mardi, janvier 31, 2006

Questionnements sur la démocratie dans le monde arabe

Sami Ben Gharbia parlait en 2003 des bombes démocratiques, certains alter mondialistes parlait aussi de la démocratie des bombes, pour évoquer le processus de démocratisation du Moyen-orient décidé par l’administration de George Bush, suite aux attentats du 11 septembre 2001. A vrai dire, et contrairement à ce que laisse entendre le titre de cet article, mes questionnements s’intéressent plus au processus de démocratisation du monde arabe qu’à la démocratie dans le monde arabe. Pour la simple raison que je ne pense pas qu’on puisse évaluer, juger et parler de la démocratie dans le monde arabe à l’aune d’une ou de deux élections sans succomber au jugement hâtif, donc forcément fallacieux. Il faudrait laisser le temps à la démocratie de s’installer et à l’alternance pacifique de s’instaurer pour qu’on puisse juger une quelconque démocratie dans le monde arabe.

Mes questionnements sont relatifs à certaines similitudes qui ne peuvent pas me laisser indiffèrent.

La première similitude, c’est que se soit dans le cas de l’Afghanistan, de l’Irak ou de la Palestine, la démocratisation est entrain de prendre forme après le passage des tapis de bombes. Disons qu’il n’y a rien d’étonnant à cette similitude puisqu’elle découle plus d’une stratégie prédéfinie par l’administration américaine qu’elle ne corresponde à une quelconque similitude.

La deuxième similitude c’est que ces trois pays sont encore sous la domination d’une force militaire étrangère. Disons que ceci est aussi la conséquence directe des tapis de bombes plus qu’elle ne corresponde à une quelconque similitude.

La troisième similitude c’est que ces trois pays sont sous la domination militaire de pays, les Etats-Unis et Israël, que quoique qu’on dise, démocratiques.

La quatrième similitude, celle qui est à mon sens la plus frappante, c’est que cette démocratisation est entrain de se construire entre des factions armées ou des factions politiques avec des branches armées. Que se soit le cas en Palestine, avec le mouvement du Hamas et le Mouvement du Fatah, que se soit en Irak avec les milices chiites, kurdes et sunnites, que ce soit en Afghanistan, avec ses différentes factions, on affaire à des antagonistes et des protagonistes armées conventionnellement se neutralisant effectivement sur le terrain. Il est clair qu’aucune faction armée, que se soit en Irak, en Afghanistan, ou en Palestine, ne peut finir militairement et définitivement avec une quelconque autre faction, sinon ça aurait été fait depuis belles lurettes. Les questions que je me pose, et que je propose au lecteur sans leur apporter la moindre réponse, sont les suivantes :

Est-ce que cette neutralisation militaire entre les différentes factions armées de ses trois pays ne serait-elle pas dans les faits au cœur de la démocratisation du monde arabe telle qu’on l’observe aujourd’hui ? Est-ce que ce n’est pas l’égalité des rapports de forces militaires entre les différentes factions armées, qui les obligeraient à aller vers un processus démocratique, qui leur éviterait une fuite en avant faite de sang et de peine ? Est-ce qu’on n’est pas entrain d’assister aujourd’hui, après la démocratie des bombes, à l’émergence de la démocratie des kalachnikovs ? Est-ce que la démocratisation du monde arabe n’est pas entrain de se réaliser, sous la couverture des démocraties occidentales, premièrement par les bombes démocratiques puis avec la démocratie des kalachnikovs où les deux seraient intimement liées ? Est-ce que ce n’est pas la présence d’une force militaire étrangère, qui leur est nettement supérieure, qui conduirait les différentes factions armées à accepter le jeu démocratique ?

Oublions maintenant les bombes démocratiques et la démocratie des kalachnikovs, d’un point de vue plus général, qu’est-ce qu’il obligerait une quelconque force politique d’accepter le jeu démocratique au risque de perdre, aux élections, son pouvoir, si ce n’est l’existence d’une même force politique antagoniste ? Objectivement parlons, quelle est aujourd’hui dans le monde arabe la principale force politique qui peut présenter la même force antagoniste aux régimes en place ? Est-ce que le premier pas dans la démocratisation des pays arabes ne serait-il pas celui d’une bipolarisation politique faite d’un bloc homogène formé autour des partis au pouvoir et d’un bloc homogène formé autour des islamistes ? Est-ce que le deuxième pas dans la démocratisation des pays arabes ne se réduirait-il pas à une simple confrontation électorale entre ces deux pôles politiques ? Est-ce que le troisième pas dans la démocratisation des pays arabes ne passerait-il pas par l’ascension des islamistes au pouvoir ? Est-ce que le quatrième pas dans la démocratisation des pays arabes ne nécessiterait-il pas une ou des expériences islamistes au pouvoir ? Est-ce que ce n’est pas l’exercice socialiste du pouvoir qui a tué le socialisme ? Est-ce que ce n’est pas l’exercice islamiste du pouvoir qui tuerait l’islam politique en montrant que l’islam ne peut pas être la solution aux problèmes de la cité ? Est-ce que ce n’est pas une tentative d’hégémonisation islamiste qui pousserait à la naissance d’une critique musulmane contre l’absolutisme religieux et politique incarné par la Charia, pour aboutir in fine à l’émergence d’une pensée musulmane et du musulman libres ? Est-ce qu’enfin de compte nous ne sommes pas, chacun à sa manière et à sa place, entrain de retarder l’inévitable et en même temps de repousser à terme la démocratisation des pays arabes ? Est-ce qu’aujourd’hui ne nous sommes pas les vrais obstacles à la démocratisation des pays arabes ?

Stratégiquement parlons, est-ce que ça ne serait pas plus judicieux de céder aujourd’hui le pouvoir aux islamistes, alors que les pays arabes sont au bout du gouffre; financièrement, économiquement et socialement; sans parler de l’hostilité de l’environnement extérieur, pour qu’ils montrent rapidement leur incapacité à résoudre les problèmes du pays ? Au lieu que les pouvoirs, en place, ne prennent à leur charge les problèmes du pays pour donner le pouvoir in fine aux islamistes dans des conditions qui risquent de leur être meilleures ?

Certaines personnes me diront qu’il y a d’autres façons de démocratiser les pays arabes. Sûrement en théorie, mais à mon avis ceci doit forcément passer par l’ascension des islamistes aux pouvoir pour tuer idéologiquement l’islamisme afin qu’il intègre in fine et pour de vrai le jeu politique et démocratique comme n’importe quelle autre idéologie où son existence n’est possible que dans le cadre d’une démocratie libérale.

Je crains hélas qu’aujourd’hui nos possibilités de démocratisation du monde arabe ne se réduisent uniquement à choisir entre les bombes démocratiques et la démocratie des kalachnikovs ou la bipolarisation politique autour des partis au pouvoir et les islamistes.

vendredi, janvier 27, 2006

Au-delà de la victoire du Hamas, il y a un autre monde possible

Dieu sait que je n’ai aucune sympathie particulière pour les mouvements islamistes et moins pour le mouvement islamiste du Hamas. Comme d’ailleurs, je n’ai aucune sympathie particulière pour l’OLP. Mais entre une victoire truquée ou à l’arrachée de l’OLP, qui ne ferait que pourrir encore plus la situation en Palestine et dans le monde arabe, et une victoire nette du Hamas qui le conduirait à gouverner. Je préfère de loin une victoire nette du Hamas, qui servirait de valeur de test pour les autres mouvements islamistes du monde arabe et qui conduirait peut-être à la naissance progressive dans le monde arabe, à l’instar de la Turquie, de l’islamiste démocrate. Il n’y a pas mieux qu’un mouvement islamiste, comme celui du Hamas, aux affaires d’un pays pour montrer que l’islam ne peut pas être la solution aux problèmes de la cité.

Ensuite, comme l'a si bient dit Kofi Annan "Tout groupe souhaitant participer au processus démocratique doit en définitive déposer les armes parce que porter des armes et participer (simultanément) à un processus démocratique et siéger au Parlement est fondamentalement contradictoire, et je suis convaincu qu'ils (le Hamas)" . Il ne peut exister de jeu démocratique avec un pistolet ou une kalashnikov à la main, ce qui est aussi valable pour les militants du Fatah que ceux du Hamas.

Enfin, j’espère que ceux, qui sont entrain de célébrer, et à juste titre, la démocratie avec la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes, ne sont pas en même temps entrain de danser la danse de la mort autour de la liberté. Une démocratie sans la liberté n’est rien d’autre qu’une dictature et, pour rester dans un même registre, l’Iran constitue un bon exemple de mes dires.

jeudi, janvier 19, 2006

Un appel à la dissolution solennelle du Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou (CILMA)

Il va faire presque un an maintenant que Mohamed Abbou est emprisonné dans les geôles tunisiennes pour un article publié sur tunisnews, dans lequel il comparait les prisons tunisiennes à la prison iraquienne d’Abou Gharib. Les conditions de son emprisonnement, la dégradation de son état de santé et surtout la situation dans la quelle s’est trouvée sa famille, appellent à sa libération pour que l’époux et le père finisse par retrouver sa femme Samia Abbou et ses trois enfants.

Or, il est aujourd’hui certain que, paradoxalement, le Comité International pour la libération de Mohamed Abbou constitue, pour diverses raisons, que j’évoquerais dans mon appel, l’un des obstacles, pour ne pas dire l’obstacle majeur, qui se dresse devant la libération de Mohamed Abbou.

Il m’est arrivé dans le passé de critiquer la prééminence des droits de l’homme dans l’action et le discours de l’opposition tout en insistant sur le fait qu’il est des plus légitimes pour une mère, une sœur, un frère, un ami, une épouse ou une fiancée de se mettre en avant pour mobiliser la société civile et les hommes politiques sur le sors d’un être très cher. Il est plus que légitime que des personnes ou des ONG de droit de l’homme viennent en aide aux proches des prisonniers pour réduire de leur souffrance et d’essayer de les libérer des geôles de leur oppresseur, c’est bien cela leur rôle. Ceci n’est pas le problème !

Le problème dans le cas de Mohamed Abbou est que le prisonnier politique qu’on est sensé aider à libérer est devenu un objet de marchandage et de surenchère politique frisant des fois avec le ridicule, surtout lorsqu’on lit dans les écrits du CILMA, que « Mohamed Abbou ouvre la grève de la faim générale » alors que huit « personnalités » de la société civile et des partis politiques et des prisonniers politiques d’Ennahdha ont été déjà en grève de la faim depuis quelques jours. Une grève de la faim générale pour le 7 novembre à laquelle a appelée le groupe Al-Karama dont Mohamed Abbou est l’un des membres fondateurs.

Aussi, en mettant en avant la qualité de membre fondateur de Mohamed Abbou pour donner une certaine légitimité au groupe Al-Karama, qui venait de naître officiellement et qui est fondée par des « anciens » du CPR, n’est pas du tout pour aider à la libération de Mohamed Abbou. Al-Karama dont le lancement, disant le au passage, était un flop total dénotant ainsi un certain amateurisme de la part de personnes qui ont fait de l’opposition un métier à temps plein depuis au moins une vingtaine d’année.

Cette confusion créée et entretenue par certaines personnes entre le CILMA et Al-Karama où on a affaire aux mêmes personnes et aux mêmes membres fondateurs traduit le summum de cette confusion, que j’ai tant décrié, entre la politique et les droits de l’homme. Cette confusion entre un comité qui appelle à la libération de Mohamed Abbou et un groupe politique, Al-Karama, qui appelle au départ de Ben Ali, exprime les contradictions qui caractérisent une grande partie de l’opposition et l’impasse politique dans laquelle elle se trouve. Surtout lorsqu’on sait que dans le cas Mohamed Abbou l’ensemble des recours juridiques et légaux a échoué et où la décision de sa libération ne peut-être qu’une décision humanitaire que seul le régime tunisien en place peut prendre.

Arrêtons-nous d’être politiquement naïf juste pour quelques secondes, est-ce que vous pensez sérieusement que le régime tunisien va libérer Mohamed Abbou sous la pression du CILMA qui n’est rien d’autre qu’un prolongement du groupe Al-Karama dont l’un des fondateurs est Chokri Hamrouni ? Est-ce que vous pensez que le régime est disposé à offrir cette fleur politique au groupe Al-Karama et à Chokri Hamrouni, étiqueté par le régime comme islamiste ? Les réponses à ces deux questions découlent d’elles-mêmes et avec elles, ce qu’il reste affaire pour le CILMA si bien sûr les bonnes intentions de toutes les personnes, qui le composent, convergent toutes vers la libération de Mohamed Abbou.

Ajouter à cela qu’aucun régime, démocratique soit-il, ne cède sous la pression politique, et moins lorsque ce régime est autoritaire. Ce n’est pas du tout un hasard que la dernière libération des prisonniers politiques ou de la liberté d’expression n’a touché que les internautes, tels que les internautes de l’Ariana, et les personnes les moins médiatisées au dépends de ceux qui sont les plus médiatisés et qui sont suivis par des comités de soutien appelant à leur libération tel que le cas des internautes de Zarzis ou Mohamed Abbou.

Il ne faut pas me méprendre, je ne dis pas qu’il ne faut pas constituer des comités pour faire connaître la situation d’un tel ou tel prisonnier politique pour aider à sa libération mais il faut juste se rendre à l’évidence qu’aucun comité de soutien tunisien n’a réussi à l’heure actuel à libérer directement un prisonnier politique, même pas le comité crée pour la libération du défunt Zouhair Yahyaoui. Un comité de soutien a pour rôle de médiatiser la situation d’un tel ou tel prisonnier pour que le travail de lobbying puisse porter son fruit le jour j. Or, plus le comité de soutien est politisé moins le travail de lobbying puisse porter ses fruits le jour j parce que dans ce cas d’espèce se sont les considérations politiques qui vont l’emporter in fine sur les considérations purement humaines.

En conséquence, toutes les raisons que j’ai évoquées appellent à la dissolution du CILMA afin de dissocier le politique de l’humanitaire dans le cas de Mohamed Abbou. J’appelle le Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou (CILMA) de se dissoudre officiellement afin qu’il cesser d’être un obstacle de taille à la libération de Mohamed Abbou. Il ne sert absolument à rien de tenir le régime responsable pour toute atteinte à la santé et à la vie de Mohamed Abbou, alors qu’on constitue soi-même un obstacle politique à sa libération.

