le voir le plutôt possible. A leur arrivée à l’hôpital de Bizerte, c’est mon beau-frère qui rappelle mon épouse pour lui annoncer le décès de son frère, que ce décès n’est par survenu à l’hôpital mais que lorsqu’on l’a ramené, il était déjà mort.

En apprenant la mauvaise nouvelle, mon épouse était complètement effondrée et elle m’a dit une phrase qui eu l’effet d’une bombe sur moi, une phrase qui ne me quitte plus depuis ce tragique décès, « Mourad, on a tué mon frère ! Mourad, on a tué mon frère ! ». A partir de cet instant précis, ma vie ne va plus être la même pour complètement bifurquer.

Si Abdelwaheb Boussaa ne portait aucune trace de coup lorsqu’il était vu à l’hôpital par sa famille, l’administration pénitentiaire, donc le ministre de la justice de l’époque, l’a bien laissé mourir après l’avoir poussé à une grève de la faim illimitée qui a débuté courant décembre 2001. Il est impossible aujourd’hui de connaître le jour précis à partir duquel Abdelwaheb Boussaa a commencé sa grève de la faim, le seul qui le savait était Abdelwaheb Boussaa lui-même. Toutefois, il est certain qu’il a entamé sa grève de la faim pour dénoncer ses conditions de détention, parce qu’ils l’ont changé de cellule pour le mettre dans une cellule d’homosexuels, entre le 18 et 24 décembre. A l’époque, on est rentré en vacances pour 15 jours pour assister aux fiançailles d’un de mes frères et à l’occasion mon épouse a rendu visite, le jour des visites, à son frère. La deuxième semaine lorsqu’ils sont partis lui rendre visite l’administration pénitentiaire leur a dit que Abdelwaheb Boussaa ne voulait pas les voir, ce qui veut dire en langage pénitencier qu’il est privé de visite et c’était bien dans la semaine indiquée.

Mon épouse est rentrée en urgence en Tunisie pour assister à l’enterrement de son frère. Le jour de l’enterrement un dispositif impressionnant des forces de l’ordre quadrillait les grands alentours de la maison de famille de Abdelwaheb Boussaa. Tout le gotha droit-de-l’hommiste était présent, Sihem Ben Sedrine, Omar Mestiri, Mokhtar Trifi, etc. Rached Ghannouchi a fait une allocution spéciale pour saluer l’âme du martyr Abdelwaheb Boussaa sur la chaîne ZeitounaTV. Aljazeera avait sollicité une interview téléphonique sauf qu’au moment du rendez-vous la ligne téléphonique a été coupée. Toutefois, il est étonnant de voir tout ce beau monde aux funérailles d’un militant islamiste d’Ennahdha alors que personne ne s'est soucié de lieu pendant ces 3 mois de grèves de la faim !!

L’une des explications à ceci a été donnée involontairement par Mokhtar Trifi. A la même interrogation faite par Mokhtar Trifi au frère de Abdelwaheb Boussaa, ce dernier lui répond qu’il a mis au courant une personne de la LTDH (j’ai oublié son nom exacte) pour qu’il voit Mokhtar Trifi lui répondre que cette personne est dans un placard et qu’il aurait du l’avertir personnellement. Il est quand même étonnant qu’au sein de la ligue de défense des droits de l’homme qu’une telle logique de mise au placard puisse exister alors qu’entre 500 et 600 prisonniers sont dans des mouroirs depuis 12 ou 15 ans. Il est quand même étonnant de savoir que parmi les défenseurs de l’homme attitrés tous ne sont pas des défenseurs actifs. Il est quand même ignoble de savoir l’existence de telles pratiques au sein d’une prestigieuse ONG tunisienne dans l’existence même et les subventions qu’elle reçoit sont liées à son activité de défense des prisonniers politiques. L’autre explication, qui elle est beaucoup plus générale, c’est que Abdelwaheb Boussaa n'a pas existé, tout comme d'autres centaines de prisonniers, pour les défenseurs des droits de l’homme. Ces derniers ne défendent pas tous les prisonniers politiques, ils usent juste du nombre des prisonniers islamistes pour leur fonds de commerce mais pour ne défendre enfin de compte que les prisonniers porteurs ou selon la tête du client.

Qu’est-ce qu’elle aurait vraiment rapportée la défense de Abdelwaheb Boussaa aux défenseurs de droit de l’homme, il n’a pas demandé de sortir de prison mais juste de ne pas être dans une cellule avec des détraqués sexuels ? Qu’est-ce qu’elle aurait rapportée la défense des droits d’un prisonnier d’une famille modeste habitant la Ouerdia IV aux ONG? Absolument rien, donc ils l’ont laissé tomber, comme ils ont laissé tomber d’autres avant et d’autres après lui ! Il faut se demander pourquoi c’est toujours les mêmes noms des prisonniers politiques qui reviennent alors qu’ils sont autour de 600 prisonniers politiques encore à croupir dans les geôles de la dictature !

