dimanche, juin 25, 2006

Privilège peu flatteur

jeudi 22 juin 2006, par Le Libre Tunisien

Le Libre Tunisien
Edition 1, numéro 3

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Le Libre Tunisien - 20 juin 2006

Dans la langue liste des domaines où la Tunisie tient les premières places mondiales, on peut aisément rajouter le privilège d’avoir « l’opposition la plus bête du monde ». Bien évidemment loin de moi l’idée de mettre en cause leurs capacités intellectuelles ou leurs équilibres psychologiques en doute, quoi que des fois on a légitimement le droit de le faire, mais il est question dans cette affirmation d’une bêtise politique et idéologique qui dépassent des fois les limites de la tolérance humaine.

Bien des choses ont changé en Tunisie depuis 50 ans : le régime, les mœurs, les sciences économiques, internet, la mondialisation et surtout les besoins des tunisiens. Notre opposition ? Elle n’a pas tellement changé dans les faits ! S’il existait en Tunisie un musée de la préhistoire, l’opposition tunisienne y tiendrait une place de faveur. On pourrait alors y observer des faucilles de Marxistes, Trotskistes, Léninistes, Maoïstes, des national-socialistes et que sais-je encore comme vestiges d’un passé pas très glorieux.

De ces vestiges, l’opposition « révolutionnaire », a gardé quelques reliques linguistiques de « la grande époque glorieuse ». Cette opposition ne défont pas des idées, elle ne se mobilise guère pour des opinions. Trop banal ! Elle mène des « combats » ! Comme s’ils venaient de battre avec le Che les sentiers de la compagne sud-américaine. On regardant de plus prêt ils sont aussi inoffensifs qu’un manche à balai contre un porte-avion ! A la première bousculade ils crient aux « tabassages en règle » et aux « agissements barbares ».

La palme revient à l’une de ces reliques qui crie à l’harcèlement et appelle à l’aide internationale dès qu’un passant s’attarde trop devant chez lui. Un autre, baathiste récemment reconverti dans le libéralisme alimentaire, un peu plus téméraire, appelle aux manifestations publiques sur les chaines de télévisions. Manifestations dans les- quelles il est le premier absent ! Quel culot diront les uns. Moi je dis que c’est une bonne manière de se répartir le boulot ! A lui les appels pompeux à la télé, aux tunisiens la matraque et les coups de pompes. Logique surtout pour un ancien collectiviste convaincu. Le rêve révolutionnaire de ces apparatchiks de salon refuse de mourir. Au sein de ces pseudo-formations politiques existe surement les derniers avatars vivants de la folie communiste.

L’existence de cette gauche révolutionnaire est encore présente dans les esprits des ces doux rêveurs. Le pire c’est qu’ils ont pour exemple une autre anomalie historique : la gauche française. Alors que tous les autres partis de la gauche européenne ont définitivement fait la paix avec l’économie de marché et montrent partout en Europe un pragmatisme insolent, la gauche tunisienne, à l’instar de sa grande sœur française, pense faire face aux défis actuels en renforçant le rôle de l’état. On sentirait pratiquement une pointe de nostalgie pour la folie collectiviste de Ben Salah !

Un certain « astre », pas très visible, appelait à l’indulgence et au soutien pour ces anomalies. Et de quelle manière ? En admettant tous ce qu’on vient de porter à leurs griefs. Par un raisonnement par l’absurde, il explique que bien qu’archaïques, bien qu’ils n’aient rien de démocratique dans leurs fonctionnements et encore bien qu’ils ne représentent absolument rien dans l’opinion populaire, c’est pourtant dans leurs seins que les jeunes militants pleins de bonnes volontés pourront aider leurs pays à trouver la voie du changement ! Alors maintenant, avant de changer le pays, il faut au paravent changer l’opposition ! Voila un chantier qui s’annonce encore plus difficile.

En suivant ce résonnement, et si ni l’archaïsme ni l’esprit totalitaire ne doivent dissuader les bonnes volontés d’intégrer un parti politique, il serait alors plus judicieux d’intégrer directement les rangs du RCD, le parti au pouvoir. Si pour changer le pays il faudrait au paravent changer ses partis politiques, l’acharnement thérapeutique serait plus judicieux sur un corps malade, mais encore en vie, que sur un cadavre.


SOMMAIRE

EDITORIAL .................................................page 2

ACTUALITES
- L’alcool en Tunisie : phénomène de société ou problème de santé publique
Selma Alouani & Chiheb Lakhoua..............................................page 3
- « Abus », « dépendance », c’est quoi la différence ?
Leila Fourati.......................................page 7
- L’islam et la consommation d’alcool
Walid Snoussi...........................................page 9

AFFAIRES INTERNATIONALES
- Bouteflika nomme un conservateur à la tête de son gouvernement
Malek Khadhraoui...........................................page 10
- Les femmes et les enfants oubliés de « la charte » de Bouteflika
Leila Fourati..............................................page 11
- Algérie : Des associations contre « la loi du silence »
Selma Alouani......................................page 12

REFLEXIONS ET OPINIONS

- Libéralisme : Le double avantage
Malek Khadhraoui..................................page 14

- Pour un retour aux sources libérales de l’Islam
Walid Snoussi.....................................page 17

HISTOIRE ET CIVILISATIONS

- Hannibal à Las Vegas
Hédi Dridi.......................................page 18

CULTURE

- Entretien avec le jeune réalisateur Najib Belkadhi
Hind Charbeji....................................page 20

- Fadhel Jaïbi fait honneur au théâtre tunisien..................................page 21

- Paris s’offre un nouveau musée
Chiheb Lakhoua.......................................page 22

SPORTS HORIZONS

- L’argent et la morale sportive Emine
Laribi.......................................page 23

PINCE-SANS-RIRE

- une solution ! Oui mais à quel problème ? Zahwa.........................................page 24


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Le Libre Tunisien

mercredi, juin 07, 2006

Intervention de Mourad Dridi au Congrès fondateur d’Alternative Libérale, du 14 mai 2006, à La Cigale


Bonjour à tous,

Tous réunis ici, nous avons choisi d’être des femmes et des hommes libres. Nous tunisiens avons également choisi d’être des Hommes libres, d’être des libres tunisiens.