La dissolution du CILMA ne va pas sonner l’arrêt de la médiatisation de la situation de Mohamed Abbou, pour cela je fais entièrement confiance à son épouse Sami Abbou, une femme battante et courageuse, qui doit juste prendre en charge la communication sur la situation de son époux, avec l’aide de certains amis de Mohamed Abbou qui s’occuperaient dans l’ombre de la diffusion ou de la préparation de certains contacts à l’étranger. Autrement, des membres des ONG de droit de l’homme qui sont complètement dissociés de la politique.

Il est certain qu’on ne peut pas espérer la libération de Mohamed Abbou s’il n’y a pas eu au préalable l’émergence de conditions propices favorisant l’humanitaire sur le politique. Or, ceci passe inéluctablement par la dissociation de l’humanitaire du politique. Donc de la dissolution immédiate du CILMA qui est de l’entière responsabilité de ses fondateurs. Ceci dit la dissolution de CILMA est une nécessité pour aider à la libération de Mohamed Abbou, mais si les intentions des membres du CILMA sont autres, qu’aider à la libération de Mohamed Abbou, alors qu’ils continuent avec le CILMA.

lundi, janvier 16, 2006

Pour une désacralisation de la grève de la faim du 18 octobre

Il est certain que jamais en Tunisie une grève de la faim n’a suscité autant de soutien à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. À Monastir, Sousse, Bizerte, Nafta, Tozeur, Kairouan, Nabeul, Gafsa, Médenine, Gabes, Sfax, Mahdia, Kélibia, Béja, Siliana, Kasserine, Jendouba, Mateur, Ben Arous, Paris, à Marseille, à Londres, en Suisse, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède, au Canada, en Italie en passant par, des dizaines de comités de soutien ont vu le jour.

Le secret de la réussite de cette grève de la faim réside essentiellement, en plus de son timing à l’approche du Sommet mondial sur la société de l’information, dans la diversité idéologique et partisane de ses huit protagonistes. Il est certain que sans la participation d’une frange islamiste, communiste, progressiste, nationaliste et libérale cette quasi-unanimité autour de cette grève de la faim n’aurait jamais pu être atteinte. Toutefois, même s’il est vrai que la présence islamiste était au cœur des tensions et des hésitations d’une certaine opposition tunisienne à soutenir l’action de la grève de la faim, elle n’était pas la seule.

Il faut être conscient que la présence de certains protagonistes de cette grève de la faim tels que Nejib Chebbi ou Hamma Hammami, pour ne pas les citer, a été à l’origine des hésitations de certaines composantes de l’opposition à soutenir la grève de la faim. En fait, beaucoup de personnes ne voyaient pas de cohérence entre les dires de ces chefs de partis politiques de l’opposition, qui appellent le régime de Ben Ali à l’alternance au pouvoir alors qu’en pratique ils président à la destinée de leur partis respectifs depuis de décennies. Comme elles ne comprenaient pas pourquoi elles devraient s’engager aujourd’hui dans des actions de contestations du régime de Ben Ali aux côtés de Nejib Chebbi alors que ce dernier était dans le passé l’un de ses soutien.

Aussi, la participation du PDP à cette grève de la faim ne concorde pas avec les exigences des grévistes puisque ce dernier existe bien légalement et possède un journal officiel qui se vend dans les kiosques. Il est évident enfin, que sans la crédibilité d’un Mokhtar Yahyaoui, d’un Abderraouf Ayadi ou d’un Lotfi Hajji jamais on aurait pu assisté à cette quasi-unanimité dans le soutien à la grève de la faim.

D’un autre côté, je pense qu’il est légitime de se demander sur les raisons de l’absence de certaines associations ou de partis politiques de l’opposition à cette action de la grève de la faim, telles que par exemple la LTDH, le CNTL et le FDTL ! Même si la décision du FTLD de ne pas participer à cette grève de la faim relève, ni plus ni moins, de la mollesse politique.

S’il est vrai que les associations doivent garder une certaine distance vis-à-vis du politique, cependant je trouve légitime d’essayer de comprendre les raisons pour lesquelles elles n’ont pas voulu prendre part à cette grève de la faim. Est-ce que les exigences postulées par les grévistes ; la liberté d’expression, la liberté d’association et la libération des prisonniers politiques ; ne sont pas les mêmes que celles exigées depuis des années les dites associations ? Est-ce qu’en étant présent à l’action politique de grève de la faim l’AISPP, le CIJT et le SJT ont perdu leur autonomie vis-à-vis du politique ? Je ne le pense pas du tout. Il est certain par exemple que dans le cas de la LTDH, la décision de ne pas participer à la grève de la faim était motivée par l’espérance d’une « clémence » judiciaire qui aurait permis de débloquer la situation autour de son bureau exécutif.

Toutefois, du fait de son statut de syndicat, un grand nombre, pour ne pas dire la majorité, des membres du SJT, voyait d’un mauvais œil l’implication du président du Syndicat des journalistes Tunisiens, en plus sans les avoir consulter au préalable dans l’action politique de la grève de la faim, dont les exigences ne relèvent pas d’un syndicat des journalistes. Il est important de signaler qu’alors que tout le monde, parle de démocratie et de consultation démocratique aucune partie prenante dans cette grève de la faim, à part le CIJT et l’AISPP, n’avait consulté sa base ou ses membres pour la participation à la grève de la faim ou pour désigner la personne qui va la représenter.

Dans la continuité de la dynamique de soutien qui est née de l’action politique de la grève de la faim entamée par huit personnalités de la société civile et des partis politiques de l’opposition un collectif ou un comité du 18 octobre pour les droits et les libertés a vu le jour pour poursuivre le combat pour l’exigence de la liberté d’expression, la liberté d’association et la libération des prisonniers politiques.

Le plus frappant dans la naissance du collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés c’est que son annonce n’a pas eu lieu dans une conférence de presse officielle à laquelle aurait été convoqué les journalistes de la place, mais juste à travers la publication d’un communiqué de presse et des dépêches d’agence de presse dans lesquelles Khemais Chammari apparaît comme le porte drapeau ou le porte parole du collectif du 18 Octobre, ce qui ne correspond à une aucune réalité. D’ailleurs, à la lecture du communiqué de presse annonçant la naissance du collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés je me suis posé, comme beaucoup de personnes, certaines questions, aussi légitimes les unes que les autres.

Mais avant ceci j’aimerais bien apporter la précision suivante afin que chacun de nous sache la règle qui a été adoptée pour la désignation des membres du collectif du 18 octobre. Chaque parti politique avait le droit à deux membres et chaque association avait le droit à un seul membre.

La lecture de la composition du collectif du 18 octobre m’interpelle pour maintes raisons dont la première est l’appartenance de Khemais Chammari au collectif en question. Si j’ai du respect pour l’homme, l’homme politique Khemais Chammari n’a aucune crédibilité politique, que se soit pour moi ou pour la majorité, et ceci jouera certainement à terme contre la crédibilité du collectif du 18 octobre. On sent que la précipitation avec laquelle s’est faite l’annonce de la naissance du collectif du 18 octobre avait tout simplement pour but de mettre certaines personnes devant le fait accompli, dont par exemple la présence de Chammari dans ce comité.

Je trouve étonnant que certains partis politiques, tel que le POCT par exemple, qui ont droit à deux membres dans le collectif du 18 octobre, ne présente que Hamma Hammami. Aussi, on voit aussi des personnes présentées comme indépendantes alors qu’elles sont affiliées à une association ou un parti politique. Par exemple Anouar Kousri qui est présenté comme indépendant alors qu’il est membre du POCT.

Ensuite, Abdelkader Ben Khemis fait parti du collectif du 18 octobre avec l’étiquette du CNLT, alors que le CNLT est contre le fait de se trouver dans l’actuel collectif. Ce qui implique que Abdelkader Ben Khemis ne peut être le représentant du CNLT dans ce collectif. Peut-il être considéré comme indépendant dans ce cas là ? La réponse est bien évidement non.

Dans l’état actuel, les membres du collectif du 18 octobre ne peuvent être qu’indépendants ou affiliés à une association de la société civile ou à un parti politique, ainsi je ne comprends pas très bien l’étiquette islamiste concernant Ziad Daoulati et Samir Dilou ! A ma connaissance islamiste n’est ni indépendant ni une association ou un parti politique. Il est nécessaire dans ce cas de parler précisément d’Ennahdha qui est un mouvement ou un parti politique, pour qu’Ennahdha assume à son tour sa responsabilité dans la réussite ou l’échec de cette initiative.

Beaucoup de personnes se sont demandé sur les raisons de la très faible participation féminine au collectif du 18 octobre, seule Radhia Nasraoui en fait parti. Plusieurs raisons expliquent ce fait, dont la première est le refus des femmes démocrates de prendre part au collectif. Mais aussi le refus du CNLT, donc de Sihem Ben Sedrine, de participer au collectif du 18 octobre qui a fait qu’Om Zied, lorsqu’on lui a demandé de représenter le CPR avec Abderraouf Ayadi, a refusé.

En effet, le refus des femmes démocrates, du CNLT et de la LTDH s’explique premièrement par le fait que ces derniers, la dernière élection présidentiel l’a bien montré, sont proches idéologiquement de l’initiative démocratique ou la coalition démocratique et progressiste.

Deuxièmement, Cette question de l’absence de femmes dans le collectif du 18 octobre a été soulevée par Khemais Chammari. Il saurait être plus judicieux dans ce cas de faire coïncider l’acte à la parole en cédant sa place à une femme que de nous proposer un Forum du 18 octobre, pour débattre de la liberté de conscience, de l'égalité entre les sexes et des questions liées à l'identité du pays, qui, disant le, n’ont rien à voir avec les exigences des grévistes ni avec deux de la naissance du collectif du 18 octobre

Troisièmement, le CNLT et la LTDH voient d’un mauvais œil l’existe de ce qui pourrait être un supra comité pour la liberté et les droits de l’homme.

Il est évident, aujourd’hui que le collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés va agir dans les domaines de prédilection de plusieurs associations ou comités tels que la LTDH, le CNLT, le CRLDHT, etc…. D’ailleurs, c’est pour cette raison aussi que ces derniers ne font pas partis du collectif du 18 octobre. Toutefois, peut-être qu’il est le moment aujourd’hui de se demander sur l’efficacité de ces associations en matière de liberté d’expression, de liberté d’association et de libération des prisonniers politiques. Est-ce que ce n’est pas leur échec d’hier qui rend aujourd’hui la naissance d’un collectif comme celui du 18 octobre une nécessité !

Pour conclure avec ces questionnements, j’aimerais bien poser les questions suivantes, parce qu’à l’heure actuel je n’ai pas vu un signe de vie, de communication ou d’organisation du dit collectif. Qui sont les membres du collectif du 18 octobre ? Quelle est la juste qualité de chaque membre ? Quel est le rôle de chaque membre dans le collectif du 18 octobre ? Quels sont les moyens mis à la disposition par chaque membre du collectif pour atteindre les objectifs qu’il s’est défini, la liberté d’expression, la liberté d’association et la libération des prisonniers politiques ? Pourquoi ne pas sollicité certains membres du bureau exécutif du MDS et les 120 signataires de l’UDU, qui ont soutenus la grève de la faim, à faire parti du collectif ?

L’absence de communication officielle, claire et transparente de la part du collectif du 18 octobre est entrain de laisser de la place à toutes les formes de récupération et de parasitage de cette initiative où la date du 18 octobre est devenue aujourd’hui un label de l’opposant hallal, pour assister à la floraison d’un mouvement de 18 octobre, d’une liste de diffusion de 18 octobre, d’un comité de soutien au collectif du 18 octobre, d’un collectif de Paris du 18 octobre, etc.. sans les protagonistes de la grève de la faim ni leurs avis sur la question. Il est évident qu’en perdant ; et en continuant de ne pas faire l’effort de clarification qui s’impose ; leurs communications au profit d’une meute d’opposants opportunistes, on trouve partout toujours les mêmes personnes, les membres du collectif sont entrain d’aider à alimenter présentement le bruit qui obturera leurs futurs messages autour de la liberté d’expression, la liberté d’association et la libération des prisonniers politiques. Parce que disant le franchement, ce flottement dans la communication du collectif du 18 octobre, réside principalement dans les désaccords entre certains de ses membres sur sa finalité, ses méthodes et ses moyens.

Il est utile de le rappeler une fois pour toutes que le collectif du 18 octobre se limite dans son action aux seules revendications exprimées pendant la grève de la faim, à savoir la liberté d’expression, la liberté d’association et la libération des prisonniers politiques. Le collectif du 18 octobre n’est nullement une coalition ou une union politique mais plutôt une coalition ou une union autour de trois revendications politiques. Ainsi opposer d’un point de vue politique la coalition démocratique et progressiste au collectif du 18 octobre est un pur non sens.

mercredi, janvier 11, 2006

Histoire de péripéties

Peut-être que certaines personnes l’ont déjà remarqué, mais toutes les séquences vidéos que j’ai prises durant mon séjour à Tunis l’ont été avec mon téléphone portable pour la simple raison que mon appareil numérique photo-vidéo a été confisqué par la police le mardi 8 novembre pendant la manifestation qui a suivi l’impossibilité de la tenue de la réunion prévue à la maison de la culture Ibn Khaldoun.

1-A

Oui, comme le disait Taïeb Moalla dans un poste sur le forum de Tunezine tous les appareils des personnes munies d'appareils photos et de caméscopes ont été confisqués par la police. D’ailleurs une liste de 4 ou 6 personnes à qui la police a confisqué un appareil photo ou un caméscopes a été établie par Mohamed Goumani du PDP.