Dernièrement, on a assisté à l’émergence d’un nouveau créneau porteur pour les ONG de droit de l’homme, les prisonniers « politiques » du net, quatre ou cinq noms qu’on trimbale pour se donner l’impression de l’action tout en cachant l’arbre des centaines de prisonniers invisibles. Pourquoi aujourd’hui on s’occupe des internautes de zarzis au dépend des autres internautes de Bizerte, de l’Ariana, etc.. ? Dites vous une fois pour toutes que si vous voyez des prisonniers politiques se faire défendre plus que d’autres, c’est qu’ils rapportent forcément quelques choses aux ONG, et ce qu’ils rapportent peut aller du « symbole » qu’on exploitera le moment venu à la rente à vie. Enfin dites vous, que la dure grève de la faim entreprise par Abdelwaheb Boussaa n’avait rien à rapporter aux ONG contrairement à la fausse grève de la faim entreprise par Taoufik Ben Brik ( j’ai bien dis une fausse grève de la faim entreprise par Ben Brik, parce que ce dernier n’a pas cessé de se goinfrer presque tous les deux jours tout en continuant à simuler sa grève, ceci est connu de la majorité des militants qui ont suivi cette « grève de la faim » et à leur tête Moncef Marzouki).

Aujourd’hui, mon respect je le dois à ces familles des prisonniers invisibles, à leurs enfants sacrifiés dans toute leur chair, eux ils la méritent parce qu’ils ont préféré plutôt mourir dignes que de courber l’échine mais de grâce ne me demander pas plus. Je ne peux avoir du respect pour les faux défenseurs des droits de l’homme. Je ne peux pas avoir du respect pour ceux qui instrumentalisent toutes ses victimes. Je ne peux pas avoir du respect pour des opportunistes qui ont fait des prisonniers politiques des pions d’un fonds de commerce qui leur échappe. Je ne peux pas avoir du respect pour les défenseurs des prisonniers à la carte. Je ne peux pas avoir du respect pour ces défenseurs des droits de l’homme qui vivent eux et leurs enfants du malheur des prisonniers politiques.

Quand je lis aujourd’hui Hamadi Jbali dire « Dis au monde entier de nous aider à sortir de cette tombe » je peux lui répondre, avec toute la peine que j’éprouve en moi, que tu n’as plus rien à apporter aux défenseurs des droits de l’homme et si par une heureuse coïncidence il arrive que tu sortes de prison ils laisseront les autres prisonniers politiques invisibles crever à petit feu parce qu’ils n’ont plus aucune « valeur » dans ce marché des droits de l’homme.

Dernièrement, Abdel wahab Hani me disait « qu’il a décidé de s'effacer devant la grandeur de ces résistants de l'intérieur, ces héros des temps modernes, ces inconnus qui gravent les lettres de la dignité et de la liberté dans les geôles de l'Infâme à leur corps défendant ». Ainsi, lorsque Sihem Ben Sedrine avait demandé, le jour de l’enterrement de Abdelwaheb, à mon épouse de rejoindre les rangs de l’opposition, qui se trouvent en France pour apporter sa contribution à ce combat contre la dictature, je comprends aujourd’hui sa réponse plus que catégorique « Notre famille a donné deux êtres des plus chers pour la Tunisie, je trouve qu’elle a assez donné. Maintenant c’est à chaque famille tunisienne de donner deux êtres de ceux qui leur sont plus chers pour peut-être espérer un jour une démocratie en Tunisie. Nous, nous ne donnerons plus rien, nous avons assez payé comme ça ».

Génériques :
Léa
Et
Oum ilyoun issoud

mardi, mai 03, 2005

Amour, Gloire et Beauté (Le remake tunisien)

Autobiographie d’un anonyme

Je me suis promis depuis ma sortie de l’anonymat d’écrire une autobiographie intégrale de mes trois années passées « inconnu » parmi les anonymes du net et les « militants » politiques des plus aux moins connus. J’ai toujours repoussé ce projet d’écriture par peur de rompre un pacte implicite, à l’instar de toute mafia, entre les membres d’une même institution ou groupe d’intérêts et dans le présent cas entre les membres d’une pseudo opposition faite de pseudos corpuscules d’opposants.

Toutefois, j’ai coupé hier tout ce qui me restait de liens qui m’auraient peut-être empêcher de présenter une reproduction juste et honnête de cette période de ma vie d’anonyme et de ce qu’a suivi par la suite (ce qui a suivi continu encore dans le temps) pour que je sois aujourd’hui libéré de toutes sortes de pressions et de chantages affectifs. N’appartenant à aucune association ou parti politique, étant toujours un électron libre, je préfère sceller aujourd’hui définitivement mon sort d’homme « politiquement » solitaire. J’ai toujours pensé qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné, surtout dans un milieu comme celui de la politique parce qu’autrement je finirais forcément par me vendre au plus offrant, comme l’ont fait, le font et le feront d’autres avant ou après moi. Parce que comme le dis Don Corléoné dans le parrain et avec la gestuelle s’il vous plait (reprise dans la série « Les Sopranos ») « chaque fois que je m’en sors, ils me remettent dedans ! ».