Aujourd’hui, après l’embrigadement des masses arabes par des idéologies totalitaires successives, le nationalisme, le socialisme et l’islamisme, convaincre de l’universalité de la liberté et de l’individu n’est pas une tache aisée. Surtout lorsqu’on est confronté à une certaine mauvaise foi idéologique qui voit dans l’individu et dans la liberté, des notions occidentales.

La pire des choses qui peut arriver à la liberté, c’est de se trouver confinée par des théories fallacieuses à un espace géographique, à l’homme occidental, à une culture chrétienne et à une classe bourgeoise. Les mouvements pro liberté chinois, bosniaques, géorgiens, ukrainiens, biélorusses, égyptiens, libanais ont montré, qu’indépendamment, de sa couleur, de sa religion, de son sexe, de sa classe, de sa culture ; l’homme est né libre.

Il est nécessaire de le rappeler au nom de notre combat pour la liberté. Qu’avant les John Locke, les John Milton. Qu’avant les penseurs libéraux du 18ème, 19ème et 20ème siècle, le Moyen Âge a connu des libéraux dont le penseur libre tunisien Abdar Rahman Ibn Mohamed Ibn Khaldoun. Ibn Khaldoun n’est pas seulement le père fondateur de la science économique et de la science sociale moderne mais il est surtout le premier qui a mis en avant, qu’une économie libre et un choix libre sont à la base d’une forte cohésion sociale, nécessaire à un pays stable.

Non, l’homme arabe ne porte pas en lui la servitude. Oui, je suis tunisien, oriental, de culture musulmane, d’un quartier populaire de Tunis, la cité Ibn Khaldoun, et je suis un homme libre. Oui, je suis libre parce que j’ai choisi d’être un homme libre. Oui, je suis libre parce que je porte la liberté en moi.

En revanche, tout au long du 20ème siècle les hommes politiques arabes ne se sont pas privés d’importer des idéologies totalitaires, comme le nationalisme et le socialisme, pour asservir leur peuple et se retrouver ainsi dans l’impasse.

Ce dont a besoin le monde arabe aujourd’hui, afin de renaître de ses cendres, c’est d’une deuxième phase libérale complémentaire, dans son essence avec celle initiée il y a plusieurs décennies par l’égyptien Rifaa Tahtawi et le tunisien Khair-Eddine Pacha.

Il est temps qu’une politique libérale, au vrai sens du terme, rende à l’homme arabe sa liberté naturelle. Cette liberté injustement confisqué par les pouvoirs successifs.

C’est de cette réalité arabe que la nécessité d’un mouvement libéral, populaire, réformiste et patriote, auquel j’appelle, trouve toute sa plénitude pour sortir la Tunisie du blocage sociétal, économique et politique dans lequel elle se trouve.

Ce mouvement libéral tunisien ne peut avoir aujourd’hui d’autre finalité que celle de créer les conditions nécessaires et les institutions adéquates pour que la liberté inscrite en l’homme soit vécue par tous les Tunisiens.

J’entends par Institutions adéquates, des institutions libres et indépendantes, dont l’objectif est d’être un rempart pour la liberté individuelle et qui ont un pouvoir de contrôle et de destitution. Cela pour deux raisons essentielles :

- D’une part, parce que sans limitation de ses pouvoirs, tout homme est un despote ou un dictateur potentiel. Si aujourd’hui, le régime tunisien est un régime liberticide et que Ben Ali est un despote, c’est essentiellement parce les institutions du pays sont incapables de jouer leur rôle en cas de violations de la constitution ou de la loi. Je ne dis pas cela pour dédouaner Ben Ali mais pour insister sur un risque : tout opposant qui appelle au départ de Ben Ali est susceptible de se comporter exactement comme lui s’il se retrouvait à la tête de l’Etat.

Or, je ne conçois pas notre combat pour la liberté en Tunisie comme un combat pour la substitution d’un despote par un autre, à l’instar de la ferme des animaux de George Orwell.

- D’autre part, parce que les institutions libres et indépendantes sont les seules garantes d’une alternative pacifique même dans le cas de l’ascension des islamistes au pouvoir. Le modèle turc constitue un excellent exemple à méditer.

Afin de débloquer la situation dans laquelle se débat le monde arabe, il faudra intégrer les islamistes dans le jeu démocratique, voir faire l’expérience des islamistes au pouvoir. Parce qu’à l’instar de ce qui s’est passé hier avec le socialisme. Il y’a fort à parier que c’est l’exercice islamiste du pouvoir qui tuerait l’islamisme, en montrant que l’islam politique ne peut pas être la solution aux problèmes de la cité.

Il s’agit là de l’enjeu politique des prochaines décennies.

Dans le cas de la Tunisie, seul un mouvement libéral, porteur de la conscience et des aspirations du peuple tunisien, est capable de nous sortir de la paralysie sociétale et politique actuelle, en conciliant la liberté et l’intégration des islamistes tunisiens à la démocratie libérale.

Il est temps pour les libéraux indépendants, les libéraux du parti au pouvoir, les islamistes libéraux de se retrouver autour d’une plate-forme politique libre les plaçant au centre de l’échiquier politique. Pour enfin proposer aux tunisiens une alternative réelle et crédible et donner aux institutions tunisiennes une légitimité qu’elles n’ont jamais eu.

Merci