En fait, la manifestation du 8 novembre n’était pas vraiment une vraie manifestation. De deux côtés de la rue Ibn Khaldoun il y avait des barrages filtrant de policiers en civil qui ne laissaient pas passer les suspects manifestants. C’est ainsi que beaucoup de personnes se sont trouvées bloquer par les policiers, dont nos ami(e)s du net Houeida K. Anouar, Adel Ayadi et Chokri Yahyaoui (le frère de Zouhair Yahyaoui), que je salut au passage. Pour ma part, je me suis retrouvé avec une trentaine de personnes, au grand maximum, dont Mokhtar Trifi, Mongi Ellouz, Sana Ben Achour, Khédija Chérif, Rachid Khechana, etc.., devant la maison de la culture dans une rue Ibn Khaldoun bondée de policiers en civil, surtout qu’elle abrite en plus la 7ème brigade.

J’ai commencé à filmer ; l’appareil photo s’encastre bien dans le creux de la main pour ne pas être vu, dès que les policiers ont commencé a poussé les manifestants pour les disperser, pas à pas jusqu’à la moitié de la rue de la Yougoslavie, pour me retrouver par la force des choses à l’avant tête de la manifestations. J’ai continué à filmer jusqu’au moment où des policiers surgissaient d’un café pour nous disperser en plusieurs petits groupes. L’un des policiers, costume cravate, en me poussant s’est aperçu de l’appareil photo qui a pendouillé de ma main.

Tout en criant « appareil photo ! », le policier m’a tenu de mon bras. Toutefois, j’ai réussi à me débarrasser de l’appareil avec l’autre main pour la donner à la première personne qui était à côté de moi. Cependant, dès que cette personne à commencer à courir pour sauver ce qui était filmé ; dans tout les cas l’appareil filmait encore, elle s’est faite entourée par quatre ou cinq policiers qui l’ont bousculé pour lui arracher in fine l’appareil photo. Ensuite, un policier est venu vers moi pour me dire « que je suis entrain de prendre des photos », à qui j’ai fait comprendre que je ne peux être entrain de prendre de photos puisque je n’ai pas d’appareil photo sur moi.

La manifestation s’est terminée dans le local du PDP où les policiers ont accompagné la totalité des différents groupes de manifestants le long du parcours en neutralisant toute personne qui essayait de scander le moindre slogan.

Quant aux agressions ou actes des violences, ils étaient très ciblés. Les policiers avaient agressé d’une manière sélective et seulement les personnes qu’elles voulaient agresser plus politiquement qu’autre chose. Enfin, contrairement à ce qu’on a pu lire, Sana Ben Achour n’a jamais été rouée de coups, mais juste effleurée par un coup de poing dans le destinataire était Mokhtar Trifi.

1-B

Beaucoup de choses m’ont marqué dans cette manifestation. Premièrement, on ne peut transformer dans un laps de cinq minutes une réunion en une manifestation improvisée sans la moindre idée du comment faire pour parvenir tous les manifestants en un lieu du ralliement. Deuxièmement, je ne comprends pas cette idée d’organiser une manifestation à quatre pas du ministère de l’intérieur et à deux pas de la 7ème brigade ? Troisièmement, je ne comprends pas cette manifestation de BCBG sur l’avenue de Habib Bourguiba bondée de milliers de policiers ? Je pense qu’il serait plus judicieux, et dans l’intérêt de la réussite de la manifestation, de manifester près des quartiers populaires, Bab Souika, Bab Ejdid, Bab El kadhra, Cité Ibn Khaldoun, Cité Ittahrir, Cité Tadhamen, etc.. pour avoir l’adhésion du « petit » peuple qui est plus enclin à rejoindre la manifestation ! Quatrièmement, j’ai comme l’impression que certaines personnes, je ne citerais pas de noms, ont cherché l’affrontement avec la police pour des raisons publicitaires, ce qui explique la présence du journaliste Christophe Boltanski dans le cortège des droits de l’hommistes, je m’incluse dedans, qui s’est trouvé devant la maison de la culture Ibn Khaldoun. Enfin, l’impression générale que j’ai eu c’est que certaines personnes voulaient vraiment aller au casse-pipe mais surtout les autres à leur place !

A titre comparatif, je dirais que la manifestation organisée par les étudiants du POCT et du PDP à la fin de la grève de la faim était beaucoup mieux réfléchie. Bien évidement il ne s’agissait pas d’une manifestation spontanée mais plutôt une manifestation « spontanée » qui était prévue la veille.

2-A

C’était le 10 novembre le soir au local de la grève de la faim que la décision était prise pour que j’aille filmer le meeting qui aura lieu le lendemain à la faculté de droit et des sciences économiques de Tunis 1.

Le lendemain à 8h30 du matin, j’avais un rendez-vous avec Shehrazed Akacha, membre des Syndicalistes Radicaux, qui m’a pourvu d’un caméscope, puisque je n’ai plus le mien, et m’a donné deux numéros de téléphone, qui sont ceux de Najib Dziri et Chaker Awadhi, que je dois contacter à mon arrivée au campus pour qu’ils me fassent entrer dans l’enceinte universitaire. Ce que j’ai fait à mon arrivée au campus en appelant Najib Dziri.

Une fois dans l’enceinte universitaire, j’ai commencé à filmer le meeting qui venait de commencer, les banderoles, la foule des étudiants, les étudiants Syndicalistes Radicaux formant le cordon de sécurité, etc.. pour que 30-45 minutes après il n’y a plus de charge dans la batterie du caméscope, en fait Shehrazed Akacha a oublié de la charger la veille. Alors, j’ai continué de filmer avec mon téléphone portable.

Une fois le meeting levé, je laisse le caméscope avec Najib Dziri et je me prépare à quitter le campus pour retrouver le local de la grève. Alors, que je marchais dans la cour de l’université en me dirigeant vers la porte de sortie, deux policiers de la police universitaire alors qui venait dans ma direction, en m’apercevant ont vite fait un demi-tour et accéléré le pas.

A ma sortie de l’université, j’aperçois à ma gauche du côté des arbres, au moins une vingtaine de policier en civil, avec le moteur de la voiture et de la moto en marche alors qu’un d’entre eux était entrain de me prendre en photo. Là je me suis dis que ça sens le roussi.

Je m’arrête quelques minutes, pas très loin d’eux, avec la personne, qui a ramené le matériel de sonorisation pour le meeting, pendant que le même policier n’arrêtait pas de me, nous, prendre en photo. Par un pur hasard un taxi s’est arrêté juste à quelques mètres de moi, devant la porte de l’université, pour faire descendre une cliente, que je l’arrête en même temps qu’une étudiante, qui voulais aller au dortoir de Omran El 3ala. Je propose à l’étudiante de l’accompagner à Omran El 3ala pour que j’aille après au centre ville.

Une fois dans le taxi, les policiers ont continué de me prendre en photo, le taxi, etc…, de prendre l’immatriculation du taxi, etc… Le long du trajet nous emmenant vers Omran El 3ala je n’ai pas arrêté pas de regarder dans le rétroviseur pour voir si on était suivi ou pas ! Une fois que l’étudiante est arrivée à bon port, le chauffeur de taxi a fait un demi-tour direction centre ville, via la Route de 7 novembre ou la Route X. En fait, le chauffeur de taxi s’est rendu compte que je n’ai pas arrêté de regarder le rétroviseur, mais il n’a voulu rien dire pour ne pas effrayer l’étudiante qui était avec nous dans le taxi.

C’est au moment où le taxi démarrait pour prendre la route de 7 novembre en venant de la Cité Ibn Khaldoun à la destination de Tunis via la clinique Taoufik, etc.. qu’une moto montée par deux policiers en civil surgit de nulle part pour que l’un d’eux demande au chauffeur de taxi de s’arrêter et de me demander de ne pas toucher à mon téléphone portable qui était dans ma main.

Je descends du taxi, le taxi reste encore là pour un moment, et le policier me demande ma carte d’identité, le portable, enfin d’ouvrir le sac que j’avais sur moi à la recherche du caméscope. « Ou est-ce que se trouve la caméra ! », « Elle restée à l’intérieur de l’enceinte universitaire, chez Nejib Dziri ». Ne trouvant pas de caméscope dans mon sac, il me demande de lui montrer les vidéos que j’ai prises avec mon téléphone portable.

En fait, au lieu de lui montrer les vidéos, je lui ai montré les 3 photos que j’ai prises durant le meeting. « Non, mourad. Donnes-moi ton portable je vais te montrer où se trouvent les vidéos. Tu penses qu’on sait pas trouver les répertoires d’un téléphone ». Bon, il prend mon téléphone, en 3 ou 4 clicks le voilà dans le répertoire des vidéos. Il me demande de payer le taxi pour le libérer, parce que ça va être un peu long comme histoire.

Me voilà, sous un palmier en plein cœur de la route X, entrain d’entamer une séance questions-réponses sur qui je suis, ce que je fais, le lieu de ma résidence (donc ajouter ma carte de résident à la carte d’identité), ma qualité professionnelle, etc… En même temps, l’autre policier était entrain d’appeler son supérieur hiérarchique pour qu’il vient nous rejoindre. L’échange était cordial et le policier qui me posait des questions, n’arrêtait pas de me demander de ne pas s’agacer. Que c’est juste de la routine et ils doivent savoir à qui ils ont affaire surtout en ces temps de SMSI. Puis il me dit : « Tu sais Mourad, on peut faire de la politique en Tunisie, mais il faut assumer ». Je lui réponds : « Oui, j’assume il n’y a pas de soucis ».

Après une demi-heure, c’est leur supérieur hiérarchique, avec son adjoint, qui nous rejoignent. Là il n’y a pas eu vraiment beaucoup de questions-réponses puisqu’il a déjà eu le topo de la situation avant qu’il n’arrive. Il me redonne mon téléphone portable et me demande de lui montrer les vidéos que j’ai prises. Le policier avec qui j’ai commencé la séance questions-réponses alerte son supérieur au risque que j’efface les vidéos et leur faire perdre les preuves qu’ils ont sur moi !

« Les gens on les connaît à leurs traits du visage. Ça se voit que c’est un fils de famille. Je lui fais confiance, il ne va rien effacer ». Et il me redonne mon portable pour que je lui montre les vidéos. Par manque de bol, au lieu de cliquer sur le raccourci de droite, je me trompe de raccourci et je clique sur celui de gauche qui correspond à la lettre « A » du répertoire téléphonique et plus précisément Abdelwahab Hani. L’autre policier qui était derrière moi pour surveiller au cas où j’essayerais de supprimer les vidéos m’arrache le téléphone en criant « Il va appeler Abdelwahab Hani ». Là, à vrai dire il m’a vraiment énervé, puisque ce n’était nullement mon intention d’appeler X ou Y, pour que je m’éclate à mon tour « Putain ! Si je voulais effacer les vidéos je l’aurais fait sans que tu te rendes compte. Je n’ai pas envie de les effacer les vidéos. Puisque maintenant tu sais où elles se trouvent, montres lui les vidéos par toi-même ! ».

Bon, ils vont regarder les vidéos alors qu’entre temps les coups de téléphones n’arrêtaient pas. Alors, que moi je suis sous un palmier au cœur de la route X avec un policier qui a un œil sur moi, par peur que je m’enfuie !

Entre, le visionnage et le re-visionnage des vidéos et les appels téléphoniques une heure est passée. Tout d’un coup, deux policiers s’approchent de moi pour m’inviter à aller avec eux en voiture. Alors que les deux autres policiers, dont le supérieur hiérarchique, restent sur place. Une fois, dans la voiture je demande ce qu’en est de mes papiers et de mon téléphone. « T’inquiètes ils sont dans des bonnes mains ». Et « on va où maintenant », « tu vas voir ». Au fond de moi-même, vu que la voiture prenait la route vers Ksar Saïd, j’étais sur que je vais atterrir à Bouchoucha.

A peine que la voiture a démarré et fait quelques centaines de mètres que le conducteur reçoit un coup de fil lui demandant de faire demi-tour pour revenir là où on était, sous le palmier au cœur de la route X. Bon, là je me suis dit qu’ils ont trouvé qui je suis plus la peine de perdre plus de temps inutilement.

Le conducteur descend de la voiture et reste avec moi le policier avec qui j’ai eu la séance questions-réponses. Je lui demande s’il a un papier et un stylo. Une fois, qu’il a sorti le stylo et le papier, je lui demande d’écrire Ivan le terrible, Tunezine, Reveiltunisien, ATPD et de donner le papier à son supérieur hiérarchique. Ce qu’il a fait puis il me dit : « Tu fais parti de quel parti, groupe, courant, t’es proche de qui ? Je lui dis « Tu peux dire que je suis proche de Mokhtar Yahyaoui ». « De Si Mokhtar Yahyaoui ! », « oui, Mokhtar Yahyaoui », « Si Mokhtar Yahyaoui le juge ! », « oui, Mokhtar Yahyaoui le juge ». « Tu fais parti de l’AISSP ! », « non ». « Tu fais parti du CIJT », « non ». « T’es proche comment de Si Mokhtar », « je suis proche politiquement ». « Tu dois connaître Zouhair alors ! », « oui je connais Zouhair », « tu l’as rencontré », « non, je ne l’ai jamais rencontré ».

Cet échange dure quelques minutes puis tout le monde débarque au poste de police qui se trouve juste en face du campus. Je descends de la voiture et on me fait entrer dans un bureau dans lequel m’attendaient déjà 3 policiers dont deux en civil de Emin D3awla, qui étaient suivis un peu plus tard de deux autres. Le supérieur hiérarchique ; un autre pas le même de tout à l’heure (Les quatre premiers policiers qui m’ont interpellé et interrogé ne sont pas rentré avec moi de le bureau) ; tient dans ses mains mes papiers d’identité et mon téléphone portable. D’ailleurs, dès que je rentre son adjoint commence la deuxième séance questions-réponses, entrecoupée de coups de téléphones. Voilà, l’entrée en matière et les premières questions.

« T’es un peu proche des islamistes, Mourad », « je suis libéral ».
« Oui, mais tu es quand même un peu proche des islamistes », « oui, je suis libéral ».
« Ah, libéral comme Mounir ElBeji (tout en rigolant)», « j’ai dit libéral pas Mounir ElBeji. Je ne parle pas de l’opposition en carton».
« Alors, depuis quand Mokhtar Yahyaoui était un libéral ! », « non je te parle de moi, pas de Mokhtar Yahyaoui ».