Pourquoi le titre « Amour, Gloire et Beauté » ? J’ai choisi ce titre pour trois raisons essentielles. Premièrement, parce que ce que j’ai vu et vécu ces quelques années au sein de cette pseudo opposition et de la cyber-dissidence ne peut-être rien d’autre que le remake tunisien de cette même série américaine, mais hélas généralement avec beaucoup moins de classes et d’élégances. Deuxièmement, parce qu’on affaire à une série sans fin, d’alliances, de trahisons, d’infidélités, etc… Enfin, parce que ma mère regarde tous les matins après sa prière et avant de commencer ses tâches ménagères quotidiennes depuis des années cette même série américaine et elle ne s’en lasse pas.

Il y a 4 génériques deux du début et deux de la fin.
Les deux génériques du début sont :
The ride of the walkyries
Et
Echimgaareb liloued ya zitouna

Les deux génériques de la fin sont:
Léa
Et
Tih Iltali Ya Oum ilyoun issoud

Enfin, je dédie cette série, cette histoire qui est la mienne à Kacem. Je ne fais pas de films, je vis le film de ma vie qui est à la frontière du chaos. C’est à la frontière du chaos que les choses les plus vivantes, les plus innovantes, les plus extraordinaires, se passent.


1er Episode
« Le prélude »

Génériques :
The ride of the walkyries
Et
Echim gaareb liloued ya zitouna

C’était un certain matin d’octobre 1998, il faisait encore beau. J’étais à mon bureau à l’université quand un collègue tunisien frappe à la porte et entre. Il était accompagné d’une jeune femme qu’il est venu me présenter, il s’agit d’une collègue tunisienne qui travaillait au même étage que nous mais que je n’ai jamais vu ou croiser auparavant. Cette collègue tunisienne est Najet Boussaa que j’ai commencé à connaître et à fréquenter depuis ce matin d’octobre 1998. Quelques jours après on a commencé à sortir ensemble. Najet Boussaa est une personne très brillante, major de sa promotion à l’université de Sfax ; alors qu’elle n’est pas sfaxienne il faut le faire ; boursière et résidait à l’époque à la maison de Tunisie boulevard Jourdan dans le 14ème arrondissement de Paris.

Un jour je lui rendais visite dans sa chambre, elle a prétexté une course pour me laisser tout seul. Il y avait grand ouvert devant moi un sac noir et dans lequel il n’y avait rien d’autre qu’une lettre écrite en arabe. Par curiosité, mais comme je pensais aussi que ceci était fait exprès de sa part, j’ai lu la lettre qui se trouvait dans le sac. En lisant le contenu de la lettre j’étais frappé de un par l’élégance et la qualité de l’écriture et de deux par la force morale de la personne qui a écrit cette lettre. Cette personne, qui se trouvait en prison, était entrain de remonter le moral à sa sœur qui était partie poursuivre ses études en France. La lettre était signée Abdelwaheb (Bien évidemment Boussaa). Je me suis dis que cette lettre ne peut pas venir d’un prisonnier quelconque, elle était trop policée, trop parfaite mais rien sur les conditions de détention ni sur les raisons de celle-ci. Une fois que j’ai terminée ma lecture j’ai remis la lettre à sa place.

Entre Najet et moi les choses ont commencé à être très sérieuses, ce qui a fait que sa mère n’a cessé de la presser de me dévoiler l’histoire de son frère. Un jour Najet m’a dévoilé dans son intégralité l’histoire de son frère Abdelwaheb Boussaa, son arrestation, les charges retenues contre lui, la peine, le lieu de détention, les avocats qui l’ont défendu, l’affaire de Bâb Souika qu’on lui a collé avec d’autres co-détenus, leur exhibition à la population dans un passage télévisuel (personnellement je me rappelle très bien de ce passage télévisuel alors que le frère de la femme qui allait devenir quelques années après ma femme et la mère de mes enfants était devant moi sans même pouvoir me rappeler son visage). Ma réponse suite à cette présentation des faits liés à l’emprisonnement de Abdelwaheb Boussaa est la suivante : je m’en fou de ce qu’à fait ton frère ou ce qui est ton père, ta famille etc.. C’est toi que j’aime? c’est avec toi que je veux construire ma vie du reste je m’en fou. J’aurais donné la même réponse aujourd’hui et aujourd’hui même je tiens toujours, dans des circonstances toutes autres, le même discours et je donne toujours la même réponse lorsque je suis en face d'une personne que j'aime.

Génériques :
Léa
Et
Tih Iltali Ya Oum ilyoun issoud