C’est à ce moment, qu’entrent les deux autres policiers et l’un d’eux me demandent ce que j’avais dans mon sac ! En fait, comme je déteste me balader avec un sac vide et comme j’allais mettre la caméra dans mon sac pour que j’entre avec à l’intérieur de l’enceinte universitaire, j’ai mis dans mon sac, avant de sortir de chez moi, trois livres. « Il y a trois livres, dans mon sac », « montres les nous ! ». Je sors les trois livres de John Rawls, « Le libéralisme politique », « La théorie de la justice », « La justice comme équité ». L’un des deux policiers a noté l’intitulé des tous les livres en disant à celui qui était entrain de me questionner « Il est un libéral pour de bon ». Puis il m’a redonné mes 3 livres.

« Qui t’a donné la caméra pour filmer le meeting au campus ? », « J’ai eu la caméra de Shahrazed Akacha, qui m’a demandé si je ne pouvais pas filmer le meeting », « ce que j’ai fait ». « Toi en te demandes de filmer, tu filmes ! », « oui, il n’avait personne pour filmer donc je l’ai fait », « Et toi tu fais ce qu’on te demande de faire, la prochaine fois on te demande de te jeter du quatrième étage tu le fais », « Non, çà je ne le ferais pas », « Je ne comprends pas comment quelqu’un d’instruit comme toi, docteur en sciences économiques et ingénieur informatique puisse faire quelque chose parce qu’on lui a demandé de le faire ! ». « Maintenant, elle où la caméra », « Avant de sortir je l’ai laissée avec Nejib Dziri ».

L’échange s’interrompt avec les questions concernant, ma famille, nom, prénom, qualité, lieu de résidence, etc…. mais aussi par le balais des coups de téléphone. Puis, il reprend.

« Tu connais Chokri Hamrouni ! », « oui, je connais Chokri Hamrouni »
« Il est quoi Chokri Hamrouni ? », « il est CPR »
« Non Mourad arrêtes, tu sais très bien qu’il est islamiste avant qu’il soit CPR», « moi, je le connais CPR ».
« Tu connais Ameur Larayedh », « oui, je connais Ameur Larayedh à Paris. Je lui ai même fait une interview pour le site reveiltunisien ».
« Pourquoi vous avez fait seulement une interview de Ameur Larayedh ? », « non, on a sollicité tout le monde Marzouki, Ben Jaafer aussi ».
« Tu connais Ali Larayedh et sa femme ? », « oui je les ai vu ai local de la grève ».
« Tu connais Kamel Jendoubi ? », « oui, je l’ai connu lorsqu’on a travaillé dans le cadre de la campagne pour la libération de Zouhair ».
« C’est qui Najet Boussaa ? », « C’est mon ex-femme ».
« Ne serait-elle pas la sœur du défunt Abdelwaheb Boussaa !», « oui, c’est la sœur du défunt Abdelwaheb Boussaa ».

Pour ma part à partir de cette question précise, j’étais sur à 100% qu’ils savaient exactement qui j’étais et depuis un moment. Et qu’il me posait des questions auxquelles il connaissait déjà les réponses.

« Tu vas faire quoi avec les vidéos que t’as prises », « euh, c’est pour moi ».
« Tu vas les mettre sur Internet Mourad, n’est-ce pas ? », « oui, peut-être sur mon blog !».
« Tu nous envois le lien pour qu’on les regarde nous aussi », « il n’y a pas de soucis, donnez moi une adresse mail et je vous envois le lien ».
« D’ailleurs, vos collègues mont confisqué mon appareil numérique lors de la manifestation devant le centre culturel Ibn Khaldoun », « Elle était organisée par qui cette manifestation et qui a demandé l’autorisation pour le centre Ibn Khaldoun, Mourad ! », « Le comité de soutien des grévistes », « Ah, non Mourad, c’est le PDP qui en a fait la demande ».

Puis des questions sur moi, mon cursus universitaire détaillé en Tunisie puis en France, différentes postes occupés, etc..

« Tu as quitté le campus en quelle année ? », « je suis parti en France en août 1990 ! ».
« Tu n’as pas fait parti de l’UGET », « non pas du tout ».
« Et de l’UGTE », « non plus ».
« C’est pas possible qu’à cette époque tu ne faisais pas partis d’aucune syndicale étudiante ! », « non, je ne faisais parti d’aucune syndicale étudiante ».
« Tu penses quoi Mourad de Mustapha Ben Jâafer ! » « Pourquoi tu veux connaître mon avis sur une telle ou telle personne, je ne pense pas que mon avis est aussi important que ça », « si, si j’aimerais savoir ce que tu en penses », « Ok, je vais te donner mon avis, il est strictement personnel », « Pour moi Mustapha ben Jâafer est mou politiquement ! ».
« Et tu penses quoi de Moncef Marzouki ! », « mais pourquoi tu veux savoir ce que je pense des uns et des autres ! », « comme ça, on aimerait bien connaître ton point de vue », « personnellement, je trouve Moncef Marzouki, trop dogmatique ». « Et de Mokhtar Yahyaoui tu penses quoi ? », « politiquement, je suis proche de Mokhtar Yahyaoui », « Donc pour toi, tout ce que dit ou écrit Mokhtar Yahyaoui tu le prends à la lettre », « Non par vraiment, lorsque je ne suis pas d’accord avec ce qu’écrit Mokhtar Yahyaoui, je marque ma différence ».

Entre-temps, le téléphone sonne. A la fin de la conversation téléphonique, le policier s’approche de son supérieur hiérarchique pour lui murmurer, ce que je suppose étaient les « t3alimat » ou les instructions. Cinq minutes plus tard, le supérieur hiérarchique interrompt cette séance de questions-réponses tout en disant « Je pense qu’on était un peu long avec Mourad », il me rend mes papiers d’identités et mon téléphone portable sans rien effacer en me disant que je peux partir. Pour que son adjoint me dise « Ecoutes Mourad, ne rentres plus dans l’enceinte universitaire, c’est interdit aux non étudiants. Personne n’est au dessus de la loi » pour terminer avec une phrase que j’ai déjà entendue « La loi sera appliquée contre quiconque qui tente de l'enfreindre ou de l'ignorer ».

Avant que je ne sorte, l’un des policiers a demandé à son supérieur hiérarchique s’il est nécessaire de faire des photocopies sur mes papiers d’identité et la feuille sur laquelle ils ont noté des informations sur ma famille, cursus, etc… « Si tu veux, mais on connaît tout sur lui ».

A ma sortie du bureau l’un des premiers policiers qui m’ont interpellé me demande où j’allais partir, « je descend au centre ville, au local de la grève ». « On va chercher une voiture et on va te déposer », « non, c’est bon je vais prendre un Taxi », « C’est bon, on va te déposer en voiture ».

Je quitte le poste de police accompagné d’un des policiers, qui a demandé une voiture pour me déposer au centre ville de Tunis. « Tu sais Mourad, toutes ces personnes qui sont en grève de la faim, sont entrain de le faire simplement pour des raisons médiatiques ». « Le seul qu’on respecte, c’est Si Mokhtar Yahyaoui. Il est intègre, toujours là pour les nécessiteux et qui ne fait pas dans la politique politicienne ». « Tu sais Mourad » tout en me tapotant sur l’épaule « l3aba Ilkoulha 2009 » (L’enjeu est 2009).
« Pour mon appareil numérique qui m’était confisquée je fais quoi ! », « Bon, c’est difficile de le retrouver maintenant, mais bon on va voir », « c’est quoi comme appareil ? », « c’est un Kodak ».

Puis le policier se fait interpeller par l’un de ses collègues, à qui je n’avais pas affaire jusqu’à maintenant, « Est-ce que je pourrais lui parler, si tu ne vois pas d’inconvénient ». « Oui, il n’y a pas de soucis ». On se dirige vers le policier qui me demandent mon nom et prénom et mon lieu de résidence. « Mais combien de fois je vais donner mon identité dans la journée ! Je pense que vous l’avez déjà ». « Ce n’est pas grave juste une dernière fois ». « Mourad Dridi, ……… Ibn Khaldoun ». Le policier écrit Mourad puis s’arrête, « tu peux me donner ton nom complet avec le prénom du père », « Mourad Ben Ali Dridi », « Tu vois, ce Ben Ali, peut être utile », « Actuellement, tu résides à Ibn Khaldoun ? », « Oui ». « C’est tout ».

La voiture de police tardant un peu, j’arrête un taxi pour regagner le local de la grève.

Quelques jours plus tard, en sortant du local de la grève rue Mokhtar Attia je vois quatre personnes croisant la rue Mokhtar Attia en venant de la rue Jean Jaurès. L’un d’eux m’interpelle, à vrai dire je ne l’ai pas reconnu mais j’étais sur à cet instant qu’ils étaient des policiers. Cette personne continuait de m’interpeller alors que les autres 3 personnes poursuivait leur chemin. Je me dirige vers cette personne pour l’entendre me dire « Chnouwa Mourad, tu ne m’as pas reconnu », « wallahi de loin je ne t’ai pas reconnu » « En plus, l’autre jours tu étais en jeans et tee-shirt blanc et là c’est tout une autre tenue », « Tu veux qu’on reste toujours avec les mêmes habits Mourad. Tu sais qu’on change nos habits de temps en temps ». « Ca va ? » « Oui, ça va et toi ! ». Là, j’ai compris que son interpellation de l’autre jour, lorsqu’il voulait connaître mon identité, elle avait uniquement pour but de faire connaissance, puisqu’ il me voyait entrer et sortir au local de la grève. En fait, il était l’un des responsables de Emin D3awla qui avait la responsabilité du secteur de la grève de la faim.

Le lendemain de mon interpellation, à ma sortie de l’enceinte de l’université, c’est Nejib Dziri qui était interpellé à son tour puis relâché. En fait les policiers voulaient récupérer la caméra qui n’était plus en sa possession.

Comme j’ai appris aussi que le photographe, qui a assisté au meeting pour prendre des photos, a était interpellé le jour même de mon interpellation et on lui a confisqué l’appareil photographique. Que la personne qui a loué sa sonorisation aux Syndicalistes Radicaux a été aussi interpellée et on lui a confisqué tout son matériel de sonorisation.

2-B

Pour conclure sur ces péripéties, à part quelques filatures auxquelles j’ai eu droit lorsque je me trouvais au centre ville, dans le secteur du local de la grève de la faim, surtout que mes maintes entrées et sorties dans la journée du local de la grève de la faim étaient intrigantes, tous les contacts que j’ai eu avec les policiers à mon arrivée de Paris jusqu’à ma sortie du territoire tunisien, en passant par mon interpellation, se sont déroulés d’une façon respectueuse et cordiale.

J’ai toujours en tête cette image, en Bosnie ou en Ukraine, de manifestants offrant des roses aux brigades anti-émeute qui leur faisaient face. Alors, qu’une partie de nos opposants ou militants sont encore à la mentalité du Mai68 au jet de pavés sur les CRS, mais dans notre cas à l’insulte et au dégriment des policiers, qui obligent même ceux d’entre eux, qui ne voulaient pas frapper, violenter ou charger à le faire et de passer à l’acte. Le pire de ce que j’ai entendu comme aberration, qui dénote la faillite de toute une mentalité et de tout un discours, est cette rhétorique ; qui mérite un zéro pointé en psychologie humaine ; qu’on jette à la figure des policiers, « attendez qu’on arrive au pouvoir, et vous allez payer pour vos actes ». Je ne pense pas que c’est avec ce genre de discours qu’on puisse avoir la moindre chance d’arriver au pouvoir pour la simple raison que la défense du pouvoir en place devient instinct de survie et entraîne des réactions de défense et de rejet sur démesurées.

A partir de ce que j’ai vu, de mon expérience, des expériences de certaines personnes que je connais, et qu’on connaît, sur le net ou ailleurs, je suis de l’avis de Mahmoud Ben Romdhane pour dire que le régime tunisien est un régime ou un gouvernement autoritaire, pour la simple raison que l’opposé d’un régime démocratique est un régime autoritaire. Mais j’ajouterais un régime autoritaire et une société dictatoriale, que le régime a participé à façonner.

Ceci dit, seule la liberté peut transformer le régime autoritaire en un régime démocratique et la société dictatoriale en une société d’hommes libres. Ce qui fait que notre combat n’est pas un combat pour la démocratie mais avant tout un combat pour la liberté. Il ne peut y avoir de démocratie sans liberté.

lundi, janvier 09, 2006

Une réponse à un ignoble diffamateur

A la lecture de certains propos ignobles, d’une certaine personne écrivant sous le pseudonyme de radical , je n’ai pu m’empêcher d’imaginer cette jalousie saboteuse qui anime une telle personne. Il est certain que la combinaison de la lâcheté et de l’ignorance en une seule personne, peut entraîner ce qu’on observe comme méfait.

Avant tout, je tiens à féliciter cette personne pour le temps qu’elle a pris a cherché sur Internet des bouts de phrase, même si je pense que ce temps gaspillé aurait pu être utiliser à bonne nescience. Par exemple, en nous donnant son avis sur la question que j'ai soulevée, liberté ou démocratie, au lieu d'aller chercher des bouts de phrases qui sont miennes en plus pour mes les ressortir sous d'autres références.

A ma connaissance je n'ai mis aucun guillemet, à ce que j’ai écris moi-même dans le passé, mais juste donner les références, quand j’ai estimé cela utile, là où chacun peut aller les chercher à sa guise.

L’un des liens que j’ai donné dans le texte, et que je jette à la figure de cet ignoble, est le suivant : Islam laïc (laïque)* ou laïcité musulmane, ou l’une des autres voies possibles . On trouve facilement dans ce texte toutes les références que ce diffamateur attribue à Vincent Borel, Communication à la section de Rouen de l'Union rationaliste, 11 juin 1997, alors qu’elle ont été publiées dans le livre de Jean Bauderot, « Religions et laïcité dans l’Europe des Douze », année 1994. Un livre que j’ai cité à chaque fois que je me suis référé à ses dires sur le modèle de la religion civile ou celui du pluralisme (voir le texte signalé ci-dessus avec les notes de bas de page).

Deuxièmement, ce que ce diffamateur fait dire à Djibril Sarr dans ce texte Intégrisme Laïc, a été écrit par ce dernier le 31 décembre 2003. Alors ce que j’ai écrit à propos des deux valeurs de la laïcité dans le texte Cessons les divisions, essayons l’union , date du 1 janvier 2003, c’est-à-dire un an avant même la publication du texte de Djibril Sarr. Je peux même dire que je suis celui qui a utilisé le plus cette notion d’intégrisme laïc ou laïque dans le microcosme tunisien, en l’opposant à l’intégrisme musulman, pour qu’elle devienne aujourd’hui un langage courant pour les uns et les autres.

Quant au texte de Dr Abdallah auquel fait référence cet ignoble diffamateur, il a été publié presque à un mois de décalage avant mon texte Cessons les divisions, essayons l’union . La séparation de laïcité en deux valeurs positive et négative est contenue dans la laïcité elle-même, il suffit juste de se pencher sur le sujet pour la découvrir.

Troisièmement, le texte qui est sous le site Catallaxia.org, que ce diffamateur attribue à un autre est le mien. Si cette personne n’a pas été aveuglé par sa jalousie et son ignorance elle aurait remarqué que ce texte est signé MD, Mourad Dridi, et qu’il se trouve en même temps sur mon blog " Salvador Allende, de la « voie chilienne au socialisme » à la route de la servitude.

Il est évident que sur ce coup, cet ignoble diffamateur vient de s’allonger comme une loque.

Pour ce qui est de laïcité et sécularité, se sont des définitions, qui se trouvent par tout, toujours les mêmes, voir les références de mon premier texte que j’ai cité.

Il est évident que ce qu’a fait cette personne n’est ni plus ni moins que de la diffamation caractérisée à l’encontre de ma personne que je mettrais sur le coup de cette jalousie, ignorance et lâcheté. Sans les excuses publiques de cet infâme, je m’octroie le droit de porter cette affaire devant la justice à l’encontre de cette personne et de tout support qui lui sert de tribune de diffamation.

jeudi, janvier 05, 2006

Les Syndicalistes Radicaux

En image* et en texte**

* La vidéo a été enregistrée le 11 novembre 2005 au campus de Tunis, faculté de droit et des sciences économiques.
** Il est évident qu’il était impossible de filmer le meeting avec une caméra puis avec un téléphone portable sont se faire remarquer par la police. En fait, je me suis fait interpellé par la police à la route X au niveau de la cité Ibn Khaldoun. Je reviendrais sur ceci dans un texte séparé.

Cliquer pour voir ou pour télécharger la vidéo (Campus de Tunis le 11 novembre 2005)

C’est en 1998, à la faculté de science de Tunis que le mouvement des étudiants Syndicalistes Radicaux a vu le jour après que les étudiants, qui étaient à l’origine de la vague de contestation qui a agité durant l’année scolaire 1998-1999 l’enceinte universitaire provoquée par l’instauration d’un CAPES pour obtenir un emploi dans l’enseignement secondaire au terme des quatre années de maîtrise, ont été expulsé de l’UGET. A cette époque la position de l’UGET était très loin des préoccupations des étudiants et sa position sur le CAPES était celle du régime en place.

Alors que depuis 93-94 l’enceinte universitaire était caractérisée par une absence totale de mouvement syndical étudiant, la mobilisation étudiante en 1998-1999 a atteint des ampleurs qu’on ne lui avait plus connues depuis la répression des premières années de la décennie où la tenue d’un assemblée générale conduit directement à la prison.

Assemblées générales, grèves, manifestations se sont multipliées pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que le pouvoir y mette brutalement un terme en arrêtant les principaux animateurs du mouvement, condamnés à de lourdes peines puis finalement libérés.

Les étudiants expulsés ; Assaf Yahyaoui, Wissaf et Tarek Saïdi, Salah Hnid, Najib Elhajji, etc…; sont venus demandés aides et conseils à Tahar Gharghoura qui venait à l’époque de quitter le POCT, et ils ont pensé avec ce dernier la création d’un syndicat étudiant ; les Syndicalistes Radicaux ; dont les premières actions sont relatives à la défense des étudiants du POCT et un sit-in à la LTDH durant l’été 1998.

Depuis sa création, le syndicat étudiant, les Syndicalistes Radicaux, se veut proche des préoccupations estudiantines liées à la qualité de vie de l’étudiant dans son environnement universitaire ; inscription, redoublement, foyer universitaire, réfectoire universitaire, etc… Les Syndicalistes Radicaux militent pour un syndicat indépendant de la politique, centré sur les préoccupations des étudiants afin que le syndicat soit une école d’apprentissage politique et non pas de l’exercice politique.

Les étudiants Syndicalistes Radicaux ont mené plusieurs Sit-in et grèves de la faim, deux grands meetings liés à la cause palestinienne et à l’invasion de l’Irak, enfin une grève de la faim le 9 décembre 2003 au siège de la LTDH à l’occasion du Sommet 5+5. Comme c’était toujours de coutume cette dernière grève de la faim n’a pas trouvé le soutien nécessaire de la part de la société civile.

Actuellement, les Syndicalistes Radicaux ont 3 membres élus au bureau exécutif de l’UGET qui sont alliés aux 3 membres indépendants du même bureau qui compte en tout 13 membres.

Les Syndicalistes Radicaux espèrent unifier l’UGET à son 25ème congrès pour que toutes les composantes politiques soient présentes et représentées démocratiquement, après élection et vote, selon leur poids réels dans les universités tunisiennes. Ce qui est à vrai dire rejeté par certains syndicats étudiants politiques par peur de désillusion sur leur poids réel dans les universités tunisiennes.

Enfin, je tiens à signaler que les Syndicalistes Radicaux ont une publication à parution irrégulière au nom d’Errafiq.

- Une pensée particulière à Shahrazed Akacha pour ce qu’elle endure en ce début d’année et mes salutations aux Syndicalistes Radicaux, spécialement Tahar Gharghoura, Nejib Dziri, Najib Elhajji et Chaker Awadhi

mercredi, janvier 04, 2006

Ce dont nous avons besoin, c’est une sécularisation

A la lecture du texte, « La laïcité vue des rivages sud de la Méditerranée », j’ai eu l’impression que Moncef Marzouki est entrain d’évoquer un sujet, la laïcité, qu’il ne maîtrise pas vraiment. Si pour Moncef Marzouki le concept de la laïcité est considéré comme un concept fourre-tout pour l’homme arabe, c’est tout simplement parce que Moncef Marzouki lui-même le conçoit ainsi, sinon il n’aurait jamais écrit que « Des hommes comme Atatürk, Reza Pahlavi ou Bourguiba seraient horrifiés de voire l’étendue et la profondeur de la réislamisation des sociétés turque, iranienne et tunisienne, aspect le plus patent de leur échec à instaurer et faire tenir en terre d’islam la laïcité à la française ».

Il est essentiel de concevoir une fois pour toutes que la notion de laïcité politique ; qui est la séparation des églises et de l’état ou des religions et de l’état ; est porteuse de deux types de valeurs.

D’une part, les valeurs positives de la laïcité, des valeurs de tolérance religieuse et philosophique dans un but de coexistence pacifique. D’autre part, les valeurs négatives de la laïcité, des valeurs d’anti-cléricalisme, d’anti-religiosité, allant, chez certains, jusqu’à un athéisme intransigeant qui tend à interdire aux croyants toute manifestation publique de leur foi. Comme par exemple en Union Soviétique où des églises furent fermées ou transformées en « Musée de la laïcité ».

Ainsi, c’est uniquement à partir de ces valeurs de la laïcité qu’on peut juger de l’échec ou du succès de l’instauration de la laïcité à la française en terre d’islam. Si on conçoit la laïcité comme de l’anti-cléricalisme et de l’anti-religiosité alors oui la laïcité à la française a incontestablement échoué. Toutefois, si on conçoit la laïcité comme une tolérance religieuse et philosophique alors la laïcité à la française ; si elle n’est pas encore un succès définitif, elle ne peut nullement être considérée comme un échec dans les pays tels que la Turquie. Dans ce cas, la réislamisation de la société turque ne peut nullement être considérée comme l’échec le plus patent de la laïcité, puisque même l’accession des islamistes turques au pouvoir n’a jamais remis en cause cette laïcité politique qui est in fine la séparation des religions et de l’état. Est-ce que c’est parce que le premier ministre turque est un musulman ou est-ce que parce le président français est un catholique, que la Turquie ou la France cessent d’être laïques ? Est-ce que c’est parce qu’il y a un retour à la religion en France ou une réislamisation en Turquie, que la Turquie ou la France cessent d’être laïques ? Bien évidement que non !

Je parle ici précisément de la France et de la Turquie parce qu’ils sont les seuls pays au monde laïques, à la laïcité française, qui veut dire absence de toute référence religieuse du sein des éléments de légitimation de l’ordre juridico-politique, matérialisée par une séparation totale des religions et de l’État, contrairement à la Tunisie où la référence religieuse est présente.

Si « Il est vrai que les Arabes et les Musulmans ont beaucoup de difficultés à comprendre cette notion si étrangère à leur culture et à leur histoire », c’est tout simplement parce que les hommes politiques arabes et les intellectuels arabes n’ont jamais essayé de leur présenter la laïcité dans toute sa dimension et sa portée, avec ses valeurs positives et négatives. Parce qu’ils ont présenté aussi la laïcité comme le contraire de l’Islam. Ainsi, si être laïque aujourd’hui dans le monde arabe est impossible ou seulement à la façon d’un corps étranger à un organisme, faudra-t-il alors que Moncef Marzouki cesse de se définir comme démocrate et laïque pour ne pas être étranger aux tunisiens. Surtout qu’il conclut son article en disant qu’ « assimiler la démocratie à la laïcité ne servira qu’à affaiblir le projet démocratique arabe au seul profit de l’intégrisme ».

Je dis au diable la laïcité à la française, comme je dis au diable la laïcité

Le mal des laïcistes arabes et musulmans en général et celui des tunisiens d’entre eux, lorsqu’ils n’essayent pas de nous imposer le modèle de l’ex Union soviétique, c’est leur attachement à la vision de laïcité à la française qui veut s’affirmer depuis des décennies comme une conception universelle de ce que doivent être les rapports entre les hommes d’un côté et entre les hommes et l’état d’un autre côté. Cette conception de la laïcité à la Française essaye depuis toujours à s’attitrer une universalité qu’elle n’a pas en se présentant comme une émanation de la liberté d’expression et une genèse de la démocratie, ce qui est bien évidemment une supercherie en vue de l’histoire de la naissance du libéralisme sur le vieux continent.

La majorité des pays occidentaux, dont personne ne peut nier leur caractère démocratique, présentent des relations entre l’Etat, la société et la religion qui sont loin d’être laïques mais plutôt des pratiques qualifiées de modèle de religion civile ou du pluralisme... Le modèle de la religion civile (Etats-Unis, Irlande, Grèce, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Suède, ...) correspond à une forme d’organisation sociétale consistant dans la reconnaissance par l’Etat d’une religion particulière comme fondement de la morale nécessaire au lien social, reconnaissant la liberté de conscience pour chacun et le droit à l’expression publique pour toutes les communautés religieuses, interdisant le prosélytisme pour tous les autres cultes. Au niveau scolaire, l’enseignement religieux doit être « essentiellement chrétien » dans les écoles publiques, cependant l’état reconnaît la place des minorités ethniques et religieuses et discute avec elle au cas par cas des aménagements, par exemple le mariage juif n’a pas besoin d’un officier d’Etat civil pour être enregistré, etc.....


L’autre modèle est celui du pluralisme. C’est le modèle de relations entre Etat, religions et société civile choisi par la Belgique, les Pays-Bas... Le pluralisme consiste dans la reconnaissance par l’Etat des principales familles de pensée ; religieuses et non religieuses ; et par une structuration de la société civile autour de celles-ci. Ainsi, les confréries et les mouvances socioreligieuses et non religieuses ont tendance à former des « piliers » qui structurent la vie sociale séparément autour de leurs écoles, de leurs hôpitaux, de leurs syndicats, de leurs partis politiques, de leurs journaux... (Islam laïc (laïque)* ou laïcité musulmane, ou l’une des autres voies possibles !).


Ce dont nous avons besoin, c’est un affranchissement du pouvoir civil de l’emprise religieuse. Ce qui veut dire que les références religieuses ne confèrent plus aucun droit particulier à une autorité spirituelle d’exercer le pouvoir politique et, d’autre part, que le caractère du droit n’est plus soumis aux arguments d’autorité religieuse (Le Maghreb et le Monde arabe : entre gloire, décadence et espoir (suite II)). Ce dont nous avons besoin c’est un pouvoir civil indépendant des religions. Autrement dit, d’un état séculier neutre indépendant des forces religieuses où la liberté de religion, qui comprend aussi bien la liberté d’avoir ou non une religion, est garantie par la Constitution.

Si la laïcité peut être considérée à juste titre comme une notion étrangère au monde arabe et musulman, ceci n’est pas du tout le cas de la sécularité.

Les textes sacrés, le Coran et le Hadith, ne disent rien sur l’ordre social et politique souhaitable ou divin à établir à part qu’ils soient « un ensemble de préceptes moraux à portée très générale, qui peuvent être structurés autour de deux principes fondamentaux : le principe d’obéissance (tâ’a, due par tous ceux qui se trouvent sous la tutelle de quelque autorité que ce soit : parentale, sociale, politique) et le principe de consultation (shûra, due par tous ceux qui ont la charge de quelque groupe humain). Ces principes n’impliquent nullement l’idée qu’il soit nécessaire de mettre en oeuvre un système politique au nom de la religion ».(Islam et Pouvoir séculier).

De même, rien dans, le Coran et le Hadith, n’est vraiment contraire à la liberté de religion positivement ou négativement. La foi est un acte libre, croire ou ne pas croire est un acte libre. Comme le dit Mohamed Talbi « Dieu a crée l'homme libre pour qu'il soit capable de désobéir. Si Dieu souhaitait que tous les hommes soient musulmans, ils le seraient tous. Ou chrétiens, ou juifs, ou bouddhistes. Mais Dieu n'a rien souhaité ».( La charia ou l'islam, il faut choisir de Mohamed Talbi).

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est une sécularisation progressive des pays arabes et musulmans, qui ne doit pas se limiter aux seules institutions du pays, sinon elle serait éphémère, mais surtout elle doit concerner l’homme ou l’individu, qui constitue un facteur fondamental de cette sécularisation. La liberté ne doit pas être seulement la religion de Mohamed Talbi, la mienne ou celle de quelques-uns. La liberté doit être la religion de tous, parce qu’elle est inhérente à l’homme. La liberté doit être la religion de tous parce qu’elle est la solution.

Sans liberté il ne peut y avoir d’état séculier et sans liberté il ne peut y avoir de démocratie. La démocratie n’est qu’un moyen et un rempart pour la liberté individuelle.

Lorsque la démocratie cesse d’être un moyen de liberté, pour des hommes libres, elle devient aussi autoritaire que n’importe quelle autre forme de gouvernement, à savoir tyrannique. Lorsque la démocratie se réduit à un dogme de la règle de la majorité ou de la loi du plus grand nombre, elle devient aussi arbitraire que n’importe quelle autre forme de gouvernement, à savoir tyrannique.

Et si celle-là est votre démocratie alors je vous dis au diable la démocratie, et avec elle ses faux prétendants.

Il ne peut y avoir d’équité que sous la liberté et il ne peut y avoir de fraternité que sous la liberté, parce que sans la liberté, l’égalité devient égalitarisme et l’égalitarisme communisme. Ce n’est pas du tout un hasard que la devise française est « Liberté, Egalité, Fraternité » et non pas « Egalité, Liberté et Fraternité » comme l’a écrit Moncef Marzouki dans son article. Aussi, Ce n’est pas du tout un hasard que la Tunisie a viré à l’autoritarisme lorsque le président Habib Bourguiba à changé la devise du pays de « Liberté, Ordre, Justice » à « Ordre, Liberté, Justice ».(De la parole).

Le comble de nos opposants c’est que dans leur majorité, ils pensent à la primauté de la démocratie en oubliant que sans la liberté la démocratie est totalitaire. Mais en oubliant aussi que la démocratie n’est rien d’autre que la moins mauvaise forme de gouvernement, qui au mieux permet une alternance au pouvoir sans effusion de sang. La démocratie, ambivalente comme elle est, ne peut être une bannière sous laquelle nous devons engager notre combat. La démocratie ne peut jamais être un idéal, par contre la liberté oui. Cet idéal, qui est la liberté, nécessite l’existence d’un Etat séculier et de la démocratie que lorsqu’ils ne constituent plus un rempart pour la liberté individuelle deviennent des piliers du totalitarisme.

lundi, janvier 02, 2006

Lu sur Tunisnews: La charia ou l'islam, il faut choisir de Mohamed Talbi

C'est la première fois que je reprends sur mon blog un texte qui n'est pas le mien. Mais je trouve cette interview, sans concessions, de Mohamed Talbi excellente que je ne peux m'empêcher de faire une exception. Je vous invite à lire attentivement cette excellente interview, qu’à la place de Jeune-Afrique/l'intelligent, j’aurais intitulée "La Liberté est ma religion".

-------------------------------------------------

Mohamed Talbi Un musulman peut-il vivre et pratiquer sa religion dans n'importe quelle société, aussi permissive soit-elle ?

Oui, absolument, répond l'historien et penseur tunisien. Mais à une condition : l'abandon pur et simple de la Loi islamique telle qu'elle a été conçue il y a dix siècles.

La charia ou l'islam, il faut choisir

Propos recueillis à Tunis par Dominique Mataillet

« Moi Mohamed Talbi, Je peux vivre ma vie et mon éthique de musulman dans n'importe quelle société, aussi permissive soit-elle. Parce que je m'assume en conscience sans m'immiscer dans les affaires des autres. »

Ces deux phrases ne suffisent pas, évidemment, à donner toute la mesure de la pensée de cet historien tunisien de 84 ans (*). Au moins en donnent-elles le ton. À ses yeux, il n'y a rien, absolument rien d'inconciliable entre la pratique de l'islam le plus authentique et la modernité d'origine occidentale, y compris sous ses aspects les plus extravagants. À une condition : l'abandon pur et simple de la charia. Autant le message de Dieu transmis à Mohammed à travers le Coran a une portée définitive, autant le corpus de textes juridiques élaboré par des hommes dans des circonstances particulières, le monde arabe d'il y a plus de dix siècles, peut et doit être complètement remis en question. Ce que l'homme a fait, l'homme peut le défaire.

Si l'islam est clairement compatible avec la démocratie, la laïcité et bien entendu les droits de l'homme, il n'est pas pour autant une vague croyance en un Dieu tout-puissant et miséricordieux dont Mohammed serait le dernier des prophètes après ceux des juifs et des chrétiens. L'observance y tient une part essentielle, consubstantielle, notamment sous la forme de deux prescriptions fixées dès le début du Coran, dans la sourate II : la prière et la zakat, l'impôt de purification.

Comme Mohamed Talbi le rappelle dans l'un de ses derniers ouvrages, Universalité du Coran (Actes Sud, 2002), le Livre saint est un texte achevé, définitivement clos. On ne peut rien y ajouter ni en retrancher. Mais le message qu'il nous livre est infiniment ouvert à la lecture et à la méditation. Cette lecture peut être tournée soit vers le passé et les Anciens (salaf), comme le font les salafistes, soit vers l'avenir, et c'est ce que propose l'historien tunisien.

Par-delà la lettre, il cherche à placer chaque question dans le dessein global de Dieu. Il a donné à cette méthode le nom de « vecteur orienté » et prend souvent comme exemple l'esclavage. Plusieurs versets en parlent comme d’un phénomène social normal. Faudrait-il le maintenir pour rester fidèle au Coran ? Il est clair, affirme Mohamed Talbi, que la recommandation de bien traiter les esclaves et la multiplication des incitations

à les affranchir sont une étape vers l'abolition de cette pratique. Le même raisonnement peut s'appliquer à la polygamie, dont la réglementation dans le Coran était une avancée pour les femmes à l'époque du Prophète.

Si Mohamed Talbi rappelle le caractère contraignant des prescriptions de l'islam, qui est d'abord une expérience existentielle, une relation continue avec Dieu, notamment à travers la prière, il insiste tout autant sur le fait que la foi est un choix individuel et non la conséquence de l'appartenance à une communauté.

« Nulle contrainte en religion», ne cesse-t-il de clamer en citant le Coran. En cela, il se différencie fondamentalement des islamistes, dans lesquels il voit les ennemis de la liberté par excellence.

Mais il ne veut pas non plus être confondu avec ceux de ses collègues qui travaillent à la rénovation de la pensée musulmane en s'attaquant au caractère sacré du Coran. Comme on le verra dans les pages qui suivent, il ne fait guère preuve de mansuétude à l'égard de ceux qu'il appelle les « désislamisés ». •

JEUNE AFMQUE/L'INTELUGENT : Que vous inspire la poussée des Frères musulmans en Egypte?

MOHAMED TALBI: II me semble que c'est un peu dépassé d'analyser le problème religieux à partir des Frères musulmans. Si l'organisation existe toujours, elle a perdu de son influence, de sa cohésion. Elle s'est fondue dans un mouvement islamiste plus large, qui englobe tous les salafistes, tous les passéistes, tous ceux qui veulent appliquer la charia. Et où l'on retrouve les wahhabites saoudiens.

Ne peut-on rapprocher certains islamistes du Maghreb des Frères musulmans ?

En Tunisie, je ne vois pas de Frères musulmans. En Indonésie, au Pakistan, non plus. Ce sont des salafîstes. Ils ne se réclament pas de Hassan al-Banna. Ceux qui se réclament de lui sont aujourd'hui à l'état résiduel. Au fond, les Frères musulmans restent un phénomène égyptien. C'est le wahhabisme qui est en train de s'étendre. En s'assouplissant, il devient un pôle d'attraction avec une revendication commune : l'application de la charia. Tous disent : peu importe le système de gouvernement, démocratie ou dictature. Ce que nous voulons, c'est la charia.

On voit quand même des islamistes participer au jeu démocratique, comme en Algérie ou au Maroc.

Ne me parlez pas d'islamistes qui jouent le jeu démocratique ! L'islamisme et la démocratie sont totalement inconciliables. Pour l'islamiste, le législateur, c'est Dieu. Et c'est tout. Pour un démocrate, la souveraineté appartient au peuple. L'un dit : la souveraineté est transcendantale ; l'autre dit: elle est horizontale. Il y aura toujours cette pierre d'achoppement qu'est la charia. Même s'ils mettent une sourdine à l'application des houdoud, les peines mutilantes, ils n'y renoncent pas. Ou alors, qu'ils déclarent solennellement les houdoud obsolètes.


Ils peuvent par taqiyya, dissimulation tactique, temporiser. Parce que la solution existe dans la charia. Chiites, sunnites ou kharidjites se sont tous ménagé un tel refuge. Mais, sur le plan doctrinal, ils ne renoncent pas. À moins qu'ils ne changent radicalement leur système de pensée et ne déclarent que la charia est faite de la main de l'homme et qu'elle n'oblige pas, qu'il n'y a que le Coran qui oblige le musulman.

C'est votre credo ?

Oui, moi, je suis un musulman coranique. Je dis toujours : je n'adore ni Ali, ni Omar, ni aucun homme. Ce qui

ne signifie pas que je ne les admire pas sur un certain plan, mais comme on admire un homme, avec ses qualités et ses défauts. Je pourrais dire par exemple qu'Ali était un mollusque, un invertébré, alors qu'Omar était astucieux et assez manipulateur. Il a succédé à Abou Bakr par un coup de force. Sur le plan historique, il a réussi un coup formidable. Après la mort du Prophète, il a évité la dispersion des musulmans, car l'esprit tribal n'était pas mort. Les compagnons du Prophète ont agi comme des hommes politiques et utilisé tous les moyens

pour prendre le pouvoir. Ils ont violé, tué des femmes et des enfants...Comment voulez-vous que je puisse admirer aveuglément le salaf ?

Donc, les musulmans n'étaient pas meilleurs que les autres.

Ce n'est pas parce qu'on est musulman qu'on devient un saint ! On garde les mêmes instincts.

Quelle est votre définition de la Oumma?

Ni une communauté ni une nation, c'est une entité spirituelle. Pourquoi devrait-on en faire une communauté ghettoïsée? La ghettoïsation fait beaucoup de mal. C'est le Liban. On vous catalogue comme musulman, parce que votre arrière- arrière-grand-père était musulman. Il faut rénover totalement la pensée musulmane. La première chose à faire est de libérer les musulmans de la charia et de l'emprise des oulémas. Après quoi, les choses bougeront. Tous ces mouvements islamiques qui se disent démocratiques sont seulement cyniques.

Vous pensez à qui ?

Rached Ghannouchi, le Tunisien, se dit démocrate. Parce qu'il sait très bien qu'il n'a aucune chance de prendre le pouvoir par la force. Il se dit : peut-être ai-je une chance par le biais de la démocratie. Et une fois au pouvoir, il tordra le cou à la démocratie. Et instaurera un régime à la manière des talibans. Parce que le régime islamique idéal, ce n'est pas celui des Frères musulmans, mais des talibans. Ils appliquaient la charia intégralement.

Ils disaient aux femmes : vous n'avez pas le droit d'aller à l'école. La charia, c'est ça. La femme ne doit pas apprendre à lire et à écrire.

Il y a des islamistes modérés qui font le tri dans la charia et ne veulent pas aller jusque-là. Exemple, le parti membre de la majorité présidentielle en Algérie...

Oui, mais il faut toujours compter avec la dissimulation tactique. Qu'ils disent franchement : liberté absolue pour ceux qui veulent boire comme pour ceux qui ne veulent pas boire. Cela rentre dans le cadre de la foi, qui repose sur la liberté. Celui qui ne boit pas parce qu'il ne le peut pas n'a aucun mérite. Et il est quand même immoral d'obliger quelqu'un à boire en cachette. C'est toujours le même cas de figure. Ils comptaient

prendre le pouvoir par la force. Ils ont échoué. Il ne leur reste que la voie démocratique. Une fois au pouvoir, ils feront ce que fait l'Iran et surtout ce que faisaient les talibans.

Ils se montrent parfois de bons gestionnaires à la tête de municipalités.

Je ne dis pas le contraire. Parce qu'ils sont engagés idéologiquement, ils réussissent beaucoup mieux, sur le plan social, que tous les autres. Au Maghreb, il n'y a plus de parti qui soit vraiment propre. L'opportunisme règne. Fini les médecins qui travaillent pour rien, les enseignants qui encadrent gratuitement les enfants pauvres. Sauf chez les islamistes. Pour cela, chapeau !

Vous dites souvent: « On ne combat pas les idées islamistes par la seule répression. »

Combattre les islamistes par la coercition, la prison, la torture, c'est inacceptable et surtout totalement inefficace. La liberté est indivisible. J'ai beau ne pas être d'accord avec ses idées, lorsqu'on prive un islamiste de ses droits, je suis de son côté. Comme je pourrais être du côté des communistes athées. La seule chose que je défends avec véhémence, c'est la confrontation des idées et la liberté pour tout le monde. C'est à la société de choisir son devenir en connaissance de cause. Pas de mensonge, de camouflage. Voici mes idées, défendez les vôtres sans dissimulation, expliquons-nous.

Si je dois parler à un islamiste, moi qui suis musulman de foi et de pratique, mais exclusivement coranique, je lui demande : est-ce que, oui Ou non, vous pensez que la sunna a force de loi? Et que le hadith est authentique? Répondez en toute franchise. Et lorsqu'il commence à louvoyer, je lui mets un hadith sous les yeux : «Quiconque change sa religion, tuez le ! » Est-il authentique ou non? S'il me dit qu'il est authentique, il est en accord avec lui-même. Mais il n'y a aucun accord entre nous. Nous ne pouvons pas dialoguer si vous demandez

ma tête parce que vous me déclarez apostat. Mais tant que vous me dites que le hadith est authentique et oblige, je vous combats. Désignez franchement la société que vous voulez faire, celle où l'on coupe des mains parce qu'on prétend que le Coran le dit. Ma lecture du Coran me fait penser qu'il ne le dit pas. Et pour l'adultère, vous tuez ou ne tuez pas ? Dites que vous voulez d'une société où l'on lapidera, uniquement les femmes d'ailleurs, parce qu'il est impossible d'établir l'adultère pour l'homme. Les hommes ont pris leurs précautions !

Vous espérez convaincre les islamistes ?

Il faut les acculer, les obliger à se démasquer, à dire comment ils veulent organiser la société de demain. Permettez-vous à l'homme de châtier corporellement sa femme? Ou sa sœur ou toutes les « femelles » sous

sa coupe ? Il y a un verset coranique à ce sujet. Vous l'appliquez ou vous ne l'appliquez pas ?

Pensez-vous que l'islamisme a encore un avenir au Maghreb ?

Non. Si les choses se passent honnêtement, la société civile l'emportera. Au maximum, les islamistes pourront

faire des scores entre 15 % et 20 %. À condition de les démasquer. De dire aux femmes qui vont voter : voulez-vous que les hommes prennent un fouet et vous flagellent ? Sans encourir aucun châtiment ? Les islamistes disent : ah non, nous ne faisons pas ça. Je leur réponds : alors déclarez abrogé ce verset coranique. En public. Ils ne le feront jamais.


Je considère que notre avenir de musulmans dépend de notre aptitude à rénover notre pensée pour vivre notre foi en accord avec la modernité. Et je prétends que c'est possible. À une condition : l'abolition de la charia. Dieu nous met en garde contre les oulémas. Je cite un verset : « Malheur à ceux qui écrivent de leurs mains et disent : ceci vient de Dieu. »

Nous avons vécu deux siècles sans oulémas et sans hadiths. Tout cela a été construit au IIIe siècle de l'Hégire. Le recueil de Boukhari [mort vers l'an 250 de l'Hégire] est devenu le Coran des salafistes. Pendant deux siècles, donc, il n'y avait pas de charia. Elle a connu ses premiers balbutiements avec Malik ibn Anas. Et encore, Al-Muwatta,.qu'a écrit Malik, mort en 179 [795 après J.-C.], est un opuscule ne contenant que sept cents traditions environ. Et l'on est arrivé par la suite à 50 000 traditions avec Ibn Hanbal. Comment se peut-il que l'homme qui a été en contact avec les compagnons du Prophète n'a retenu que quelques centaines de hadiths, et qu'on en est arrivé par la suite à 50 000 ?

Pourquoi ces données historiques sont elles si mal connues ?

Les dictatures interdisent tout débat. Sans elles, on aurait avancé énormément.

Pourtant, on voit fleurir les livres sur la rénovation de la pensée musulmane. Comme celui de votre compatriote Abdelmajid Charfi, L'Islam entre le message et l'Histoire.

Oui, mais il n'y a pas de discussion autour de ces livres. On les sort, un point c'est tout. Prenons l'ouvrage de Charfi [édité par Albin Michel, en 2004]. La traduction, soit dit en passant, est mauvaise. Il prône un islam exclusivement identitaire. Sans conviction de foi et sans obligation cultuelle. Le Coran est un texte historique,

probablement dû à une espèce de fermentation dans la tête de Mohammed, un homme de tempérament extatique objet d'une multitude d'influences. À partir de cette fermentation, il a commencé des allocutions, qui n'ont été conservées ni dans leur intégralité ni dans leur authenticité - elles ont subi les aléas de l'Histoire -, ce qui a donné la vulgate actuelle.

Il y a deux façons de fermer la prophétie. Comme une maison. Ou bien on la ferme de l'intérieur, et on reste prisonnier de la maison : c'est ainsi que les musulmans ont compris la fermeture de la prophétie. Ou bien on ferme la maison de l'extérieur, on met la clef sous la porte et on vide la maison. L'homme est devenu majeur et libre. Il fait ce qu'il veut. Il prie comme il veut, quand il veut. Il n'est tenu par aucun culte. Ce qui reste,

c'est une éthique.

C'est exactement ce que veulent faire certains gouvernements. On ferme les mosquées, on n'apprend plus le Coran. Le culte ? Aux oubliettes. Qu'est-ce qui reste ? Des gens qui disent : on a un bon vieux livre qui a été fabriqué au cours de l'Histoire, dont l'initiateur était probablement un certain Mohammed. Les orientalistes parlaient d'un épileptique, on dit aujourd'hui un extatique. Il n'y a pas grande différence. Si on appelle cela islam, je ne vois pas la différence avec l'athéisme.

Il y a toute une école qui va dans ce sens. Son siège est à la Manouba [une des universités de Tunis], et le dénominateur commun, c'est la désacralisation du Coran.

Alors, le travail d'Abdelmajid Charfi est, à vos yeux, sans intérêt.

Dans son livre, il n'y a rien de sérieux. Il fait dire à l'Histoire ce qu'elle ne dit pas. En glanant un mot par-ci un mot par-là, mais surtout en prenant le folklore pour l'Histoire. Il rapporte toutes les naïvetés, toutes les stupidités colportées par les conteurs publics. Il dit, par exemple, que les Arabes ne savaient pas ce qu'était un livre. Le mot livre dans le Coran ne signifie pas livre. Pas un livre en papier, en tout cas. Comment voulez-vous que je prenne au sérieux une ânerie de ce genre? Charfi dit encore qu'on ne sait pas comment le Prophète déclamait les fragments qu'on peut lui attribuer. Était-ce sur le ton de la menace ou de l'amadouement ? Quel était le timbre de sa voix ? Quelle était sa mimique ? Je demande : est-ce qu'il faut que Sophocle soit là pour m'indiquer comment jouer sa tragédie? Est-ce qu'il faut que Platon soit là pour me dire comment vivre sa cité idéale ? Faut-il que Kant soit là pour me dire comment lire sa Critique de la raison pure ? Charfi divague.

Parmi les autres recherches autour de la rénovation de l'islam, lesquelles, à vos yeux, vont dans le bon sens ? Que pensez-vous, par exemple, du dernier livre de Sadok Belaïd ?

II était mon élève. Je connais bien son livre [L'Islam et le droit. Une nouvelle lecture des versets prescriptifs. Centre de publication universitaire, Tunis, 2000], qui donne le point de vue du juriste. Il traite en particulier de la charia. Son livre est bon, mais on ne peut pas dire qu'il rénove la pensée musulmane. Car il ne touche pas aux questions fondamentales. Il lui manque la connaissance de toute la littérature classique sur le sujet.

Cette littérature est à la fois énorme et peu accessible. Il s'agit d'une langue technique, dont les concepts, marqués par leur temps, ne sont plus en usage, même chez les oulémas. Il n'y a rien de plus difficile que de lire, par exemple, le Kitab al-Oum de Châfiî (150-205 de l'Hégire), le fondateur de la méthodologie du droit et de la charia.

Souvent, aussi, les textes sont très mal établis. Dans un ouvrage d'exégèse fondamental comme le Tafsir de Razi, il n'y a pas une seule page qui soit sans embûche. Seul celui qui a l'habitude devine et réussit à rétablir le texte. Dans les manuscrits anciens, il y a des points diacritiques qui manquent ou qui ont été mis de travers. Lorsqu'il s'agit d'un tétragramme de consonnes, on s'y perd complètement. Parfois, c'est le copiste lui-même qui a mal lu l'original.

Malheureusement, dans notre enseignement théologique, on ne forme pas de chercheurs rompus à cette technique. Les oulémas, par ailleurs, ne connaissent que l'arabe. Ils n'ont aucun moyen de comparaison,

aucune idée de ce qu'est la science des religions ou la critique des textes. Us ne savent rien de ce qui s'écrit en Europe et remet en question tout le savoir ancien.

Vous parlez des chercheurs tunisiens ou arabes en général ?

Les chercheurs tunisiens sont infiniment mieux formés, même si l'université de la Zitouna reste très traditionnelle. Nous avions voulu la rénover. Jai moi-même présidé à la fin des années 1990 une commission, et nous avons proposé des manuels qui constituaient un progrès énorme. Ils ont été refusés, car ils heurtaient certaines manières de faire. Nous avions voulu introduire l'étude de l'hébreu, du latin. Comment voulez-vous connaître la littérature médiévale européenne si vous ignorez le latin ? Il faut parfois aller au texte.

Un exemple : le Credo de Nicée [adopté au cours du concile de 325 et dans lequel le Fils est déclaré de la même substance que le Père]. Il n'y a aucune traduction qui soit parfaitement adéquate, y compris celle qui est dans le catéchisme de l'Église catholique. Un texte aussi fondamental est très difficile à rendre en français, en allemand ou en anglais. Lorsqu'on est un spécialiste, on doit connaître la langue fondamentale de son domaine. Un spécialiste du christianisme ne peut ignorer ni le latin ni le grec. Parce que l'original du latin est grec. Le Septante, le premier texte de la Bible, a été écrit en grec. Je n'y ai pas accès, et je sens que cela me manque.

Quels penseurs actuels, en Tunisie, vous semblent néanmoins intéressants ?

Parmi les penseurs musulmans actuels figurent des zitouniens produisant des travaux classiques, qui n'innovent en rien mais sont utiles. Hmida Ennaifar, un imam connaissant bien le français, me semble un des plus intéressants. De même que Kamel Omrane, qui enseigne à la Manouba et écrit en arabe. Il y a en effet toute une génération qui lit le français, le parle, mais n'est pas à l'aise dans l'écriture de cette langue. Je peux citer aussi Amel Grami, qui elle aussi aborde les questions actuelles.

Les autres sont des islamologues. Leurs écrits, même en arabe, sont influencés par l'orientalisme. Ils en sont des continuateurs. Annie Laurent, une Française, l'a bien vu. Nous n'avons plus besoin, dit-elle, de poursuivre la polémique avec l'islam, des musulmans s'en chargent. De nombreux auteurs écrivent sur l'islam avec distanciation, en mettant en perspective un islam qu'ils ne pratiquent plus, auquel ils ne sont qu'identitairement attachés.

Mais leurs travaux ont leur utilité?

Je les lis. Mais je ne peux pas dire que je trouve plus chez Charfî ou chez Djaït que chez n'importe quel islamologue.

Hichem Djaït n'est pas un penseur musulman ?

Il le reconnaît franchement. C'est pour cela que je l'apprécie. Il a écrit un livre sur Mohammed où il dit : « Pour moi, ce n'est pas un prophète. Je l'aborde en tant qu'homme. » II admet qu'il n'est pas croyant et met entre parenthèses l'aspect métaphysique ou théologique. Il est honnête. Issu d'un milieu d'oulémas, il avoue conserver une certaine nostalgie pour la religion dans laquelle il a fait ses premiers pas. Mais, dit-il encore, il vaut mieux penser la modernité sans Dieu. Au moins, c'est clair.

Mais Djaït, pour un musulman qui a une connaissance limitée de la religion, c'est comme Drewermann pour un chrétien qui a fait un peu de catéchisme. Eugen Drewermann, qui est un psychiatre, n'est pas facile à déchiffrer. Mais il est séduisant, il dit qu'il faut tout casser. L'Église ne le considère plus comme un chrétien, mais lui se considère encore comme tel. Vous mettez un de ses ouvrages entre les mains d'un jeune chrétien : ou bien il n'y comprend rien, ou bien il abandonne sa foi.

Avec Djaït, c'est la même chose. Soit le lecteur n'y comprend pas grand-chose, soit il dit : je me convertis à un islam où il vaut mieux se débarrasser de Dieu, parce que c'est plus confortable.

À la différence de Djaït, d'autres désislamisés ne le reconnaissent pas franchement. Le meilleur exemple, en France, c'est Mohamed Arkoun. Il est chrétien avec les chrétiens, musulman avec les musulmans, juif avec les juifs. Il est tout ce qu'on veut. Avec lui, c'est le démantèlement du Coran, un livre de violence. Il ne faut pas l'enseigner, il faut le déconstruire, le supprimer, etc. Il dit : moi, je m'intéresse au fait religieux. Le Coran rentre dans le fait religieux, comme la Bible ou les upanishades indiennes.

Les désislamisés veulent créer ce qu'ils appellent un islam laïc. Un islam sans Dieu. Et cet islam est en train d'attirer beaucoup de monde, parce qu'il est commode. Il n'y a plus aucune obligation, il se réduit à une identité. Hamadi Redissi, un professeur

de droit [et auteur de L'Exception islamique, éd. du Seuil, 2004], demande : quand les musulmans vont-ils comprendre que leur Coran est apocryphe ? Lorsque j'ai écrit dans une revue tunisienne que Redissi n'est pas musulman, il a répondu qu'il est musulman à sa manière. Il ne veut pas renoncer à son identité.

Vous souhaitez faire partager vos convictions ?

Pas du tout. Je ne fais pas partager mes convictions. Je les expose comme le marchand de légumes expose ses salades. Il expose, mais ne dit jamais « Choisissez ma salade plutôt que des tomates. » D'ailleurs, je n'offre jamais un de mes ouvrages à qui que ce soit. Ce serait une manière détournée de lui dire : lisez-moi. Je

ne pratique pas le harcèlement religieux. Dieu me dit dans le Coran de témoigner (chahada), c'est tout.

Ne souhaitez-vous pas que les Tunisiens vivent dans le vrai islam?

Je ne souhaite rien du tout. Parce que souhaiter, c'est, déjà, vouloir influencer. Je témoigne, et c'est à chacun, librement, en conscience, de souhaiter ce qu'il veut être. Je n'ai même rien souhaité pour mes enfants. Ils sont loin de partager mes idées. Dieu a donné la liberté à l'homme pour qu'il soit capable de désobéir. Il faut qu'il soit capable de mentir pour qu'il y ait la vérité. Si l'homme n'était pas sciemment, intelligemment, consciemment capable de parler faux et de tromper, il ne serait pas libre. Il serait conditionné.

Pourquoi voulez-vous que je fasse ce que Dieu n'a pas fait ? Si Dieu souhaitait que tous les hommes soient musulmans, ils le seraient tous. Ou chrétiens, ou juifs, ou bouddhistes. Mais Dieu n'a rien souhaité. Dans le Coran, il ne fait même pas de miracle. Pour ne pas influencer l'homme. Rien, pas un seul miracle. Des signes seulement. Regardez les signes, dit-il, et faites ce que vous en voulez. Ou vous me trouvez, ou vous ne me trouvez pas.

Le prosélytisme doit être banni de la tête de tout musulman. Et plus encore évidemment l'assassinat pour apostasie. Il n'en est nullement question dans le Coran.

Qu'est-ce qui définit, enfin de compte, le musulman?

C'est le Coran qui le dit. Au début de la sourate II, Dieu dit : « Voici le Livre ! Nul doute à son sujet. Guidance pour ceux qui craignent Dieu. Ceux qui croient en l'Invisible. » La foi, justement, commence à partir du moment où, du visible, on fait le saut dans l'invisible. C'est un acte libre. Il n'est pas mathématiquement contraignant. Un mathématicien devant une équation n'a pas 36000 solutions, mais une seule. Il est contraint de suivre un raisonnement et pas un autre. L'homme de foi, non.

Le musulman est celui qui croit dans le Livre, qui croit dans l'invisible, qui s'acquitte de la prière, de la zakat. Laquelle n'est pas un impôt pour faire des routes, mais une imposition pour purifier les biens : je ne peux manger mon pain qu'en en donnant une part à celui qui n'en a pas.

Le musulman est aussi celui qui croit à toutes les révélations précédentes. Je crois que Dieu a parlé à l'homme à partir du moment où il est devenu homme, il y a quelques dizaines de milliers d'années. À partir du moment où

il a reçu un langage avec une grammaire et avec des mots qui lui permettent l'abstraction. Sans abstraction, point de Dieu. L'animal est incapable d'abstraction.

Et c'est lorsque l'homme a pu conceptualiser que Dieu lui a parlé. Tel Adam, l'homme auquel Dieu a parlé.

Où est la frontière entre les musulmans et ceux que vous appelez les désislamisés?

Je ne peux interdire à personne de porter le label de musulman, mais le musulman, c'est celui qui est tenu par le Coran. Je prendrai une image. L'islam est comme une tente. Avec quatre piliers et un sommet. Le sommet, c'est la chahada. La prière, la zakat, le jeûne et le pèlerinage forment le carré que couvre la tente. Ceux qui sont à l'intérieur de la tente sont musulmans.

En pratique, là plupart des musulmans appliquent comme ils veulent la religion, font le ramadan

mais pas la prière...

Oui, mais ils restent des musulmans virtuels. Du moment qu'ils s'acquittent ne serait-ce que d'une seule prescription. Et même lorsqu'ils ne s'acquittent d'aucune prescription mais conservent l'esprit de repentir, ils font partie de la Oumma, virtuelle. Elle inclut ceux qui croient au caractère obligatoire des prescriptions, ne les rejettent pas par principe, mais se disent : je n'ai pas le temps, je n'ai pas envie, j'ai mes préoccupations, mais un jour...

À ceux dont la vie ne permet pas de respecter les prescriptions, je dis : faites comme le Prophète. Lorsqu'il était sur sa monture et que l'heure de la prière arrivait, il la faisait avec les yeux. Il récitait le Coran en remuant les paupières. Cela prend trois ou quatre minutes. Personne ne s'en aperçoit. J'ai souvent prié de cette façon en voiture ou dans l'avion.

Et cette prière est valable ?

Absolument. Prenons l'exemple du chirurgien. Il ne peut laisser un malade mourir pour aller faire sa prière. Soit il fait toutes ses prières en une fois, le soir. Ou bien, en manipulant le bistouri, il pense à Dieu, il balbutie quelques versets, il fait le geste avec les yeux.

Pour le ramadan, si je n'ai pas envie déjeuner, je peux ne pas jeûner. Et le jour où j'en ai envie, je rattrape. C'est absolument valable. Pourquoi devriez-vous crever de soif pendant l'été ? Si vous n'êtes pas convaincu, cela ne sert à rien. Jeûner sans conviction est stupide. C'est une privation pour rien. Ou bien ça vient du cœur, ou bien ce n'est pas la peine.

Vous parliez de témoignage. Qu'est-ce à dire, concrètement ?

Dieu a donné une langue, des mains, des yeux à tout le monde. Chacun témoigne à sa façon. Le chanteur témoigne en chantant et la danseuse en dansant. Et c'est très bien. Moi, je témoigne en écrivant, comme Michel Houellebecq.

Drôle d'exemple...

Il m'est très sympathique. C'est un homme franc, et j'aime la franchise.

Vous avez lu ses livres ?

Oui, j'en ai lu un. J'ai même écrit un article pour le défendre. Pourquoi chercher des noises à cet homme parce qu'il dit ce qu'il pense ? Il a dit que l'islam est la religion la plus con du monde. Pourquoi pas ?

Il peut dire cela dans un roman. Mais il l'a dit dans les médias, ce qui est autre chose.

Mais il peut dire ce qu'il veut et partout. Je peux dire que le Coran, c'est de la connerie : je ne diffame personne en particulier. Si on m'interdit de le dire, il n'y a plus de liberté. Si je ne suis pas libre de dire que c'est de la connerie, je ne suis pas libre non plus de dire que c'est la vérité. Les deux libertés sont liées.

En France, dire que l'islam est de la connerie est éminemment contestable. Sur le plan de la coexistence entre les communautés, c'est très dangereux...

C'est dangereux parce que les gens, même en France, ne sont pas encore mûrs pour accepter l'autre tel qu'il est. On peut le trouver hideux, mais il est libre d'être hideux. Une seule chose que l'homme n'est pas libre de faire, c'est attenter à l'autre.

Je prends un autre exemple : Karl Barth, ce théologien suisse qui a renouvelé la pensée protestante. Dans The Church and the Churches, publié en 1939, il écrit, en substance, que le national-socialisme est un nouvel islam. Et que Hitler est son nouveau prophète. C'est stupide. Mais je ne me sens pas pour autant offensé. Il exprime sa pensée en toute liberté. Et si on considère qu'il a offensé l'islam, il a encore offensé davantage les chrétiens en leur disant que leur Évangile, c'est de la mythologie.

L'Église n'a pas excommunié Karl Barth, elle ne l'a pas empêché d'écrire et de publier, il a seulement été interdit d'enseignement. Tout ça pour dire que la liberté, c'est notre bien le plus précieux. Ce qui fait de nous des hommes. Voilà pourquoi je hais la dictature. Même si elle ne touche pas matériellement, elle affecte ce qu'il y a de plus précieux en moi : mon esprit. Elle m'oblige à croire des âneries. Elle ânifîe tout un peuple. Y a-t-il crime plus grand ?

Que pensez-vous du Conseil français du culte musulman ?

Je pense qu'il est nécessaire. Ne serait-ce que pour exercer un certain contrôle sur les lieux de culte, qui ne doivent pas être livrés à des gens qui s'autoproclament imams et disent n'importe quoi.

Le recteur de la mosquée de Paris a passé un accord avec le recteur d'Al-Azhar pour la formation d'imams français. Est-ce une bonne chose ?

Je ne pense pas. Parce qu'Al-Azhar est une université conservatrice et va former des imams très conservateurs, à moins qu'ils ne reçoivent un complément de formation en France. II faut créer une institution française de formation d'imams, ou augmenter la capacité de celles qui existent.

L'islam est aujourd'hui une religion de France. Il faut refuser, me semble-t-il, l'islam identité. L'islam authentique est une option individuelle. Le musulman, en France, doit être français comme tous les Français.

On progresse dans cette direction...

Mais c'est la seule solution. Le communautarisme est extrêmement dangereux, parce qu'il peut devenir séparatiste. La Grande-Bretagne, qui est un royaume uni, peut s'en accommoder. Mais elle ferait mieux de ne pas encourager un communautarisme musulman. Un jour ou l'autre, cette communauté musulmane provoquera un sentiment de rejet de la part des autres. Et c'est déjà le cas depuis les attentats de Londres. En temps de crise, elle devient une cible. Les protestants français étaient une cible jusqu'au début du XIXe siècle. C'est fini depuis qu'ils ne sont plus une communauté protestante.

Il vaut mieux que la religion soit ce qu'elle est, essentiellement un chemin vers Dieu. Une voie spirituelle. Qui n'a rien à voir avec la politique, avec une communauté, une organisation régionale bu nationale. C'est une réponse à un appel de l'au-delà. Et c'est tout. La Oumma n'est pas une communauté. C'est une traduction qui fait beaucoup de mal. Je l'ai utilisée moi-même, mais en précisant qu'elle n'est pas une communauté géographique, qu'elle est une communauté de prière et non pas de pierre... Maintenant j'évite le mot. C'est une entité spirituelle.

Les islamistes qui pratiquent le terrorisme restent dans votre Oumma ?

Attention ! C'est comme un violeur français. Est-ce qu'il cesse d'être français ? Non. Mais il relève de la loi. Un musulman qui commet un attentat relève de la loi, tout simplement. Comme n'importe qui. Mais on ne peut incriminer l'islam. Dans la Oumma, on peut trouver de tout, y compris des criminels. Il y a bien des délinquants sexuels qui sont en même temps des prêtres. On ne peut pas condamner le christianisme pour autant.

A ma connaissance, ces prêtres ne sont pas excommuniés.

Évidemment qu'on ne peut pas les excommunier. On n'enlève pas sa nationalité à un violeur. Ou à quelqu'un qui a commis un crime de sang. On peut mettre en prison ceux qui sont en infraction avec la loi, mais de quel droit les priver de leur nationalité ? Et même si on déchoit quelqu'un de sa nationalité, où ira-t-il?

On peut étendre cette idée à la religion ?

C'est pareil pour la religion. Je n'ai aucun droit de rejeter quelqu'un. Il peut de lui-même se rejeter. Un Français peut dire : je prends une autre nationalité. S'il la trouve. En religion, c'est la même chose. On peut dire : moi, je ne suis plus chrétien ou juif, j'opte pour une autre confession, ou je les rejette toutes.

Que pensez-vous de Tariq Ramadan ?

Je le connais bien. Si on le marginalise, on coupe les ponts avec tout un monde salafiste qui voit l'islam comme lui. Il est Frère musulman à l'origine, mais il est en train d'évoluer. Et puis, tous ceux qui prient et vont à la mosquée font partie de ma Oumma. C'est son cas. Il n'a d'ailleurs jamais fait l'apologie du crime. Et, s'il le fait, c'est l'affaire des tribunaux.

Mais vous avez dit qu'il y a des islamistes qui avancent masqués. Qui, derrière un discours lénifiant, sont des partisans de la charia dans ce qu'elle a de plus sévère.

Ils ont le droit d'être partisans de la charia. S'ils respectent la loi, ils peuvent défendre leurs idées. On peut être un citoyen français et un fondamentaliste chrétien. Les Evangélistes ou les adeptes du New Age ont le droit d'exprimer leurs idées.

Tariq Ramadan est soupçonné d'être partisan d'un régime islamique.

Il n'a jamais été clair sur le sujet. C'est son droit, comme c'est mon droit de le mettre au pied du mur. J'ai essayé de le faire lors d'un colloque à Cologne. Mais le modérateur m'a empêché de le pousser dans ses retranchements. Quoi qu'il en soit, il a le droit de dire : je fais un parti pour que les Français revendiquent l'application de la charia en France. Comme on peut réclamer une loi autorisant le mariage homosexuel. Ou encore une loi qui autorise le mariage entre mère et fils. Pourquoi pas ? C'est une loi aberrante. Comme la Charia est une loi que la majorité considère comme aberrante. Mais s'il y a une majorité pour l'application de la charia, je n'ai qu'à me taire. La souveraineté appartient au peuple.

Mais ce qui est autorisé n'est pas imposé. Moi, Mohamed Talbi, je peux vivre dans une société où des lois autorisent la polyandrie, la polygamie, l'inceste, l'homosexualité, la pédérastie. Si rien ne m'oblige bien entendu à vivre l'application de ces lois.

Il y a là des choses qui choquent votre conscience ?

Cela choque ma conscience, et je témoigne en disant que cela n'est pas bien. Mais je ne m'immisce pas dans les affaires des autres. Un musulman est un homme qui s'assume en conscience. N'importe où. Il peut vivre dans la société la plus complexe, la plus diversifiée, la plus permissive et conserver son éthique musulmane.

La liberté est ma religion. Dieu a créé l'homme libre, avec la capacité d'être un saint. Et aussi un dépravé. Dieu a fait l'homme ainsi : pourquoi voulez-vous que je le contredise ? La vocation de l'homme est d'aller vers la sainteté. Mais je ne peux empêcher personne d'emprunter la voie de la dépravation.

Il faut donc se plier à la loi dans tous les cas...

La loi, telle qu'elle est votée par la majorité, est souveraine. Tout le monde s'y plie. Sauf dans le cas où elle heurte votre conscience. Comme Antigone, dans la tragédie de Sophocle, qui enterre son frère malgré la loi de la cité.

La loi peut permettre tout ce qu'elle veut. Le musulman, lui, doit exposer la guidance divine, mais Dieu n'impose sa guidance à personne. S'il y a toutefois une majorité qui veut respecter la guidance divine, elle devient la loi.

Y compris pour l'organisation de la société ?

Oui. Mais le Coran est une guidance et non une loi toute faite. C'est exactement un éclairage. C'est pour cette raison que j'en ai une lecture vectorielle. Je le lis dans son intentionnalité.

Comment faire connaître le manifeste de Dieu?

Par le Coran et le Coran seul. Je n'impose pas d'enseigner le Coran. Je proteste quand on entrave son enseignement. C'est très différent. En Tunisie, aujourd'hui, on procède de façon pernicieuse en interdisant l'ouverture d'écoles coraniques. De quel droit ? Pourquoi peut-on ouvrir un bar et pas une école coranique ? Pourquoi y a-t-il des écoles de danse et pas d'écoles d'enseignement du Coran ?

-----------------

(*) Jeune Afrique/l'intelligent a présenté à de nombreuses reprises la pensée et le parcours de Mohamed Talbi. Nous lui avons notamment consacré un « Pleins feux » en octobre 2000 (J.A.I. n° 2076-2077). Mohamed Talbi s'exprime par ailleurs régulièrement dans ces colonnes.

(Source : JA/L’Intelligent N° 2346-2347 du 25 décembre 2005 au 7 janvier 2006, pages 100-107)